AGUESSE Charles, Jules

Par Francis Lebon, Françoise Tétard

Né le 30 janvier 1903 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 18 juin 1983 à Veyrignac (Dordogne) ; professeur de lycée ; chargé de l’éducation populaire en Algérie à partir de 1945, puis des centres sociaux éducatifs de 1955 à 1959.

Son père était répétiteur en lycée. Bachelier en 1920, il obtint une licence et un diplôme d’études supérieures de lettres à la Sorbonne en 1925. Après son succès en 1929 à l’agrégation de lettres-grammaire, Charles Aguesse fut nommé, à la rentrée 1929, professeur au lycée Anatole Le Braz à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord). Il fut choisi en 1937 pour appliquer dans ce lycée les circulaires de Jean Zay sur les classes d’expérience et d’orientation et sur les loisirs dirigés. En janvier 1938, il fondait le journal de l’établissement Le gardien du Feu dont les pages étaient ouvertes aux lycéens, aux professeurs et aux familles. En 1938, il fut nommé censeur du lycée de Pontivy (Morbihan).
Charles Aguesse, mobilisé de septembre 1939 à août 1940 comme lieutenant comme commissaire adjoint en gare de Brest (Finistère), le 18 juin 1940, fut dirigé vers la Grande Bretagne puis le mois suivant, il fut envoyé comme commissaire adjoint en gare d’Oujda (Maroc).

Démobilisé, Charles Aguesse reprit son poste de censeur et en décembre 1941, fut nommé proviseur du lycée de Bourges (Cher) remplissant les fonctions d’inspecteur d’Académie du Cher. La hiérarchie notait qu’il était « très préoccupé des questions d’éducation » et avait une haute valeur morale. Après son arrestation par la Milice, le 23 juin 1944, il fut relâché quatre jours plus tard à la suite d’interventions du préfet.

Il était marié et le couple eut quatre enfants.

En 1945, Charles Aguesse fut nommé par Jean Guéhenno à la tête du service des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire en Algérie où il organisa des expositions de peinture et une bibliothèque circulante. Il encouragea l’utilisation de la langue arabe dans le théâtre et développa la radio en langue arabe et kabyle. Le 27 octobre 1955, il y accepta la direction des centres sociaux éducatifs, nouveau service de l’Éducation nationale, que lui confia Germaine Tillion, entrée au cabinet du gouverneur général Jacques Soustelle. Il assuma avec conviction cette tâche difficile et dangereuse et réussit à créer des équipes dans de petits villages, animant des théâtres, chorales, conférences, bibliothèques itinérantes, etc. ; des rencontres avec des personnalités politiques et intellectuelles y étaient régulièrement organisées (avec entre autres : Albert Camus, Louis Guilloux, Michel Leiris, André Mandouze, Francis Ponge*, Jules Roy, etc.). Ces initiatives visant à lutter contre la misère, à donner aux adultes et enfants une instruction et l’accès aux métiers, furent souvent bien accueillies par les communautés algérienne et française mais des résistances furent nombreuses émanant parfois des instituteurs et du Syndicat national des instituteurs. Au bout de deux ans, le service des Centres sociaux employait ainsi près de 120 personnes, qui passèrent à 400 personnes en 1959. Une ordonnance du 20 août 1958 demandait que les activités des centres sociaux soient développées et accélérées. Aguesse affirma que sa réalisation serait impossible. La pureté de ses intentions et la qualité de sa pédagogie contrastait, en effet, avec ce qui était jugé comme un « laxisme administratif ». En février-mars1957, 16 personnes furent arrêtées et jugées par le tribunal militaire d’Alger. En mai-juin 1959, une vingtaine furent arrêtées et six écrouées. Aussi en juin 1959, Charles Aguesse fut-il relevé de ses fonctions et laissé sans affectation, ce qui, comme l’écrira Germaine Tillion, « probablement lui sauve la vie mais lui brise sa carrière ». En effet, en 1962, trois jours avant la fin officielle de la guerre, six hommes de cette équipe (trois Français et trois Algériens), tous membres de l’Éducation nationale, furent assassinés.

Charles Aguesse termina sa carrière comme professeur au lycée Buffon à Paris (XVe arr.) en 1961.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9731, notice AGUESSE Charles, Jules par Francis Lebon, Françoise Tétard, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 21 octobre 2017.

Par Francis Lebon, Françoise Tétard

SOURCES : Arch. Nat., AJ/16/ 5830, F 17/ 27792.— Yvonne Le Goïc, dans Geneviève Poujol et Madeleine Romer, Dictionnaire biographique des militants XIXe-XXe siècles. De l’éducation populaire à l’action culturelle, L’Harmattan, 1996. — Communication de Serge Jouin et de Jean-Philippe Aoudia sur les centres sociaux éducatifs (9 décembre 1992, Séminaire de recherches sur le syndicalisme enseignant, FEN-CRHMSS). — De la nuit à l’aurore. Des lycéens dans la guerre de 1935 à 1939, Conférence de l’association des Amis de Louis Guilloux, Lycée Anatole-Le-Braz, Saint-Brieuc, 4 novembre 1992. — Germaine Tillion, À la recherche du vrai et du juste. À propos rompus avec le siècle, Seuil, 2001, p. 245-256.— Notes de Jacques Girault.

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