Né le 15 septembre 1944 à Trévou-Tréguignec (Côtes-d’Armor) ; technicien électronicien ; secrétaire de section CFDT, délégué syndical, permanent puis secrétaire général de l’UPSM (1979-1989), membre du conseil de la FGM (1983-1984), membre du bureau de l’URP et membre du conseil national confédéral (1983-1987) ; chargé de mission pour le logement des personnes défavorisées au GIAPP (1990-1992) ; chargé de mission à la Société d’HLM Emmaüs (1992-1996), membre du CA d’Emmaüs-France (1992-2003), délégué général de la Fondation Abbé Pierre (1996-2003) puis administrateur depuis 2011.

Michel Carvou en 1983
Quatre générations de secrétaires généraux de l’UPSM en 2012
Le père de Michel Carvou, François Carvou, originaire des Côtes-du-Nord (devenues Côtes-d’Armor) fut officier marinier dans la Marine nationale et participa au déminage de la Méditerranée à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Il reçut la croix de guerre pour avoir contribué à sauver son navire à l’occasion d’une opération de déminage. Il quitta la Marine après quinze ans de service et refit une carrière à l’Inscription maritime, devenue Affaires maritimes, comme syndic des gens de mer puis comme secrétaire administratif. Sa mère Baptistine Berthe Bouvier, d’origine lyonnaise, travailla dans le petit commerce de ses grands-parents à Lyon, puis les suivit à Sanary-sur-Mer (Var) où elle fut embauchée comme sténo-dactylo aux Coopérateurs de la Seyne-sur-Mer (Var). Ses parents se marièrent le 18 octobre 1941 à Sanary-sur-Mer et eurent quatre garçons – Michel étant le second – auxquels ils donnèrent une éducation catholique qui les incita à ce que leurs enfants fassent partie des mouvements d’Action catholique : Cœurs vaillants, louveteaux et scouts. La famille quitta le littoral méditerranéen pour la Bretagne en 1955. La mère de Michel Carvou avait arrêté ses activités de salariée en 1943 lorsqu’elle attendait son deuxième enfant.
La jeunesse de Michel Carvou fut marquée par les nombreux déplacements de la famille dus à la profession de son père. Il fit ses études primaires à Sanary-sur-Mer puis à la Seyne-sur-Mer, ses études secondaires aux lycées de Toulon (6e en 1954) puis à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) de 1955 à 1962. Il prépara de 1962 à 1965 le BTS d’électronique industrielle au lycée de Saintes en Charente-Maritime et obtint en 1963 le baccalauréat de mathématiques élémentaires en candidat libre et le BTS d’électronique industrielle en 1965. À la fin de son parcours scolaire, Michel Carvou fut appelé au service militaire dans la Marine nationale comme opérateur puis détecteur radar de novembre 1965 à février 1967. Il embarqua sur l’escorteur d’escadre le Duperré, basé à Brest, puis sur l’escorteur rapide Le Champenois, basé à Lorient. Il participa à de nombreux exercices en mer réalisés dans le cadre de l’escadre de l’Atlantique et de l’OTAN ainsi qu’à des missions de représentation à l’étranger dévolues à la Marine nationale. Son service militaire fut, pour lui, l’occasion de découvrir de nombreux pays d’Europe et d’Afrique.
Lorsque ses parents avaient quitté Sanary-sur-Mer, où ils vivaient dans une villa, pour venir habiter un HLM de La Seyne-sur-Mer, dans le quartier Saint-Antoine qui abritait de nombreux ouvriers des chantiers maritimes voisins, Michel Carvou s’était intégré sans difficulté dans l’univers de l’habitat populaire collectif dont il découvrait les conditions de vie et appréciait les valeurs de solidarité, exprimées par des gestes de solidarité et d’entraide prenant ainsi conscience de son milieu social. Durant son adolescence à Saint-Brieuc, Michel Carvou avait participé, avec son frère aîné Jean-François, à la création, dans l’environnement de la paroisse, d’un « groupe d’amitié » ouvert aux jeunes du quartier d’habitat populaire de la Ville-Ginglin où il résidait. Avec l’aide de jeunes séminaristes du grand séminaire de Saint-Brieuc, Patrick Thomas, Michel Robin, François Budet il avait mené, entre autres, des actions de soutien aux jeunes du quartier mobilisés en Algérie. Il était entré aux Scouts de France en 1955, dans une troupe recrutant des jeunes de milieu populaire et ouvrier qui se sentaient mal à l’aise dans l’univers bourgeois du scoutisme briochain. Sous l’impulsion de leur chef de troupe, Michel Phérivong, ils avaient transformé leur troupe, en troupe Marine après avoir rassemblé des fonds en jouant des pièces de théâtre pour pouvoir acheter un bateau. Par ailleurs, lors de ses études à Saintes pour obtenir le BTS, il avait participé à la constitution d’une section d’étudiants adhérente à l’UNEF qui avait obtenu la reconnaissance du statut d’étudiants aux élèves en BTS du lycée de Saintes.
Libéré du service militaire, après avoir cherché en vain du travail en Charente-Maritime près du domicile de ses parents, Michel Carvou trouva un emploi en région parisienne en mars 1967 comme technicien électronicien à la CSF à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine). Sa qualification d’embauche n’ayant pas pris en compte son BTS, il trouva un emploi un mois plus tard reconnaissant sa qualification en mai 1967 comme technicien électronicien au centre d’études des Automobiles Peugeot à La Garenne-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine). Cet établissement de 1 500 salariés comportait un centre d’études, des services administratifs ainsi que des ateliers de conditionnement pour pièces de rechange pour les véhicules de la marque. Il fut employé au laboratoire électronique composé d’un groupe d’une douzaine de salariés. Rapidement, il fut choqué par l’arbitraire et l’autoritarisme sans bornes de son chef de service vis-à-vis des salariés de son laboratoire, ingénieurs compris, les mettant sous pression permanente et allant jusqu’à les humilier.
Lorsque survint Mai 68, Michel Carvou l’accueillit comme une libération. Il découvrit son établissement occupé en rentrant de week-end et participa aussitôt à son occupation. Il adhéra à la CFDT qui lui semblait le syndicat le plus proche de ses convictions. Celle-ci, animée par un militant de longue date, Christian Hazard, était surtout impliquée dans les œuvres sociales du comité d’établissement et en situation de faiblesse devant une CGT mieux implantée dans le collège ouvriers et employés et dotée de militants plus aguerris. Très vite, Michel Carvou put participer au comité de grève et prendre sa place dans les commissions mises en place pour organiser les collectes de solidarité et les contacts avec les entreprises et les usines voisines. La reprise du travail fut votée après les accords de Grenelle. La CFDT s’étant renforcée par de nouveaux adhérents pendant la grève, les anciens responsables acceptèrent sans difficulté de confier les responsabilités de la section aux nouveaux venus. Dès lors, il s’engagea dans la section syndicale et en septembre prit les fonctions de secrétaire. Il allait exercer cette responsabilité durant onze ans jusqu’à son départ de Peugeot en 1979, au moment où il fut appelé pour devenir permanent syndical de l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM).
Très rapidement, il fut élu aux élections de délégués du personnel dans le 2e collège, employés agents de maîtrise, mandat qu’il exerça onze ans. Lorsque fut mise en place la loi sur les délégués syndicaux, de 1968, il fut désigné délégué syndical CFDT dans l’établissement. Au cours de ses activités syndicales, Michel Carvou dut être vigilant et souvent lutter contre des pratiques de relations sociales de la part de la direction locale d’une manière radicale, conduite sous la houlette du responsable des ressources humaines du groupe, le général Feuvrier, engagé après le mouvement de Mai 1968. Il eut à subir des menaces physiques des milices privées recrutées dans les établissements du groupe pour dissuader l’engagement syndical. Il dut combattre une tentative d’implantation du syndicat patronal, la Confédération française du travail (CFT), dans le centre d’études de La Garenne avant que la direction, devant son discrédit et les réactions hostiles croissantes des salariés y compris des ingénieurs et cadres, ne tente, à partir de 1976, sur l’ensemble du groupe une stratégie plus douce de sa transformation avec des organisations syndicales « plus fréquentables » comme la CFTC et FO. Dans le cadre de l’établissement de La Garenne, Michel Carvou anima, avec sa section où l’avaient rejoints en 1969 François Laurent*, Gérard Vinay, Robert Minello*, la mobilisation pour accompagner les négociations engagées au niveau de la branche métallurgie sur les classifications et la réduction du temps de travail.
Par ailleurs, il participa aux rencontres régulières de l’inter-Peugeot CFDT, animée par Michel Gay réunissant des représentants CFDT de l’ensemble des établissements avec Pierre Petit-Colin de Sochaux, responsable de l’inter, Gaby Pinte de Lille, Michel Coynel de Saint-Étienne, Mark Richard de Mulhouse et d’autres des établissements de Dijon et de Montbéliard, en lien avec la branche automobile animée par Bernard Poirier, qui permirent d’élaborer et de construire de véritables revendications auprès de la direction générale même si celle-ci n’appliquait que des décisions prises d’une manière unilatérales.
La section CFDT de La Garenne, était rattachée au syndicat régional des travailleurs de l’automobile, ainsi, Michel Carvou participa au conseil de ce syndicat animé par Guy Guingant jusqu’en 1969, puis par Fernand Penin*. En fonction des responsabilités qu’il exerçait au sein du syndicat, il siégea au conseil de l’Union départementale des Hauts-de-Seine, dont le secrétaire général était Yves Pigier.
Impliqué dans la transformation des syndicats d’industrie de l’UPSM en syndicats territoriaux, il participa à la création du secteur géographique du 92 centre en 1974 avec Fernand Penin et, pressenti par le conseil pour succéder à Jacques Debesse comme permanent de l’UPSM, il prépara avec lui le congrès constitutif du syndicat des travailleurs de la métallurgie du 92 centre (STM 92 centre CFDT, succédant au secteur géographique du 92 centre) qui se tint les 15 et 16 décembre 1978 à Puteaux (Hauts-de-Seine) et où il fut élu le secrétaire avec, à ses côtés, François Carré et Gérard Lechantre du centre d’études de Renault Rueil, Joseph Hardouin de la Saviem, Bernard Le Fur de chez Richier, et de François Laurent de Peugeot La Garenne-Colombes.
Michel Carvou prit ses fonctions comme permanent régional de la métallurgie en mai 1979. Il fut chargé de l’animation des syndicats des travailleurs des Hauts-de-Seine, 92 centre et le secteur du département du Val-de-Marne et, également, de la coanimation de l’équipe de l’UPSM composée à cette époque de Claude Sardais*, secrétaire général, et d’Alain Gelly, Pierre Alanche, Alain Trentarossi, Bernard Amiaux, Jean-Paul Sbéghen, Catherine Léger*, chacun secrétaire d’un syndicat.
À cette date, le collectif dirigeant l’UPSM se trouvait dans une double difficulté : d’une part élaborer une stratégie de constitution de nouveaux syndicats en s’appuyant sur le développement ancien, engagé depuis plusieurs années en lien avec les structures fédérale et régionale interprofessionnelle, et d’autre part faire face à la baisse des effectifs des adhérents qui entraînait la baisse des moyens financiers. Il fallut prendre des décisions en vue de réduire le personnel administratif, les permanents et les moyens d’action. Des propositions de restructuration, sous des formes diverses furent présentées, mais aucune n’obtint un accord lors de plusieurs assemblées générales en juin et juillet 1981. Les solidarités financières entre les syndicats pratiquées et voulues depuis de nombreuses années éclatèrent en entraînant une crise profonde avec des départs et démissions en refusant de maintenir les solidarités existantes. Cette situation entraîna le non-remplacement de Pierre Alanche en 1980 alors en fin de mandat, puis les départs de Jean-Paul Sbéghen en 1981, puis de Bernard Amiaux d’Alain Gelly et d’Alain Trentarossi en 1982. Il fallut réorganiser l’équipe d’animation de l’UPSM avec les trois permanents restants, Claude Sardais, Catherine Léger, Michel Carvou, ainsi que trois juristes Christian Cottet*, Georges Labouz, et Catherine Battut, tous trois engagés au service de l’AIJT, l’Association d’information juridique des travailleurs de l’UPSM.
Lors du conseil du 14 juin 1983 Michel Carvou fut élu secrétaire général de l’UPSM.
Comme nouveau secrétaire général, il présenta au nom du conseil un nouveau rapport d’orientation qui trouva l’assentiment général et constitua la sortie de crise. Parmi ses orientations figurait la constitution de l’Institut de formations et d’études pour l’action sociale, (IFEAS) s’inscrivant dans les dispositions des nouvelles lois dites lois Auroux et qui avait pour objectif de réaliser des formations pour la syndicalisation et l’action syndicale au service des syndicats. S’inscrivant dans cette démarche, de nombreux responsables de syndicats et militants comme Daniel Richter, Joëlle Grandcoin, Jean-Claude Patrac, Serge Dupont, Didier Cusserne*, s’impliquèrent en participant aux taches de gestion, d’administration, de formation, tout en étant présents aux réunions du secrétariat régional et permirent ainsi de reconstituer un collectif soudé. Par ailleurs, des experts parmi lesquels Alain Lipietz économiste du Centre pour la recherche économique et ses applications, (CEPREMAP), Christian Nouaux de Culture et Liberté apportèrent leurs compétences à la constitution de l’IFEAS, et à la réalisation de plusieurs enquêtes. En 1986, 600 militants et militantes avaient suivi une formation.
Entre-temps, Michel Carvou poursuivait activement l’accompagnement et le soutien des grandes grèves des OS, ouvriers spécialisés, qui secouaient les entreprises de l’automobile parisienne. Impliqué directement dans le conflit de Citroën-Aulnay en 1982, il fut aidé par Gérard Lechantre, détaché de Renault et de Jean-Pierre Tourbin de l’Union départementale de la Seine-Saint-Denis. Il travailla avec le médiateur Jean-Jacques Dupeyroux nommé par le gouvernement pour trouver des solutions qui furent négociées après cinq semaines de grève.
À partir du 12 juillet 1983, la section syndicale CFDT soutenue par le syndicat SMVSO, syndicat de la métallurgie du Val-de-Seine et Oise animé par Daniel Richter et l’UPSM représentée par Michel Carvou, dut conduire un conflit d’une exceptionnelle intensité sur le site de Talbot à Poissy à la suite de l’annonce de la suppression de 4 140 emplois dans le groupe, dont 2 905 licenciements à Poissy auxquels la CFDT s’opposa vigoureusement, avec la CGT. Un mois plus tard, malgré une période de nombreux contacts entre les partenaires concernés, la direction déposa la demande de licenciement et le 11 octobre, le gouvernement refusa les modalités sociales du plan, mais la direction annonça au CCE le 21 novembre sa volonté de maintenir son plan. La section CFDT déclencha le 7 décembre une grève avec occupation qui entraîna une réunion inter-ministérielle qui permit de repousser la date de sa décision. La direction de PSA perdit patience et mit en balance la survie de Poissy. Se tinrent alors de nombreuses rencontres et la délégation de la FGM-CFDT conduite par Michel Carvou fut reçue le 14 décembre par les ministres de la Solidarité nationale et de l’emploi. Le 17 décembre, après le tour de table de tous les acteurs, le premier ministre Pierre Mauroy* annonça que le gouvernement autorisait 1 905 licenciements accompagnés par des conditions de départs améliorées et qu’une procédure était décidée pour une reprise du travail le 2 janvier 1984.
Différemment des autres organisations syndicales, la CFDT par la voix de Jean-Pierre Noual, secrétaire de la section, appela à poursuivre la grève. La direction annonça le 27 décembre sa volonté de déposer le bilan de Talbot et appela à la reprise du travail le 3 janvier. Du 3 janvier au 5 janvier, l’usine fut le théâtre d’affrontements physiques d’une violence inouïe entre grévistes et anti-grévistes organisés par la Confédération syndicale libre (CSL), aidée par des éléments venus de l’extérieur de l’usine. Michel Carvou venu apporter la solidarité de l’UPSM le 5 janvier au matin, se retrouva, avec Patrice Lorson secrétaire de l’UD-CFDT des Yvelines, assiégé par les non-grévistes de la CSL. Il fallut l’intervention des CRS, demandée par la CFDT et la direction, pour que le calme fût rétabli sur le site dans l’après-midi. De nouvelles discussions et négociations permirent, par la suite, l’amélioration de la prise en charge des personnes licenciées, avec un traitement social mieux adapté comprenant des pré-retraites avec le Fonds national de l’emploi (FNE), de la formation professionnelle et des aides au retour au pays. En dehors de l’automobile, de nombreux autres conflits se développèrent dans la machine-outil, l’aéronautique, l’électronique, la téléphonie qui débouchèrent sur la constitution de structures syndicales comme l’inter CFDT Alcatel.
Ces conflits ne permirent pas de supprimer, voire de ralentir, la perte d’adhérents due aux restructurations et à la baisse du nombre d’emplois industriels. Michel Carvou et le conseil décidèrent que la syndicalisation devait devenir une préoccupation permanente et prioritaire. Ils lancèrent une campagne spécifique pour une véritable resyndicalisation en lien avec la campagne pour l’emploi, dont l’objectif était les 35 heures. Ils s’appuyèrent alors sur la manifestation européenne du 30 mars 1984 à l’appel de la FGM et de la FEM, Fédération européenne de la métallurgie et relayée par l’URI-Ile-de-France. 650 métallurgistes CFDT y participèrent.
Marqué par la période de Mai 1968 et le projet de transformation socialiste et autogestionnaire de la CFDT du début des années soixante-dix, Michel Carvou vécut difficilement la politique d’adaptation du syndicalisme proposée dans le rapport Moreau, dit de recentrage ou resyndicalisation, en 1978. Il anima le groupe de travail qui rédigea la contribution de l’UPSM au débat sur l’avenir du syndicalisme « quelle CFDT ? » qui fut adoptée à l’assemblée générale des syndicats de la métallurgie des 26 et 27 novembre1986. Cette contribution devint un des textes du congrès de l’URP en octobre 1987.
Suivant les statuts fédéraux de la Fédération générale de la métallurgie (FGM) de cette époque prévoyant que les dix Unions régionales de la métallurgie les plus importantes devaient avoir un représentant au conseil fédéral, Michel Carvou fut élu membre du conseil fédéral et participa à ses travaux les 13,14,15 décembre 1983. Il fut également élu membre de la commission fédérale d’organisation (CFO) de 1984 à fin 1989. Après le congrès fédéral des 21-26 mai 1984 qui constitua la Fédération générale des mines et de la métallurgie (FGMM) et qui modifia les statuts, Catherine Léger, fut élue membre du nouveau bureau fédéral. Michel Carvou continua d’exercer des responsabilités au sein du conseil national fédéral ainsi qu’aux assemblées générales des syndicats de la métallurgie. Par ailleurs, il représenta l’UPSM aux congrès fédéraux de 1974 à 1988.
Désigné pour représenter la métallurgie parisienne dans les instances de l’Union régionale parisienne (URP) dès 1982, il siégea au comité régional et fut élu au bureau régional auquel il participa jusqu’en 1987 et fut membre de la délégation de l’URP au Conseil national confédéral de 1983 à 1987. Dans un climat de tension plus ou moins importante suivant les structures concernées entre les responsables d’organisations soutenant la politique confédérale « d’adaptation du syndicalisme », les « modernistes » et les membres se retrouvant dans la ligne oppositionnelle regroupée sous l’appellation de « gauche syndicale » parfois avec des militants venant des courants politiques d’extrême gauche, Michel Carvou s’efforça de faire prévaloir la ligne du « syndicalisme de transformation sociale » portée par l’UPSM. Les désaccords devinrent de plus en plus nombreux quand il s’agissait d’organiser et de donner un certain sens aux manifestations entre autre celles du 1er mai ainsi que sur le positionnement de l’URP dans les débats confédéraux.
Depuis plusieurs années, les désaccords traversaient l’URP et l’équipe du bureau régional composé de 25 membres dont les membres du secrétariat, Jean-Pierre Bobichon*, secrétaire général, Jean-François Noêl* du SGEN, Alain Ramos* de la chimie, de Marie-Noëlle Thibault* de l’UD de Paris, de Dominique Bouchet de la sécurité sociale et de Christian Cottet de l’UPSM qui avait rejoint le bureau en avril 1984 pour animer la politique juridique de l’URP au départ de Raymond Darcel. À la suite de désaccords persistants et dans la perspective de la préparation du futur congrès de l’URP prévu en 1985, Jean-Pierre Bobichon, Dominique Bouchet, Jean-François Noël et Marie-Noëlle Thibault, annoncèrent en juin 1984 leur démission des responsabilités qu’ils exerçaient tout en restant membres du secrétariat permanent.
Michel Carvou, accompagné de Jean-Pierre Tourbin de l’UD de la Seine-Saint-Denis, s’engagea alors dans l’animation du bureau, qui n’avait plus de majorité, pour conduire de manière conservatoire l’URP jusqu’au congrès. Sur la demande du bureau, Christian Cottet accepta de présenter le rapport d’orientation ainsi que la résolution « fonctionnement, structuration » au congrès convoqué les 29, 30 et 31 janvier 1985 à Évry (Essonne). Les travaux du congrès débouchèrent sur le vote négatif du quitus à 41 % pour l’équipe démissionnaire et les résolutions sur la stratégie et sur l’action revendicative furent adoptées à 77 %. Les trois candidats présentés furent élus, Alain Lefèvre, Marie Thérèse Patry, Christian Cottet, ce dernier fut élu secrétaire régional par le bureau.
Michel Carvou apporta le soutien de l’UPSM aux initiatives prises par l’Union régionale interprofessionnelle pour tenter de rassembler les syndicats sur les questions de l’emploi et de l’action pour les 35 heures. Mais les oppositions restèrent vives et les UD de Paris et des Hauts-de-Seine prirent la tête pour organiser une opposition avec le soutien affiché de la confédération qui reprochait à l’UPSM de ne pas assez se démarquer des courants d’extrême gauche. Ce fut lors de la préparation du congrès régional suivant en octobre 1987, que Christian Cottet et Marie Thérèse Patry annoncèrent qu’ils ne solliciteraient pas le renouvellement de leur mandat. Michel Carvou, sur mandat des syndicats de l’UPSM proposa alors, avec le soutien de Jean-Pierre Tourbin et d’Yves Wiss des finances, de conduire une liste face à celle conduite par Jacky Bontems membre du bureau de l’UD de Paris.
Durand ce congrès, les textes soutenus par Michel Carvou et sa candidature au secrétariat, obtinrent une majorité des voix. Par contre les élections des membres du bureau par le comité régional firent ressortir une majorité opposée à Michel Carvou. Celui-ci en prit acte et décida de démissionner du bureau. Jean-Pierre Tourbin, également élu, fit de même. Michel Carvou poursuivit son mandat à l’UPSM jusqu’à la fin 1989 après avoir impulsé une campagne dite « campagne identité 89 » comportant des affiches, des tracts et des cahiers argumentaires pour engager le débat avec les salariés de la métallurgie parisienne sur les salaires, l’emploi, les entreprises, l’économie et l’Europe. Didier Cusserne venant d’Alcatel (ex Thomson-CSF) à Levallois-Perret succéda à Michel Carvou en octobre 1989 à la responsabilité de secrétaire général de l’UPSM.
Michel Carvou se reclassa, en mars 1990 comme chargé de mission au GIAPP (Groupement interprofessionnel d’aide au logement et à l’accession à la propriété), organisme collecteur de la participation des employeurs à l’effort de construction (1 % logement). Ce petit collecteur, très présent dans le monde associatif, notamment entre autres, les foyers de jeunes travailleurs et les comités d’entreprises dans leur fonction d’employeurs, était présidé à cette époque par Michel Gay*, et dirigé par Jean Arnoult*. Michel Carvou fut recruté pour animer l’implication de ce collecteur dans l’engagement d’une partie de ses fonds pour le logement de personnes défavorisées conformément à la nouvelle loi du ministre du Logement Louis Besson*. Il y fit la découverte du monde des associations d’insertion, du mouvement HLM et du 1 % logement. Il travailla avec le secrétaire national CFDT François Kieffin* qui avait animé l’implication de la CFDT dans cette loi. Il participa à la création de l’association France-Euro-Habitat (FREHA) destinée à la réalisation de logements d’insertion dont les fondateurs étaient Michel Gay, qui en fut son premier président, Georges Dunand, secrétaire général de la société HLM Emmaüs (société HLM créée par l’Abbé Pierre en 1954) et Xavier Madrolle, le directeur de la fédération Association pour le relogement en Ile-de-France (ARIL). Il prit une part active dans le développement de l’association FREHA où Jean-Pierre Tourbin, après avoir fini son mandat à l’UD-CFDT de la Seine-Saint-Denis, fut recruté en avril 1991, comme chargé de mission puis comme directeur. Michel Carvou était encore membre actif de l’association Freha en 2017. Il siégea à son conseil d’administration dont il présida la commission d’attribution des logements. FREHA créa 1 300 logements d’insertion en Ile-de-France entre 1990 et 2017 et s’impliqua dans de nombreux dispositifs permettant d’améliorer l’accès au logement des personnes défavorisées.
À la suite du changement de son président le GIAPP mit fin à la mission de Michel Carvou. Il retrouva du travail en septembre 1992 comme chargé de mission à la société HLM Emmaüs. Il fit partie de l’équipe de direction auprès de Georges Dunand devenu directeur général, et de Claude Néry devenu président succédant à André Chaudières. Il y fut chargé, entre autres, des relations avec l’Union nationale des organismes HLM et représenta la société dans les instances du mouvement Emmaüs, à la commission logement de l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (UNIOPSS) et à la Fédération nationale des associations d’accueil et d’insertion (FNARS). Il participa à la mise en œuvre du plan lancé en 1991 par le secrétaire d’état au logement Marcel Debarge*, après le campement des familles africaines de Paris.
En juillet 1996, Michel Carvou, quitta la société HLM Emmaüs pour devenir délégué général de la fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés. Il prit ses fonctions dans la situation complexe d’une fondation déstabilisée à la suite des déclarations de l’Abbé Pierre, à l’occasion de l’affaire Garaudy*, et sans équipe de direction dont les principaux membres avaient fait valoir leur droit à la retraite. Il fut chargé de proposer au conseil d’administration, présidé par Raymond Étienne et où siégeaient Louis Besson et Claude Nery, un projet de réorganisation de la fondation et un plan d’action pour reconstruire la visibilité de ses actions. Il s’impliqua dans la préparation du volet logement de la loi « relative au renforcement de la cohésion sociale » préparé par Xavier Emmanuelli, secrétaire d’État chargé de l’Action humanitaire et de l’urgence, et Jacques Barrot, ministre des Affaire sociales. Il milita avec le collectif associatif Alerte réuni autour de l’UNIOPSS contre son abandon annoncé par le nouveau gouvernement de Lionel Jospin jusqu’à ce que celui-ci accepte de reprendre le principe de la loi sous l’intitulé « loi de lutte contre les exclusions ».
Michel Carvou rejoignit en 1996 le Haut comité pour le logement des personnes défavorisés, présidé par Louis Besson, puis par Xavier Emmanuelli, où siégeaient Geneviève De Gaulle-Anthonioz*, présidente d’ATD Quart-Monde et Albert Jacquard*, président de Droit au logement (DAL). Il y travailla au volet logement du projet de loi de lutte contre les exclusions, que le premier ministre Lionel Jospin confia à Martine Aubry*. En 1997 et 1998, Michel Carvou proposa l’organisation d’un « Tour de France des mal-logés et des sans-abri » qui reçut l’adhésion enthousiaste de l’Abbé Pierre. Il occupa la fonction de délégué général jusqu’en septembre 2003 où il devint conseiller du président pour préparer la transmission de ses responsabilités à Patrick Doutreligne.
Pendant son mandat, il s’efforça de développer la fondation, et de faire connaître le rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. Il initia la création en décembre 2000 d’un lieu d’accueil et d’orientation des mal-logés dans le XIXe arrondissement de Paris, l’Espace-solidarité-habitat (ESH) et conçut, avec Bruno Six, chargé de mission à la fondation, « Le relais social de Bellepierre », une résidence sociale adaptée à la réglementation des financements du logement à l’île de la Réunion et réalisé en partenariat avec le bailleur social la SIDR. Il milita, avec le réseau associatif, pour la création de « pensions de familles » (structures de logements adaptées aux publics les plus désocialisés, dans un cadre bénéficiant de prestations collectives de type accompagnement social, repas en commun…). Il accompagna la fondation dans la création de pensions de familles comme à Marseille et à Woippy (Moselle), puis dans la constitution d’un réseau pour animer les trente-cinq pensions de familles agréées par la fondation Abbé Pierre. Il s’efforça également de développer et de conforter le réseau des trente accueils de jour de la fondation les « Boutiques solidarité » et accompagna les projets de solidarité internationale soutenus par la fondation. À cet effet, il fit plusieurs déplacements au Mali, en Inde, au Brésil, en Argentine et en Bosnie. Il quitta ses fonctions à la fondation au 1er janvier 2005 pour prendre sa retraite.
Étant passé d’un statut de salarié très actif à un statut de retraité, Michel Carvou poursuivit ses engagements à Freha dont il fêta les vingt-cinq ans en 2015. Il continua jusqu’en 2008 à participer aux travaux du Haut-comité pour le logement des personnes défavorisées travaillant à la formalisation du projet de loi sur le Droit au logement opposable (DALO). En 2011, il fut invité à revenir au conseil d’administration de la fondation Abbé Pierre. Il s’impliqua dans la création en 2014 de la SOLIFAP, société d’investissement solidaire créée par la fondation Abbé Pierre avec l’objectif d’apporter un soutien structurel et foncier aux associations de luttes contre le mal-logement en s’inscrivant dans le champ de l’économie sociale et solidaire.
Parallèlement, Michel Carvou s’impliqua à la constitution, en 2006, du groupe « Mémoire et Histoire » de l’UPSM qui s’est donné pour objectif de réaliser des notices biographies de militants et militantes de la métallurgie de la région parisienne. Il rédigea de nombreuses biographies et devint auteur du dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, mouvement social Le Maitron, pour sa cinquième période (1940-1968).
Michel Carvou s’est marié le 27 juillet 1968 à Aytré (Charente-Maritime) avec Vianneyte Pierre, laborantine dans un laboratoire d’analyse médicale. Ils ont eu deux enfants, une fille Florence née en 1970 et un fils Nicolas né en 1974. Son épouse cessa son activité de salariée entre 1974 et 1984 pour élever leurs enfants et militer à la FCPE, association de parents d’élèves, dont elle assuma la responsabilité pour le collège Victor Hugo à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines). Michel Carvou fut membre de l’Action catholique ouvrière de 1968 à 1996, où il exerça de nombreuses responsabilités.

ŒUVRE : Loger n’est pas gagner ! Logement et insertion, Société anonyme d’habitations à loyer modéré, Emmaüs, 1995.

SOURCES : Archives de l’UPSM. – Archives interfédérales FGMM. – archives confédérales et régionales Ile-de-France CFDT. – Archives personnelles de Michel Carvou. – Conférence de presse de l’UPSM du 9 novembre 1981, supplément au n° 12/A de CFDT. Métaux, UPSM décembre 1981 ; France-soir, 6 janvier1984 ; Le Matin, 6 janvier 1984. – Claude Angéli, Nicolas Brimo avec la collaboration de Marc-Rémy Donnatin, Une milice patronale : Peugeot, Cahiers libres 303, Maspéro 1975. – Jo Bibard, Faire l’histoire ensemble, la CFDT en région Ile-de-France, La Toison d’Or, 2007. – Nicolas Hatzfeld, Jean-Louis Loubet, « Les conflits Talbot, du printemps syndical au tournant de la rigueur (1982-1984) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 4/2004, p. 151-160. – Numéro spécial CFDT Métaux Paris, Assemblée générale de l’UPSM des 26-27 novembre 1986, plaquette Vivre libre, chez Talbot, Citroën, la CFDT accuse, UPSM, décembre 1981. – Fondation Abbé Pierre, Un combat en héritage, Actes Sud, janvier 2014. – Entretien du 23 octobre 2013, rencontres en mars, juin, juillet août septembre octobre 2017.

Jean Limonet

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