BIDOUZE René

Par Jeanne Siwek-Pouydesseau

Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques) ; fonctionnaire des contributions indirectes ; secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF-CGT) de 1970 à 1978 ; conseiller d’État en service extraordinaire.

Son père Alexandre, ouvrier puis artisan sabotier, grand invalide de la guerre de 1914-1918, titulaire de plusieurs citations, décoré de la Médaille militaire, de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur, fut nommé receveur buraliste. Sa mère était née Madeleine Estrébou.

Il se maria en 1952 avec Henriette Seguet, institutrice, qui après avoir activement participé à la Résistance, fut une militante du mouvement féminin, rédactrice en chef puis directrice du journal Heures claires, et vice-présidente de l’Union des femmes françaises. Henriette Bidouze* mourut en 1989* ; le couple avait eu un enfant, Marianne, née en 1956, actuellement ingénieur d’études à l’Éducation nationale.

René Bidouze, ayant obtenu le brevet supérieur au collège (public) Saint Cricq à Pau en 1940, fut affecté quelques mois plus tard à l’Inspection académique des Basses-Pyrénées en qualité d’instituteur détaché. Il passa le concours des contributions indirectes en 1942.

Après avoir échappé au STO en simulant une maladie qui le fit reconnaître « inapte au travail en Allemagne » dans le convoi à destination de la Pologne occupée organisé à partir des Chantiers de jeunesse où il venait d’accomplir son temps de service, il rejoignit son administration en juin 1943. Il exerça les fonctions d’inspecteur des contributions indirectes à Pau jusqu’en 1952, puis d’inspecteur des impôts (après fusion des anciennes régies financières) dans la région parisienne. Il passa le concours d’inspecteur principal en 1959, puis fut nommé directeur divisionnaire.

René Bidouze, qui avait adhéré au Mouvement de la Jeunesse communiste dès l’âge de quatorze ans, lors du Front populaire et des débuts de la guerre civile d’Espagne, exerça, au lendemain de la Libération, la responsabilité de secrétaire fédéral pour les Basses-Pyrénées, de l’Union de la Jeunesse républicaine de France (une organisation résultant de la transformation du mouvement de la jeunesse communiste). Il entra au bureau fédéral du Parti communiste en 1946, fut secrétaire fédéral en 1950-1952, et candidat sur la liste départementale des élections législatives de 1951, en deuxième position derrière le député sortant (ces élections se déroulaient à la proportionnelle avec le système dit des « apparentements »). Après son installation dans la région parisienne, il fut, jusqu’en 1958, secrétaire général de l’association « L’amitié franco-polonaise ». Il collaborait à diverses commissions du Comité central du parti communiste, notamment la section économique, les commissions chargées des questions de la fonction publique, de l’État et des institutions, et participa aux commissions chargées de la rédaction des deux versions d’un « Projet de Déclarations des libertés » publiées en 1975 et en 1989.

De 1958 à 1978, René Bidouze fut mis à la disposition du mouvement syndical CGT des fonctionnaires pour assumer des responsabilités aux différents niveaux de ce mouvement, tout d’abord, de 1958 à 1962, au bureau national du syndicat des contributions indirectes au sein duquel il militait activement ; de 1963 à 1970 comme secrétaire général de la Fédération des finances ; de 1970 à 1978 comme secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF). Il était membre du Conseil supérieur de la fonction publique, participant aux négociations salariales annuelles organisées après la grève de mai 1968, et à la représentation des fonctionnaires sur les problèmes généraux avec les ministres successifs de la Fonction publique. Il était également membre du comité directeur de l’Union internationale de la fonction publique, une des branches professionnelles de la Fédération syndicale mondiale.

Durant toute cette période, il publia de nombreuses études. Secrétaire général de la Fédération des finances, il impulsa pendant plusieurs années, avec la CGT, une campagne pour l’allègement de la fiscalité frappant les salariés, fondée sur les travaux de la commission d’études de la fédération. Secrétaire général de l’UGFF et responsable de la rédaction de La Tribune des fonctionnaires, un mensuel dont le tirage était de l’ordre de 180 000 exemplaires ; il publia des articles, des études, sur la politique contractuelle, le statut général des fonctionnaires, la fonction publique et l’administration.

Il fut élu à la commission exécutive confédérale de la CGT en 1969. Mais au congrès confédéral de 1975, son mandat ne fut pas renouvelé, un grave conflit étant survenu avec les dirigeants de la fédération des finances et certains membres du bureau confédéral. Le congrès de l’UGFF, tenu en février 1976, approuva à une forte majorité les orientations du mouvement syndical des fonctionnaires qu’il défendait, et son mandat de secrétaire général de cette organisation fut confirmé. Il fit connaître par la suite qu’il ne demanderait pas le renouvellement de ce mandat au congrès prévu pour juin 1978, et qu’il n’interviendrait en aucune façon dans le choix de son successeur. Il fut élu plus tard au conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.
En juin 1978, il réintégra l’administration. Il exerça les fonctions de directeur divisionnaire à la direction de la Garantie et des services industriels à Paris, puis celles de receveur divisionnaire des Impôts du département de l’Aisne, avant de prendre sa retraite administrative le 1er janvier 1981, sept ans avant la limite d’âge.

En juin 1981, après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, il fut nommé directeur du cabinet d’Anicet Le Pors, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la fonction publique et des réformes administratives dans le deuxième gouvernement de Pierre Mauroy. Il participa en première ligne à toutes les réformes et négociations, notamment à l’élaboration du nouveau statut général des fonctionnaires de l’État et des collectivités territoriales.

René Bidouze fut nommé conseiller d’État en service extraordinaire en novembre 1983. Il siégea jusqu’en novembre 1987 à la section des finances de cette institution - où il fut désigné, au long de son mandat de quatre ans, comme rapporteur de dizaines de décrets relatifs au Statut général des fonctionnaires et à la fonction publique - et à la section du Rapport et des études.

Après son accession à la retraite, il continua à publier des travaux relatifs à la fonction publique, notamment dans Le droit ouvrier et Documents et analyses économiques de la CGT, et dans deux ouvrages publiés en 1993 et 1995.

Il fut pendant quelques années vice-président de l’Association française des juristes démocrates, où il présenta en 1991 un rapport sur « la conception française de la fonction publique ».

Après avoir, en 1991, publié une biographie de Lissagaray, le grand historien de la Commune de Paris, il reprit en 1999 des recherches sur certains aspects de cette période historique et publia en 2001 un ouvrage sur la Commune dans l’histoire des services publics. En 2004, il publia un nouvel ouvrage, portant notamment sur la place de cet événement dans l’histoire des idées, des évolutions de la société et des institutions de la République. Vice-président des Amis de la Commune, il préside le conseil scientifique constitué en 2001 à son initiative par cette association pour l’élaboration d’un Guide des sources d’archives du mouvement communaliste et de la Commune de Paris (1864-1880), en collaboration avec la direction des Archives de France et le soutien de la Ville de Paris.
René Bidouze est chevalier de la Légion d’Honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16685, notice BIDOUZE René par Jeanne Siwek-Pouydesseau, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 15 mai 2010.

Par Jeanne Siwek-Pouydesseau

ŒUVRE : Les fonctionnaires sujets ou citoyens ? (I- Des origines à la scission de 1947-1948, Éditions sociales, 1979. II- De la scission de 1947-1981, Éditions sociales, 1981). — Lissagaray la plume et l’épée, Éditions ouvrières, 1991. — Histoire de la fonction publique en France, Nouvelle Librairie de France, 1993. Ouvrage collectif sous la direction de Marcel Pinet, publié sous le patronage de la Direction générale de l’administration et de la fonction publique. Prix des ministères Histoire/Mémoire. — Fonction publique, les points sur les i, Éditions de la VO, 1995. — 72 jours qui changèrent la cité. La Commune de Paris dans l’histoire des services publics, Le temps des cerises, 2001. — La Commune de Paris telle qu’en elle-même... Une révolution sociale aux avant-postes de la République, Le temps des cerises, 2004.

SOURCES : Renseignements communiqués par René Bidouze. — RGASPI 495 270 8813. — http://renebidouze.over-blog.fr

Version imprimable Signaler un complément