AMBROSINI Toussaint

Par Antoine Olivesi

Né le 5 janvier 1880 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 14 janvier 1946 à Marseille ; ouvrier puis employé municipal ; conseiller général, député et conseiller municipal socialiste de cette ville entre les deux guerres.

La famille de Toussaint Ambrosini était originaire d’Ile-Rousse, en Corse. Il perdit son père François, cantonnier à Marseille, à l’âge de onze ans. Sa mère était née Florence Andréani. Après avoir obtenu son CEP il exerça plusieurs métiers : mousse, soutier chauffeur à bord d’un navire, ouvrier sur les quais puis aux raffineries de sucre de la Méditerranée. Renvoyé de cette entreprise à la suite d’une grève, en 1908 alors qu’il était secrétaire du syndicat des ouvriers raffineurs, il fut nommé, en dédommagement, employé municipal, puis, en 1909, chef-enquêteur au bureau de bienfaisance de la ville. Il milita très jeune dans les milieux syndicalistes et socialistes, en particulier, dans le sillage de Bernard Cadenat , à la Belle-de-Mai. En 1912, Toussaint Ambrosini était secrétaire de la 5e section du Parti socialiste unifié, qui englobait ce dernier quartier très ouvrier. La même année, il fut élu membre de la Commission exécutive au congrès fédéral de Salon et délégué, avec Cadenat et Sixte-Quenin au congrès international de Bâle. En 1913, il représenta la SFIO dans un Comité d’action contre la loi de trois ans, aux côtés de la CGT, et, en 1914, il fit campagne pour les candidats socialistes Cadenat et André Saravelli.

Pendant la guerre, Toussaint Ambrosini représenta la Fédération socialiste des Bouches-du-Rhône au congrès de la SFIO de Paris, en décembre 1915, et vota pour la motion Longuet-Pressemane. Pacifiste, il se prononça ensuite pour la minorité au conseil national du Parti. Le 1er mai 1919, il fut favorable à la IIIe Internationale et en novembre 1919, il fut parmi les socialistes hostiles à la formation d’une liste de coalition avec Siméon Flaissières pour les élections municipales, lui préférant une liste uniquement composée d’unifiés et de syndicalistes. Cependant, à la même époque, il semble avoir rejoint les positions plus modérées de la majorité des dirigeants socialistes marseillais. Il fut délégué au congrès de Strasbourg, par le congrès départemental d’Arles du 22 février 1920. Quelques semaines plus tôt, le 21 décembre 1919, Toussaint Ambrosini avait été élu conseiller général du 5e canton au deuxième tour contre Louis Schurrer (républicain socialiste) avec 3 196 voix (2 737 au premier) sur 6 218 votants et 14 869 inscrits. Il était alors employé aux services de l’Assistance publique. Il fut réélu le 19 juillet 1925 avec 7 366 voix sur 16 441 inscrits et 9 096 votants, puis le 25 octobre 1931, au deuxième tour, avec 6 056 voix sur 11 811 votants, contre Grisoli (3 722 voix) et Adrien Mouton (1 553 voix). Au premier tour, il avait obtenu 5 411 voix sur 19 274 inscrits et 11 970 votants contre 3 264 à Grisoli (phalange prolétarienne sabianiste), 983 à Alauzen (UR), 1 355 à Caillol (socialiste indépendant) et 1 957 au communiste Adrien Mouton , après une campagne très animée.

En 1929, Toussaint Ambrosini avait été candidat, sans succès, aux élections municipales sur la liste Henri Tasso et avait obtenu 26 156 voix, au premier tour, sur 134 870 inscrits.

Le 26 octobre 1930, après la mort de Bernard Cadenat, il fut candidat à l’élection législative partielle dans la 2e circonscription. Il avait été préféré, par les sections SFIO en qualité « d’enfant de la Belle-de-Mai » à Joseph Lasalarié et à Joseph Ceccaldi — voir ces noms. Malgré la concurrence de la droite, des sabianistes — qui avaient un instant songé à lui opposer Flaissières — et des communistes qui présentèrent Gabriel Péri , Toussaint Ambrosini fut élu au second tour avec 4 886 voix sur 16 844 inscrits et 10 948 votants. Vincent Auriol, Henri Tasso, Félix Gouin soutinrent sa candidature. Il fut réélu le 8 mai 1932 au second tour du renouvellement normal, contre le communiste Mouton, avec 7 276 voix sur 18 387 inscrits. Au Palais Bourbon, il siégea à la commission des Douanes et des Conventions commerciales, puis de la Marine marchande et de la Marine militaire. Au conseil général des Bouches-du-Rhône, il présida, par ailleurs, la commission départementale.

Toussaint Ambrosini était très aimé à la Belle-de-Mai, pour son éloquence populaire et sa cordialité, son action efficace, sa familiarité avec ses électeurs. Selon Le Midi Libre du 24 octobre 1930, il aurait dit à Léon Blum, alors en quête d’une circonscription : « On n’a pas besoin de doctrinaires à La Belle-de-Mai. Serais-tu capable de boire quarante pastis par jour ? » Ses adversaires ont brocardé ses manières à la fois pittoresques et brusques. Selon Massalia, il aurait giflé André Marty en pleine Chambre des députés (4 avril 1931). « Inculte » d’après L’Éclair de Montpellier (9 avril 1932), « il n’a pas encore atteint le stade de Caliban » (Le Sémaphore, 27 avril 1932). Lui-même répondait à ses détracteurs qu’il était fier de ses origines prolétariennes (Le Petit Provençal, 1er octobre 1931).

Aux élections municipales de 1935, Toussaint Ambrosini fut élu au second tour dans la 2e section (5e et 7e cantons) avec 18 626 voix sur 38 655 inscrits (9 870 au premier tour) et devint second adjoint au maire, Henri Tasso. Il fut ensuite, en février 1940, élu vice-président du conseil municipal lorsque la commune se trouvait en tutelle. Il avait renoncé, en 1937, à son siège de conseiller général, en raison de l’interdiction du cumul des mandats décidée par la Fédération SFIO des Bouches-du-Rhône. L’année précédente, il avait perdu son siège de député au profit du communiste Jean Cristofol , n’ayant obtenu au premier tour que 5 381 voix sur 20 881 électeurs inscrits.

Toussaint Ambrosini avait fondé en juillet 1919 le syndicat des employés municipaux qui groupait alors 2 000 adhérents ; il fut notamment délégué des services publics à la CGT en 1922. Il était membre du groupe Voltaire (Libre pensée) et dirigeant des AIL de son canton.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article90639, notice AMBROSINI Toussaint par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 2 novembre 2010.

Par Antoine Olivesi

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M3/58, 59, 60, 61 et 62 ; III M/46, 47 et 49 ; VM2/245, 276, 283 et 289 ; M6/3604, notice individuelle du 28 novembre 1912 ; M6/4833 bis, rapport du commissaire spécial daté du 10 mai 1916 ; XIV M 24/45. — Le Petit Provençal, notamment les 26 mars 1911, 5 février 1912, 3 mars 1913, 13 avril 1914, 9, 15 et 12 décembre 1919, 23 février 1920, 2 mai 1922, 20 juillet 1925, 19 et 26 octobre 1931 (photo), 17 avril 1936. — L’Ouvrier syndiqué, 1er mai 1913. — Le Cri de Marseille, 16 et 23 août, 6 septembre 1930. — Marseille Libre, 24 octobre 1930. — Massalia, notamment les 9 août et 25 octobre 1930. — L’Éclair de Montpellier, 9 avril 1932. — Le Sémaphore, 27 avril 1932, etc... — Jean Jolly (sous la direction de), Dictionnaire des parlementaires français, 1889-1940, Paris, PUF, 1960-1977, huit volumes. t. I, 1960, p. 366. — Patrick Barrau, Le Mouvement ouvrier à Marseille, 1900-1914, Thèse de droit, Aix, 1971. — Jacques Bonnabel, Le Mouvement ouvrier à Marseille de 1914 à 1920, Mémoire de DES d’Histoire du Droit (dactylographié), Aix, 1973. — Danielle Moulinard, Le Parti communiste à Marseille. Naissance et débuts, 1919-1925, Mémoire de Maîtrise, Aix, 1972. — Bernard Bouisson, L’Anticléricalisme à Marseille entre 1919 et 1939, Thèse de 3e cycle d’histoire, Aix, 1971. — Jean Vaucoret : Les Corses et les élections législatives à Marseille en 1914, Mémoire de Maîtrise, Aix, 1972.

Version imprimable Signaler un complément