HAUDEBOURG Jeannine [née VIVET Jeannine, Marguerite, Marcelle]

Par Gérard Boëldieu

Née le 26 novembre 1935 à Tresson (Sarthe), morte le 12 mars 2018 au Mans ; sténodactylographe-secrétaire à la Mutuelle Générale Française Accident devenue Mutuelles du Mans Assurances ; militante communiste dans la Sarthe de 1963 à 1989 ; ensuite membre du Mouvement de la Gauche Progressiste ; secrétaire départementale de l’Union des Femmes Françaises de 1964 à 1977 ; conseillère municipale du Mans de 1977 à 2001 (Première adjointe de 1989 à 2001) ; conseillère régionale des Pays de la Loire de 1989 à 1992 ; conseillère générale de la Sarthe de 1992 à 1998.

Inauguration de la maison de quartier des Bruyères le 25 septembre 1982
(Jeannine Haudebourg : brune au premier rang, bras croisés : Pierre Combe)

À la rentrée scolaire de 1946, Jeannine Vivet, hébergée par sa tante maternelle, entra au Cours complémentaire de l’école de filles Véron-de-Forbonnais, au Mans, une annexe avec classes en bois, dans le quartier populaire de Pontlieue, afin d’y préparer, selon les souhaits de sa mère, restée en campagne, le concours d’entrée à l’école normale d’institutrices. À cette date, elle était l’aînée de cinq enfants. (Cinq autres suivirent.) Son père, Marcel Vivet, né en 1911 à Tresson, ancien journalier, était ouvrier dans une société de travaux agricoles dans une commune voisine, Montreuil-le-Henri ; sa mère, Marguerite Bobet, née en 1917, également à Tresson, était ménagère. Ils élevèrent leurs nombreux enfants, sans beaucoup d’argent, mais dans la dignité. Jeannine Vivet s’adapta mal au Cours complémentaire et se brouilla avec sa tante. Au bout de deux ans, ses parents acceptèrent de l’inscrire au Collège technique (ancienne Ecole pratique) pour y préparer un Brevet de secrétaire, ce qui représentait une charge pour eux car il fallut payer une pension chez des amis. Parmi les raisons invoquées pour suivre cette voie professionnelle, outre l’exemple « d’une copine de classe », le souvenir « de cette Parisienne qui prenait les messages à la radio pendant la guerre, chez ma tante Raymonde, je l’admirais beaucoup ». En 1951, année où ses parents s’installèrent au Mans, son père devenant manœuvre dans le bâtiment, elle réussit son examen. Ses débuts professionnels au Mans furent difficiles et divers : sténodactylo chez un huissier puis dans un atelier de confection, facturière dans un établissement fabriquant des sacs et des bâches. Le 5 février 1954, elle épousa, mariage religieux, Norbert Haudebourg, son petit-cousin, fils unique d’un ouvrier agricole retraité, peintre en bâtiment. Dans son entreprise, il contribua à implanter un syndicat affilié à la CGT. Le couple eut quatre enfants dont un qui, prématuré, ne survécut pas. La situation professionnelle de Jeannine Haudebourg se stabilisa à compter de 1956, après sa réussite au concours des Mutuelles du Mans. Aux Sablons, le grand-ensemble où elle résidait, elle fonda une association de parents d’élèves Cornec. Lecteurs assidus de l’Humanité Dimanche, Jeannine Haudebourg et son mari adhérèrent au Parti communiste en septembre 1963. Diabétique, Norbert Haudebourg décéda en septembre 1989.

Dès 1964, sous la pression « amicale et convaincue » de Germaine Guesnay, Jeannine Haudebourg succéda à Marcelle Moneuze au secrétariat départemental de l’Union des Femmes Françaises. Ce qui lui valut, après avoir suivi, en 1965, une école fédérale de quinze jours, dirigée par Jeannine Rouxin et Michel Bazin, de siéger au bureau de la fédération de la Sarthe du PCF à partir de 1966. Fortement engagée dans l’UFF, implantée dans la Sarthe surtout dans divers quartiers du Mans et à Allonnes, elle anima toutes ses actions. Pour les parents les plus démunis, elle lutta afin d’obtenir une revalorisation des allocations familiales. Elle mena une action en faveur de la contraception. En 1967, au nom de l’UFF, elle s’investit beaucoup dans un Cartel de défense de la Sécurité Sociale (délégations de femmes à la Préfecture, collectes de signatures, etc). Au début de mai 1968, elle assista au congrès de Nîmes qui, après avoir rendu hommage à Eugénie Cotton, récemment décédée, se « prononça pour l’union de la gauche et un programme commun ». Ceci bien avant le PCF. La surprise fut telle, qu’alors nombre de militantes s’éloignèrent de l’UFF. En 1969, l’UFF-Sarthe édita un document sur les métiers féminins. Elle milita contre la guerre du Viet-Nam.

En janvier 1970, Jeannine Haudebourg compta au nombre des sept délégués de la Sarthe au congrès du PCF à Nanterre. À l’élection municipale de 1971, au Mans, elle figura sur la liste du PCF et de personnalités de gauche conduite par Pierre Combe, liste battue au deuxième tour. En 1977, la liste « d’Union de la Gauche » conduite par le communiste Robert Jarry* l’emportant au deuxième tour, elle devint cinquième adjointe, chargée des affaires sociales (personnes âgées, cantines, colonies de vacances, crèches, haltes garderies). Elle quitta alors le bureau fédéral mais siégea au Comité fédéral jusqu’à son retrait, « à sa demande », en 1985. Devenue troisième adjointe en 1983, elle conserva les affaires sociales. En 1989, restée fidèle à Robert Jarry, exclu du PCF, dont la liste, qui comptait la majorité des membres du conseil sortant, l’emporta dès le premier tour (64 % des exprimés), elle accéda au poste de première adjointe. En 1995, la liste de Jarry étant réélue au deuxième tour, elle fut reconduite dans cette fonction. Elle ne s’impliqua pas dans la gestion de la Communauté urbaine. En 2001 elle ne se représenta pas, laissant la place à sa fille Brigitte qui accomplit un mandat de conseillère municipale.

Pendant ses quatre mandats d’adjointe, Jeannine Haudebourg se préoccupa de l’enfance, du droit des femmes, des loisirs, des personnes âgées. Ainsi, elle impulsa la construction de Maisons de quartier. L’une d’elle, créée dès 1978 dans un des quartiers les plus pauvres, où nombre de personnes étaient touchées par l’exclusion et l’isolement, abrita à partir de 1982 un centre social agréé par la Caisse d’allocations familiales. Elle siégea à son conseil d’administration jusqu’en 2004. Dans le même quartier, à l’école maternelle Eugénie-Cotton, elle appuya la proposition des « Francs et Franches Camarades » (« Francas ») en faveur d’un CLAE (Centre de Loisirs Associé à une École), structure où école et ateliers de loisirs se jouxtent et coopèrent, Quatre CLAE existent en France. Elle créa au Mans un centre de vacances sans hébergement, ouvert en juillet 1981. La colonie de vacances mancelle à Noirmoutier fut rénovée et restructurée. Elle fit tout pour que celle de Tréboul, près de Douarnenez, en vente en 1977, reste propriété du Mans. Elle la transforma en centre de vacances pour familles. Elle présida, à partir de 1982, un Office municipal, lieu de rencontre entre associations de retraités et de personnes âgées (Quarante-quatre en 1992) où étaient posées les questions relatives au vieillissement. Elle mit en place un Centre d’information sur les droits des femmes. Elle impulsa le jumelage entre Le Mans et Haouza, un des campements sahraoui sur territoire algérien.

En 1989, Jeannine Haudebourg remplaça Robert Jarry, démissionnaire, au Conseil régional des Pays de la Loire. Dans cette assemblée, elle poursuivit le combat, finalement victorieux, pour l’obtention d’un lycée dans l’agglomération mancelle (à Allonnes), plaida pour des mesures d’aides aux communes en vue de l’amélioration de l’habitat et la rénovation d’établissement pour personnes âgées. Au renouvellement de 1992, membre de la Gauche Progressiste, mouvement local créé après l’exclusion du PCF de Robert Jarry, elle figura en troisième position sur la liste conduite par celui-ci. Cette liste espérait avoir deux élus. Elle en eu trois. Jarry optant pour le Conseil régional, laissa vacant le siège de conseiller général du Mans Sud-Est qu’il détenait depuis vingt-six ans. Elle le brigua et l’emporta, battant au second tour le candidat de droite (4 741 voix contre 2 003), ce qui l’amena à laisser sa place au Conseil régional au quatrième de sa liste.

Au conseil général, Jeannine Haudebourg, n’accomplit qu’un seul mandat. Au renouvellement de 1998, nettement devancée au premier tour par Christophe Counil, socialiste de vingt-cinq ans et quasi inconnu (24, 4 % des suffrages exprimés contre 21,8 %), elle fut contrainte de se retirer. Counil, seul en lice au second tour, l’emporta. Outre qu’il signifiait le début du déclin du Mouvement de la Gauche Progressiste dans la Sarthe, cet échec enlevait à Jeannine Haudebourg tout espoir de succéder à Robert Jarry à la mairie du Mans en 2001.

Retirée de la vie politique sarthoise, Jeannine Haudebourg s’impliqua activement à Femmes Solidaires, qui succéda à l’UFF, particulièrement sur le thème des droits de la femme, la laïcité, la mixité, l’égalité entre les sexes. Aux municipales de 2014, elle soutint la liste du Front de Gauche en acceptant d’y figurer en dernière position. Cette liste qui obtint 9,09 % des suffrages exprimés ne put donc figurer au second tour. Dans « le Maine Libre » du 29 septembre 2015, elle condamna la décision du conseil municipal du Mans de vendre le village-vacances de Tréboul, dont la gestion s’avère déficitaire, y voyant une façon pour les élus « de rayer autant faire se peut les vingt-quatre années de Robert Jarry et son équipe au service des Mancelles et Manceaux ».

Le 24 mars 2000, au titre du Ministère délégué à la ville, Jeannine Haudebourg reçut des mains de la préfète de la Sarthe, Élisabeth Allaire, les insignes de chevalier dans l’ordre national du Mérite
Elle décéda au Mans, au centre hospitalier public, le lundi 12 mars 2018.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89307, notice HAUDEBOURG Jeannine [née VIVET Jeannine, Marguerite, Marcelle] par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 26 septembre 2010, dernière modification le 22 mars 2018.

Par Gérard Boëldieu

Inauguration de la maison de quartier des Bruyères le 25 septembre 1982
(Jeannine Haudebourg : brune au premier rang, bras croisés : Pierre Combe)
Jeannine Haudebourg, maire adjointe du Mans

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Arch. dép. de la Sarthe : liste nominative de Tresson au recensement de 1936. — Robert Jarry, Les communistes au cœur des luttes des travailleurs sarthois (1920-1970), tome 2. — Bernard Garreau, Une histoire des femmes élues en Sarthe de 1945 à 2010, Presses d’I.T.F. Imprimeurs, Mulsanne, octobre 2013. — « Sarthe-Nouvelle », organe de la fédération communiste de la Sarthe, et Presse locale. — Entretien avec l’intéressée le 20 avril 2016 qui, en outre, a remis une esquisse d’autobiographie et un exemplaire du discours du 24 mars d’Élisabeth Allaire.

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