TAURINYA Albert, Émile

Par Pierre Lapeyre

Né le 6 juin 1900 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), mort le 13 mars 1984 à Toulouse ; cheminot, chauffeur puis mécanicien ; syndicaliste CGT et militant communiste de Toulouse (Haute-Garonne).

Fils d’un ouvrier agricole et limonadier et d’une culottière et ménagère, Albert Taurinya quitte l’école à douze ans et demi. En 1917 il s’engagea dans la marine et y resta jusqu’en 1922. Cette même année il embaucha dans l’entreprise d’aéronautique Latécoère à Toulouse. En juillet, il adhéra aux Jeunesses communistes et au syndicat CGTU des métaux. En août, lors d’une grève, il fut licencié de Latécoère. Peu après, il fut embauché dans une entreprise privée de nettoyage de locomotives pour la Compagnie du Midi à Toulouse.

Il se maria le 11 mars 1926 à Toulouse avec Irène Balme.

Il entra à la Compagnie du Midi, où il devint chauffeur. Il militait activement à la CGTU et participa à la création de la Section technique des roulants CGTU du dépôt de Toulouse. En 1929 il fut élu délégué du personnel dans la catégorie des chauffeurs et élèves mécaniciens auprès du chef d’arrondissement et du chef de service. Il fut délégué à la sécurité de 1932 à 1938. Albert Taurinya eut, pendant plusieurs années, la charge des finances du syndicat CGTU des cheminots de Toulouse. Il était secrétaire de son syndicat en 1931, secrétaire adjoint en 1937.

Il avait par ailleurs de nombreuses responsabilités politiques. En janvier 1923 il adhéra au Parti communiste. Secrétaire de la 20e entente des Jeunesses communistes, membre du bureau régional de la Garonne, trésorier du rayon de Toulouse, secrétaire de la cellule des roulants de Toulouse, responsable militaire de la région de 1925 à 1929. En 1936, domicilié au chemin Monserby à Toulouse, il était secrétaire du rayon de Toulouse-Centre.

Dans un dossier du RGASPI une douzaine de pages est consacrée à un conflit interne qui eut lieu en 1924. Il s’agit de l’affaire Rose Taurinya et son fils Albert qui s’étendit du 26 août au 8 octobre. Le bureau fédéral de Haute-Garonne qualifia de “ graves incidents ” ce conflit qui eut des répercussions à l’Union des syndicats unitaires. Dans la séance du 26 août 1924 de la commission administrative de la section toulousaine du PC il était rapporté que dans la cellule des cheminots Albert Taurinya avait déclaré qu’il y avait un déficit non avoué à la librairie fédérale provenant de dilapidations couvertes par la commission administrative. De son côté, sa mère, Rose Taurinya était allée enquêter d’elle-même chez l’imprimeur au sujet des comptes relatifs à l’impression d’affiches et accusait le secrétaire de l’UL-CGTU d’avoir fait facturer des affiches non livrées. Ces malversations auraient été cachées. Malgré son opposition une commission d’enquête fut nommée pour établir la vérité dans un délai de 8 jours, une autre devant enquêter sur les accusations d’Albert. L’enquête conclut à l’inanité des deux accusations : les comptes de l’imprimerie, vérifiés, étaient exacts et la pose des affiches effectuée (en ce qui concerne Rose) ; la comptabilité de la librairie faisait ressortir un bénéfice et non un déficit (en ce qui concerne Albert). Rose tenta encore d’attaquer les responsables de la Fédération lors d’une Assemblée générale du 13 septembre où était présent un délégué du Comité directeur en faisant intervenir son gendre André Marty (informé par elle seule) dont l’attitude fut jugée regrettable. En conclusion le Bureau fédéral décida le 18 septembre de prononcer la radiation de Rose Taurinya dont les actes ont “ un caractère nettement anticommuniste et nuisible au Parti ”. Albert qui avait reconnu “ l’exactitude des résultats de l’enquête qui prouvent la fausseté de ses accusations concernant la bibliothèque ” s’en tirait par une exclusion temporaire d’un an étant donné son jeune âge. Une note du 8 octobre de Dupont au nom de la Commission nationale des conflits indiquait qu’il n’y avait pas lieu de se ressaisir de l’affaire, les deux camarades n’ayant pas fait appel.

Le 10 juillet 1940 il fut arrêté à son domicile, interné à Septfonds, Caylus, Saint-Paul-d’Egau, puis transféré dans le sud de l’Algérie au camp de Bossuet jusqu’en 1942. Libéré sous caution il fut renvoyé en France, interdit de séjour en Algérie et en Haute-Garonne. Il fut affecté au dépôt d’Ussel en résidence surveillée où sa famille le rejoignit. Il reprit ses activités militantes, fut arrêté par la police porteur d’une lettre pour André Marty, dont il avait été le beau-frère jusqu’en 1937. Emprisonné à nouveau trois mois à Périgueux, libéré pour non lieu, il rejoignit le maquis à Ussel, où il devint instructeur et fit partie du comité de Libération de la ville.

En 1945 il revint au dépôt de Toulouse et fut nommé mécanicien. Il continua aussitôt ses activités syndicales et politiques. Dès 1946 on le retrouve aux réunions du bureau du syndicat de Toulouse. De 1947 à 1950, il participa à des réunions du bureau de secteur. Il siégea comme délégué au comité mixte du dépôt qui venait d’être créé. Le 11 février 1950, après une action contre la guerre d’Indochine, il fut arrêté avec trois autres dirigeants syndicaux de Toulouse, mais grâce à la pression populaire ils furent libérés le lendemain. Peu de temps après il prit sa retraite de cheminot et se fit marchand de quatre-saisons à Toulouse.

Par ses deux sœurs, Mathilde et Pauline, des militantes communistes actives, il était le beau-frère de Gabriel Péri et d’André Marty jusqu’en 1937. Resté en relation avec le dernier, il remit, en janvier 1953, la correspondance du nouvel exclu au secrétariat du PCF. Il était alors retraité des chemins de fer et marchand de quatre-saisons à Toulouse.

Albert Taurinya fut mêlé à « l’affaire Marty » : Il accepta de servir de boîte aux lettres pour la correspondance d’André Marty, avec lequel il était resté en relation, puis, en janvier 1953, il remit la correspondance du nouvel exclu au secrétariat du PCF. Il était alors retraité des chemins de fer et marchand de quatre-saisons à Toulouse.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article8903, notice TAURINYA Albert, Émile par Pierre Lapeyre, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 14 juin 2015.

Par Pierre Lapeyre

SOURCES : Arch. RGASPI, Moscou, RGASPI 495 270 5061 et 495 270 8541 ; dossier personnel de sa sœur Pauline ; 495 270 5061 1 et 2. — Arch. Nat. F7/13109, 13182, rapport du 29 août 1926. — La Voix des travailleurs, 1929-1936. — Unir-Débat, n° 43-44, juillet-août 1970. — Registres du secteur et du syndicat CGT des cheminots de Toulouse. — DBMOF, tome 42, p. 64. — Témoignage et documents fournis par sa fille Gisèle, recueillis par Marcel Montaubrie, et notamment un extrait d’un journal de Taurinya et de notes de sa main sur ses activités. — Notice nécrologique lors de son décès, signée de Jean Llante, responsable du PCF de Toulouse. — Notes de René Lemarquis, Claude Pennetier. — État civil.

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