LÉVY Albert.

Né à Lyon (Rhône) en 1871 ; sa mort fut annoncée par La Révolution prolétarienne en novembre 1926 ; employé ; trésorier de la CGT.

Venu de l’allemanisme, Albert Lévy représenta le syndicat des ouvriers plâtriers de Rennes affilié à la fédération socialiste autonome d’Ille-et-Vilaine, au congrès général des organisations socialistes tenu à Paris, salle Wagram, en 1900. A. Lévy travaillait à l’Office de statistique et de placement fondé avec une subvention de 10 000 F. au lendemain de l’exposition de 1900 pour faciliter la résorption du chômage à Paris et le placement hors de la capitale des travailleurs en surnombre, (P. Monatte, op. cit., p. 104) lorsque, le 22 mars 1901, il fut élu, par neuf voix contre huit à H. Girard, trésorier de la Fédération des Bourses du Travail. Il participa, cette même année en mai, au congrès socialiste de Lyon comme délégué de la Seine. Il avait « l’allure d’un contremaître d’industrie, avec ses faux cols rabattus de toile bleue, petit, la barbe rasée, la moustache peu fournie et dure, les cheveux sans exubérance », et il promenait « volontiers son air autoritaire dans les différents bureaux de la Confédération générale du Travail » (M. Leclercq, E. Girod de Fléaux, op. cit., pp. 125-126), « nerveux en diable » selon P. Monatte (op. cit., p. 131).
A. Lévy fit alors partie du triumvirat qui menait la CGT et que certains caractérisaient ainsi : « Griffuelhes parle, Pouget écrit, Lévy encaisse ». Il participa au XIVe congrès national corporatif — 8e de la CGT — tenu à Bourges du 12 au 20 septembre 1904 et présenta un rapport en qualité de trésorier de la Commission des grèves et de la grève générale — cf. compte rendu, pp. 52-55. Deux ans plus tard, en octobre 1906, il assistait au congrès d’Amiens ; il y présenta le rapport financier et signa l’ordre du jour syndicaliste révolutionnaire de V. Griffuelhes ; il assista également au XVIe congrès, Marseille, octobre 1908. Au XVIIe congrès, Toulouse, octobre 1910, Lévy eut sa grande polémique avec Griffuelhes au sujet de la Maison des Fédérations — cf. compte rendu, pp. 83-98. De quoi s’agissait-il ? Lévy, qui était sorti de Clairvaux en avril 1908, à la suite d’une condamnation à dix-huit mois de prison encourue avec Bousquet pour incitation à la violence, avait retrouvé sa comptabilité mal tenue pendant sa détention par Griffuelhes avec qui, de surcroît, il ne s’entendait pas. Expulsée de la Bourse du Travail de Paris par le gouvernement, le 12 octobre 1905, la CGT avait dû chercher asile ailleurs, et, après avoir logé cité Riverin, Xe arr. dans un local trop petit, s’était installée, au début de 1906, dans le même arr., 33, rue de la Grange-aux-Belles, qui devint la Maison des Fédérations. Mis en accusation par A. Lévy, Griffuelhes renonça, le 24 février 1909, à demander le renouvellement de ses fonctions au secrétariat de la CGT. On a coutume de dire que, dans cette affaire, Lévy fut l’instrument de Briand qui avait parcouru grand chemin depuis qu’il prêchait la grève générale et, bénéficiant de complicités dans le mouvement syndical, se retournait alors contre ses anciens amis. Il n’y a pas lieu, semble-t-il, de contester cette affirmation (G. Lefranc, Le Mouvement syndical sous la Troisième République, p. 148).
Après son départ de la CGT, A. Lévy travailla comme expert-comptable à Rouen (Monatte). Un rapport de police du 28 août 1915 (cf. Arch. Nat. F7 / 13 613) le disait ex-cabaretier à Flers (Orne) et actuellement au Havre où il s’occupe de fournitures de draps pour l’armée.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article82642, notice LÉVY Albert. , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

ŒUVRE : Il collabora à L’Action directe, juillet 1903-février 1905.

SOURCES : M. Leclercq, E. Girod de Fléaux, Ces Messieurs de la CGT, Paris, 1908. — P. Monatte, Trois scissions syndicales, Paris, 1958, pp. 104 et 131. — La Révolution prolétarienne, n° 23, novembre 1926 (article de P. Monatte). — J. Julliard, Clemenceau briseur de grèves, Paris, 1965, pp. 135-140.

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