HOLBAN Boris [BRUHMAN Boris, dit]. Pseudonymes dans la Résistance : Roger, Olivier

Par Jean-Pierre Besse

Né le 20 avril 1908 à Kukovka Ukraine, mort le 27 juin 2004 à Étampes (Essonne) ; militant communiste en Roumanie puis en France et à nouveau en Roumanie ; résistant ; chef militaire des FTP-MOI de la région parisienne (mai 1942-juillet 1943 ; novembre 1943-août 1944) et de la zone Nord (1943-1944).

Commandant en France après la Libération

Boris Bruhman naquit dans une famille modeste de cinq garçons. Son père était réceptionnaire de betteraves dans une sucrerie. Il vécut une enfance heureuse malgré la sévérité et les contraintes imposées par son père. « Nous vivions comme dans un cocon chaud, entourés constamment de la tendresse de ma mère et, finalement de l’amour et de la bienveillance de mon père », écrit-il dans son ouvrage intitulé Testament. La famille respectait scrupuleusement les traditions religieuses juives.

En 1915, la famille s’installa à Moghilev, près du lieu de travail du père. L’arrivée des nationalistes de Pétlioura puis de Denikine s’accompagna de pogroms. Le père perdit son travail et s’embaucha comme scieur de bois. En 1918, l’armée roumaine occupa la Bessarabie. Le père décida alors de retourner à Atika. Son frère réussit en premier le passage du Dniestr. Boris le rejoignit mais arrêté, il fut cependant libéré. La mère et deux de ses fils passèrent à leur tour en Roumanie au printemps, après de nombreuses péripéties, et le père à l’été 1920. Ce dernier retrouva alors du travail comme gérant d’une succursale de produits d’alimentation.

Boris reprit ses études en 1924 et s’installa à Belzi. Pour survivre, il fabriqua des cigarettes qu’il revendait clandestinement. Il obtint son baccalauréat et adhéra à la même époque au Parti communiste. Il souhaitait entreprendre des études de médecine et donc s’installer dans une autre ville. Mais le parti lui fit comprendre qu’il avait besoin de cadres. Il resta à Blezi où il devint professeur suppléant mais c’est en fait la propagande qui occupa tout son temps. Il était chargé du service technique, c’est-à-dire de la rédaction d’articles et de tracts, de leur impression et de leur distribution. Le Parti communiste roumain étant interdit, il fut arrêté en septembre 1930 et, fin octobre, condamné à six ans de prison. Il bénéficia d’une amnistie en mars 1932 mais fut alors obligé d’effectuer son service militaire. Il reprit contact avec le Parti communiste, devint membre du rayon de Bessarabie du Nord et déserta. Il reprit alors sa vie de clandestin, fuyant la police et implantant dans diverses régions des bases communistes. Arrêté une nouvelle fois en février 1934, il fut torturé puis condamné à un mois de prison. À la fin de sa peine, il fut renvoyé dans un régiment disciplinaire et de nouveau condamné.

En 1937, il partit en Tchécoslovaquie pour terminer ses études que son activité de militant avait arrêtées. Il fut déchu de sa nationalité roumaine en 1938 en raison de lois antisémites. Il décida alors de s’installer en France où vivait déjà un de ses frères. Arrivé à Paris en juillet 1938, il souhaitait partir pour rejoindre les Brigades internationales mais les communistes roumains installés à Paris lui firent savoir qu’il était trop tard. Il se vit confier la direction du Comité d’aide aux volontaires roumains en Espagne et le représenta au Comité d’aide internationale.

Dès la déclaration de guerre, il s’engagea dans le régiment de marche des volontaires étrangers. Il fut fait prisonnier le 23 juin 1940 et envoyé en juillet au fort de Quelleu près de Metz. Il s’en évada le 11 janvier 1941 grâce à l’aide de sa compatriote Irma Mico, envoyée de Paris à cet effet et de la sœur Hélène de l’Hospice Saint Nicolas qui avait organisé un réseau d’évasion de prisonniers de guerre.

Revenu à Paris, il fut nommé, en avril 1941, membre du triangle de direction du groupe de langue roumain de la MOI. Durant l’été 1941, la direction de la MOI constitua des groupes de combat. Il fut désigné pour constituer et diriger deux groupes de combattants roumains. En septembre 1941, il devint chef des groupes de combattants de la MOI qui, selon son témoignage, comptait quarante personnes.

Début 1942, le Parti communiste constitua les FTP. Il souhaitait constituer les FTP-MOI mais selon Holban « l’accouchement fut difficile » en raison des oppositions de Boczor* et des réticences de Rol-Tanguy, ce que Rol-Tanguy nia toujours. En mai 1942, il fut nommé responsable militaire des FTP-MOI de la région parisienne. Il était selon lui, pour les questions militaires, subordonné au comité militaire FTP de la région parisienne et pour les questions politiques, à la commission centrale de la MOI.

Le triangle de direction était constitué en outre du Tchécoslovaque Karel Stefka (Karol) puis après l’arrestation de ce dernier en décembre 1942 du Bulgare Boris Milev et de l’Espagnol Joaquin Olaso Piera, responsable technique puis à partir de décembre 1942 d’Alik Neuer, un Tchécoslovaque. Il organisa les quatre détachements : le premier dit roumain, le second dit juif, le troisième et le quatrième dits des dérailleurs ainsi que les divers services annexes (renseignement, cadres, liaisons et transport, médical). Il échappa aux arrestations de décembre 1942 mais fut un moment suspecté, à tort, par certains de ses camarades d’être à l’origine des arrestations.

En juin 1943, il manifesta un désaccord avec la direction nationale et fut l’objet de critiques transmises par Rol-Tanguy, ce que ce dernier nia toujours. Il lui était demandé de changer de tactique ce qu’il refusa. Il préféra démissionner en juillet 1943. Il fut alors remplacé par Missak Manouchian et chargé de s’occuper des prisonniers soviétiques évadés. Il fut envoyé en octobre 1943 dans les départements du Nord et de l’Est. Lors de sa démission, les FTP-MOI de la région parisienne comptaient 65 militants dont 40 combattants.

À la suite de l’arrestation de Missak Manouchian et du démantèlement de son groupe. Il fut rappelé, reprit ses fonctions de chef militaire des FTP-MOI de la région parisienne et vit ses responsabilités élargies à toute la zone Nord. Il fut chargé d’exécuter Joseph Dawidowitch (Albert) dont la trahison était à l’origine de la chute du groupe Manouchian, ce qu’il fit le 28 décembre 1943 à Bourg-la-Reine. Cristina Boico dit que l’exécution se déroula le 30 décembre. Il eut ensuite la tâche de faire entrer les FTP au sein des FFI et participa à la libération de Paris.

Le 20 septembre 1944, il s’engagea dans le 1er régiment de Paris, principalement constitué de FTP-MOI, de combattants soviétiques mais aussi de nouveaux engagés. Ce 1er régiment devint presque aussitôt le bataillon 51/22. Il fut promu au grade de commandant et chargé de le diriger. Le 20 novembre, il était détaché au ministère de la Guerre. Il fut démobilisé en juillet 1945.

Il revint alors à Paris et logea dans sa dernière planque 38 rue du Cardinal Lemoine dans le Ve arrondissement.

Durant l’été 1945, Jacques Duclos lui conseilla de rejoindre la Roumanie, le Parti communiste ayant besoin de cadres. Ce qu’il fit en août 1946. C’est alors qu’il prit le nom d’Holban et commença une carrière dans l’armée, avec un court intermède comme interprète au ministère des Affaires étrangères auprès d’Anna Pauker. Lieutenant colonel chargé du centre de perfectionnement pour officiers, colonel en 1948, général de brigade en 1949, il fut limogé en mai 1950 pour avoir eu des contacts avec des citoyens des États-Unis, où son frère était installé. Il devint alors directeur général d’un secteur de production textile. À sa demande, il retourna à la base en 1953 et obtint son diplôme d’ingénieur textile en 1954. Il prit sa retraite en 1970 et enseigna le textile jusqu’en 1975 dans un lycée industriel de Bucarest.

En 1979, pour la première fois depuis son retour en 1946, il quitta la Roumanie pour les un séjour aux États-Unis où vivaient ses frères puis pour Paris. Il effectua un nouveau voyage à Paris en 1981 et s’y installa définitivement en octobre 1984. Il obtint la nationalité française en 1994 et reçut la Légion d’honneur.

En 1985, à l’occasion de la diffusion du film Terroristes à la retraite, Méliné Manouchian l’accusa d’avoir indirectement provoqué la mort de Missak Manouchian en refusant le repli en zone sud aux militants qui étaient repérés. C’est pour démentir ces accusations que Boris Holban publia en 1989 ses mémoires sous le titre Testament.

Il fut inhumé au cimetière de Bagneux (Hauts-de-Seine) dans la division 1, 7e ligne, 35e tombe.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76762, notice HOLBAN Boris [BRUHMAN Boris, dit]. Pseudonymes dans la Résistance : Roger, Olivier par Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 24 mars 2010, dernière modification le 20 mai 2019.

Par Jean-Pierre Besse

Commandant en France après la Libération
Général en Roumanie
Testament, op. cit.

ŒUVRE : Testament, Calmann-Lévy, 1989.

SOURCES : Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger, Fayard, 1994. — Roger Bourderon, Rol-Tanguy, Tallandier, 2004. — Libération, 1er juillet 2004. — L’Humanité, 2 juillet 2004. — Le Monde, 4 juillet 2004. — Boris Holban, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle..., Calmann-Lévy, 1989. — Témoignage de sa nièce.

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