GIRAULT Jacques, Édouard, René

Par Alain Dalançon

Né le 3 août 1939 à La Seyne-sur-Mer (Var) ; professeur ; historien du mouvement ouvrier et du mouvement social ; militant communiste, syndicaliste et militant associatif.

Séminaire des historiens communistes (14-15 octobre 1972), au premier rang, de gauche à droite, Jacques Thobie (caché), Jacques Girault, Claude Mazauric, au deuxième rang, Raymond Huard, Roger Bourderon, Claude Mesliand, au troisième rang, à droite, Roger Martelli, Jean Duma, Bernard Chambaz
Séminaire des historiens communistes (14-15 octobre 1972), au premier rang, de gauche à droite, Jacques Thobie (caché), Jacques Girault, Claude Mazauric, au deuxième rang, Raymond Huard, Roger Bourderon, Claude Mesliand, au troisième rang, à droite, Roger Martelli, Jean Duma, Bernard Chambaz

Fils unique, Jacques Girault naquit dans une famille originaire de la Vienne, installée à La Seyne, ville à laquelle il resta toujours attaché, comme au département du Var, auquel il consacra de très nombreux travaux historiques. Son père, Premier Maître dans la Marine nationale, devenu commis de Marine, syndiqué à la CGT-FO mais électeur communiste à partir de 1953, décéda en 1956 ; sa mère, fille d’un gendarme qui avait été maire radical-socialiste de Gençay (Vienne) entre 1925 et 1929, acheta en 1957 un petit commerce de bonneterie.

Jacques Girault fit sa communion solennelle. Il fréquenta le collège moderne et technique Martini de La Seyne, de la 6e à la première moderne, et obtint le baccalauréat « philosophie » au collège de Barcelonnette (Basses-Alpes) en 1957. Il était reconnaissant à ses maîtres de lui avoir ouvert les chemins de la connaissance et de l’engagement : parmi eux l’instituteur Marius Autran en 6e et 5e, Maurice Loi, professeur de mathématiques, Benjamin Fabre, professeur de philosophie à Barcelonnette. Élève boursier en classe préparatoire au lycée Lakanal de Sceaux, sa scolarité fut interrompue pendant l’année scolaire 1959-1960 pour raison de santé.

Ayant adhéré au Parti communiste français en octobre 1957, notamment en raison de son opposition à la guerre d’Algérie, Jacques Girault trouva beaucoup d’intérêt dans les cours de son professeur d’histoire, Henri Grimal, futur auteur d’un manuel sur l’histoire de la décolonisation. Il était en même temps adhérent de l’Union nationale des étudiants de France et membre du bureau du « secteur lycées » de l’Union des étudiants communistes. Militant au côté de Pierre Juquin, professeur dans le même établissement, il anima la réaction des élèves lors du putsch d’Alger en avril 1961.

Jacques Girault intégra l’École normale supérieure de l’enseignement technique en 1961 (section G, histoire-géographie) et y demeura jusqu’en 1965. Non-latiniste, il obtint une licence d’histoire-géographie, mention géographie, et, réformé en 1960, fut nommé à sa sortie de quatrième année de l’ENSET professeur certifié au lycée technique rue de La Salle à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), tout en poursuivant la préparation de l’agrégation d’histoire dont il fut lauréat en 1966. Un an plus tard, il fut nommé au Lycée Lakanal de Sceaux.

Le 12 janvier 1963, il épousa uniquement civilement, à Antony (Seine), Danielle, Yvette Simon, fille de bretons (père, agent technique à la SNECMA, mère institutrice), devenue professeur certifiée de lettres modernes, avec laquelle il eut un garçon et une fille.

Au cours de cette décennie 1960, Jacques Girault poursuivit son militantisme à l’UEC, défendant la ligne de la direction du PCF contre la direction « italienne » de l’UEC, et surtout au PCF (cellule de Cachan de 1961 à 1963, secrétaire de la cellule Amiral Roussin du XVe arrondissement de Paris, membre du comité d’une section du XVe en 1963-1964, cellule de Meudon-la-Forêt de 1964 à 1969). Syndiqué au Syndicat national de l’enseignement tecnique, membre du bureau de la section de l’ENSET, il militait dans le courant « Union pour une action syndicale efficace » et représenta le SNET à la sous-commission des ENS de la FEN, où il eut l’occasion de militer avec Jacques Rouyer*, élève à l’ENSEP, futur secrétaire général du Syndicat national de l’éducation physique et sportive, et de s’opposer à Robert Chéramy et Louis Astre, qui suivaient cette sous-commission au nom du SNES et du SNET, sur la stratégie nécessaire pour mettre un terme à la guerre d’Algérie.

Devenu professeur agrégé au lycée Lakanal, militant communiste « Unité et action », Jacques Girault fut secrétaire adjoint de la section d’établissement (S1) du nouveau Syndicat national des enseignements de second degré et était membre du bureau de la nouvelle section départementale des Hauts-de-Seine en 1968-1969, responsabilité dont il démissionna en 1969. Un an plus tôt, membre des CEMEA, il cessa de diriger des colonies de vacances pendant les vacances d’été et d’hiver qu’il encadrait de façon continue depuis 1956.

À la rentrée 1969, Jacques Girault obtint un poste d’assistant de Pierre Vilar* à la Sorbonne ; il devint ensuite maître assistant, puis maître de conférence à l’Université de Paris I. Il soutint sa thèse sur Le Var et le socialisme (1920-1935) sous la direction de Maurice Agulhon le 24 février 1990. Nommé professeur des universités à Paris 13 en 1992, il prit sa retraite en 2007 ; depuis, il est professeur émérite.

Après son entrée dans l’enseignement supérieur, Jacques Girault resta militant de base du Syndicat national de l’enseignement supérieur (hormis le secrétariat de la section histoire de la Sorbonne de 1973 à 1976) et de son parti à la cellule d’histoire et philosophie de la Sorbonne (1969-1992) dont il fut le trésorier. Il fut parmi les 300 premiers signataires en mai 1978 de la pétition rédigée par la cellule de l’Université d’Aix-en-Provence (voir Michel Barak). Conseiller municipal de 1977 à 1983 de Châtenay-Malabry, sa commune de résidence, sur une liste d’union de la gauche à direction socialiste, il appartint après 1992 à la cellule de cette localité.

Jacques Girault milita surtout en tant qu’intellectuel dans la revue La Nouvelle Critique et dans le groupe des historiens de l’Institut Maurice Thorez. Spécialiste de l’histoire du mouvement ouvrier et du mouvement social, il fut un des initiateurs de la problématique de l’implantation du communisme, aussi bien par ses propres travaux que par ceux de ses étudiants. Sa passion pour la recherche de ses étudiants était doublée par un grand intérêt pour la vocation des ENS à former des maîtres d’un haut niveau de qualification, ce qui le conduisit à jouer, durant les années 1980-1990, un rôle dans le jury du concours d’entrée aux ENS de Fontenay-Saint-Cloud.

Partisan d’accorder toute leur place aux militant(e)s et à leurs témoignages au titre des matériaux de l’histoire sociale et politique, Jacques Girault mena et encadra de nombreuses enquêtes, notamment sur les instituteurs. Initiateur du Bulletin du Centre de recherches d’Histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme entre 1977 et 1992, il fut la cheville ouvrière de 1981 à 2007 d’un séminaire, en partenariat entre l’Institut de recherches de la FEN, devenu centre Aigueperse de l’UNSA-Education et le CRHMSS devenu le CHS, permettant aux différents militant(e)s syndicalistes de la FEN et aux chercheurs de croiser leurs analyses. Depuis 1969, il fut, auprès de Jean Maitron, auquel il succéda comme membre du secrétariat de la revue Le Mouvement social pendant quelques années, un des principaux collaborateurs du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (1914-1939) ; spécialiste de l’histoire du syndicalisme enseignant, il assumait toujours en 2010 la responsabilité du groupe « enseignants » du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier mouvement social (période 1940-1968). Cette responsabilité le conduisit à mettre sur pied avec le concours des principaux syndicats d’enseignants, l’Association pour l’histoire des militants associatifs et syndicaux de l’Éducation (HIMASE), dont il était le président en 2010.

Jacques Girault présida en outre l’Association Histoire et mémoire ouvrière en Seine-Saint-Denis (AHMO 93) et était membre du comité de rédaction de la revue Le mouvement social, du conseil d’administration de la Société d’études jaurésiennes, de l’IRHSES, du Comité d’Histoire de la Sécurité sociale. En 2010, il est toujours membre du PCF et syndiqué au SNESup et à la Fédération générale des retraités de la Fonction publique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76745, notice GIRAULT Jacques, Édouard, René par Alain Dalançon, version mise en ligne le 23 mars 2010, dernière modification le 24 janvier 2019.

Par Alain Dalançon

Séminaire des historiens communistes (14-15 octobre 1972), au premier rang, de gauche à droite, Jacques Thobie (caché), Jacques Girault, Claude Mazauric, au deuxième rang, Raymond Huard, Roger Bourderon, Claude Mesliand, au troisième rang, à droite, Roger Martelli, Jean Duma, Bernard Chambaz
Séminaire des historiens communistes (14-15 octobre 1972), au premier rang, de gauche à droite, Jacques Thobie (caché), Jacques Girault, Claude Mazauric, au deuxième rang, Raymond Huard, Roger Bourderon, Claude Mesliand, au troisième rang, à droite, Roger Martelli, Jean Duma, Bernard Chambaz
Après une réunion du séminaire de recherches avec la FEN, Henri Aigueperse et Jacques Girault.
Après une réunion du séminaire de recherches avec la FEN, Henri Aigueperse et Jacques Girault.
Jacques Girault, à droite Claude Pennetier
Jacques Girault, à droite Claude Pennetier

ŒUVRE : Sélection limitée aux ouvrages : Lafargue (Paul), Œuvres choisies, (Introduction et notes), Éd. sociales, 1970, 261 p. — La Commune et Bordeaux (1870-1871). Contribution à l’étude du mouvement ouvrier et de l’idéologie républicaine en province au moment de la Commune de Paris, Éd. sociales, 1971, 318 p. (nouvelle édition sous le titre : Bordeaux et la Commune 1870-1871. Mouvement ouvrier et idéologie républicaine au moment de la Commune de Paris, Périgueux, Fanlac, 2009, 390 p.).— Sur l’implantation du Parti communiste français dans l’entre-deux-guerres, (dir.), Éd. sociales, 1977, 347 p. — Le Congrès de Tours, (texte intégral introduit et annoté en collaboration), Éd. sociales, 1980, 918 p. (réédition condensée sous le titre 1920 : Le Congrès de Tours. Présentation, extraits des interventions, résolutions, (en collaboration avec Jean-Louis Robert), Messidor-Éd. sociales, 1990, 188 p.). — Benoît Frachon communiste et syndicaliste, Presses de la FNSP, 1989, 364 p. — Le Var rouge. Les Varois et le socialisme depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu’au milieu des années 1930, Pub. de la Sorbonne, 1995, 861 p. — Instituteurs professeurs. Une culture syndicale dans la société française (fin XIXe-XXe siècle), Pub. de la Sorbonne, 1996, 351 p. — Ouvriers en banlieue, XIXe-XXe siècle (dir.), Éd. de l’Atelier, 1998, 448 p. — L’implantation du socialisme en France au XXe siècle. Partis, réseaux, mobilisation (dir.), Pub. de la Sorbonne, 2001, 369 p. — Des communistes en France (années 1920-années 1960) (dir.), Pub. de la Sorbonne, 2002, 525 p. — Les enseignants dans la société française au XXe siècle. Itinéraires, enjeux, engagements (dir.), Pub. de la Sorbonne, 2004, 230 p. — Au-devant du bonheur. Les Français et le Front populaire, CIDE, 2006, 192 p. — La Fédération de l’Éducation nationale (1928-1992). Histoire et archives en débats (dir. de L. Frajerman, F. Bosman, J.-F. Chanet, J. Girault), Lille, Septentrion, 2009, 350 p. — Pour une école laïque du Peuple ! Instituteurs militants de l’entre-deux-guerres en France, Publisud, 2009, 492 p.

SOURCES : Arch. IRHSES. — Renseignements fournis par l’intéressé.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément