Né le 21 décembre 1885 à Abbeville (Somme), mort en juin 1940 ; militant anarchiste amiénois et national.

Militant anarchiste actif, Georges Bastien fut l’un des principaux rédacteurs du journal anarchiste amiénois Germinal fondé en novembre 1904. De 1905 à 1907, il fut secrétaire de la section d’Amiens de l’AIA (Association internationale antimilitariste). Il milita également à la « Jeunesse libre d’Amiens », groupe libertaire dont il fut un des animateurs les plus en vue. — voir Lemaire Jules
En 1905, il fut condamné à neuf mois de prison pour son article : « L’antimilitarisme et l’antipatriotisme », paru dans Germinal du 31 mai. Auteur d’une brochure antimilitariste Aux conscrits, il fut condamné le 21 février 1906 à quinze mois de prison et dut interrompre sa collaboration au journal.
En octobre 1907, il partit comme conscrit après avoir rédigé sa profession de foi : « À mes camarades conscrits » (cf. >Germinal, 18 octobre 1907). Quarante jours après avoir rejoint son corps, il déserta et passa en Belgique (novembre 1907). Il envoya des articles à Germinal, justifiant sa conduite (cf. 12 décembre 1907 et 2 janvier 1908). Il fut condamné par contumace, le 23 janvier 1908, à trois ans de prison et 500 F d’amende, pour son article : « À mes camarades conscrits ». En mai 1908, il fut expulsé de Belgique et se réfugia en Angleterre d’où il continua à collaborer au journal qui ne cessa sa parution qu’en novembre 1913.
Après la guerre, G. Bastien put revenir en France et devint secrétaire du syndicat du Textile d’Amiens.
Il était redevenu l’âme des anarchistes d’Amiens : en 1921, alors qu’il était à nouveau directeur de Germinal, depuis août 1919, Bastien entreprit de réorganiser les groupes anarchistes de la capitale picarde en fondant la Fédération communiste libertaire d’Amiens. Cet intitulé traduisait en fait les rapports de bon voisinage politique que Bastien entretenait avec le Parti communiste alors balbutiant dans la Somme. En effet, comme la plupart des anarchistes amiénois, il avait vigoureusement soutenu la Révolution russe : « Vivent les Soviets. Vive la Russie » écrivait-il dans Germinal le 14 août 1920 et, en tant que secrétaire du comité d’action contre la guerre d’Amiens, il avait organisé plusieurs meetings de solidarité avec les mutins de la Mer Noire. Ce fut donc logiquement que, grâce au front commun constitué par les anarchistes et les communistes, Georges Bastien fut élu secrétaire adjoint de l’Union départementale CGT de la Somme lors du congrès du 10 avril 1921 — voir Rose. Mais l’évolution de Bastien vers les rangs du PC fut alors brutalement interrompue par l’annonce des événements de Cronstadt. Contrairement à la majorité de ses camarades libertaires d’Amiens, il refusa de s’intégrer aux organisations communistes, préférant conserver son autonomie tout en acceptant des actions communes. Cette attitude apparut clairement sur le plan syndical : ainsi, après avoir mené les mouvements de chômeurs à Amiens au cours de l’année 1921, il refusa le choix de la scission syndicale en entraînant son syndicat dans l’autonomie. Conscient de l’affaiblissement des forces syndicales provoqué par l’affrontement de deux centrales concurrentes, il tenta de recimenter l’unité au niveau départemental lors du congrès de l’UD confédérée tenu à la Bourse du Travail d’Amiens le 15 août 1923. Bastien parvint à susciter une réunion à laquelle assistaient, sous sa présidence, Mullier, secrétaire de l’UD unitaire et Sellier, secrétaire de l’UD confédérée. À l’issue de cette réunion, fut votée à l’unanimité une motion demandant la reconstitution de l’unité syndicale au niveau des Unions locales et départementales. Cette déclaration, signée par Bastien pour les autonomes, par Buignet, Morel et Sellier pour les confédérés et par Aubry, Beaurain et Dupuis pour les unitaires ne fut suivie d’aucun résultat concret. Germinal que Bastien dirigeait, comptait à cette époque (1923) 280 abonnés dans la Somme et 540 dans l’Oise.
Après deux candidatures — abstentionnistes — aux élections législatives de 1924 et de 1928, Georges Bastien fut amené à se rapprocher des syndicats confédérés, cette évolution s’expliquant vraisemblablement par les attaques multiples provenant des communistes après l’élimination des éléments anarchistes au sein des organisations contrôlées par le PC. Après avoir affilié son syndicat à la CGT, il présida le congrès de l’UD de la Somme le 24 juin 1928 et assista comme délégué d’Amiens au XXe congrès de la Fédération du Textile du 16 au 18 septembre de la même année. Devenu membre de la commission administrative de l’UD, Bastien fut délégué au Comité confédéral des 20 et 21 février 1934 où il fit une déclaration remarquée dans le contexte de la tentative des Ligues le 6 février, invitant les UD à imiter celle de la Somme en constituant des milices syndicales pour répondre aux attaques des groupes fascistes. Porté au secrétariat de l’UD au congrès de 1934, il s’opposa au front unique préconisé par la CGTU.
Sur le plan national, G. Bastien joua également un rôle important et participa, de 1920 à 1930, à presque tous les congrès anarchistes.
Convaincu de la nécessité pour les anarchistes de s’organiser, il écrivait, un an environ après le congrès constitutif de l’Union anarchiste des 14-15 novembre 1920 : « Nous n’obtiendrons notre maximum de rendement au point de vue propagande et action que par l’organisation (Le Libertaire, 16 septembre 1921). Quelques années plus tard, il qualifiait ainsi, dans un article intitulé « Il faut parler net » paru dans Le Libertaire du 2 octobre 1925, ceux des anarchistes adversaires de toute forme d’organisation : « Ils ont tous peur de voir mutiler leur moi dans une organisation. C’est pourquoi ils la rejettent d’une façon catégorique ou détournée en chicanant sur chaque minuscule détail. Tout leur être répugne à l’association régulière. »
Sur le plan syndical national, Bastien fut de ceux qui s’opposèrent à la création d’une troisième CGT que préconisait l’anarcho-syndicaliste P. Besnard et lors de sa constitution à Lyon, les 15 et 16 novembre 1926, il se prononça, ainsi que Guigui et Le Pen notamment, contre la nouvelle centrale ouvrière qui prit le nom de CGT-SR (syndicaliste révolutionnaire).
Outre Germinal, Bastien collabora au Libertaire en 1920, 1922 et à partir du 19 août 1924 remplaça Colomer au secrétariat de la rédaction du journal ; Chazoff lui succéda dans ces fonctions à compter du n° du 4 juillet 1925.
Comme orateur, Sébastien Faure avait souligné ses qualités en disant de lui qu’il était « en état d’exposer fort bien nos idées » (Le Libertaire, 19 juin 1931).
Après la réunification syndicale de 1935, Georges Bastien ne conserva aucune fonction syndicale, Lenglet lui succédant au secrétariat de l’UD et il se consacra essentiellement au journalisme : toujours rédacteur de Germinal où il écrivait sous le pseudonyme de Mordine, il accrut sa participation à la revue Plus loin où il intervenait depuis 1925, et ce jusqu’à la disparition en 1939 de cette publication animée par le docteur Pierrot.
Employé aux Assurances sociales, il fut nommé directeur de la Caisse départementale de Sécurité sociale « Le Travail » à Amiens.

ŒUVRE : Collaboration à divers journaux et revues anarchistes dont Germinal, Le Libertaire, 1931-1933, La Revue anarchiste, Plus loin (de 1925 à 1939), La Voix libertaire, 1932 et participation à l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure.
Publication de plusieurs brochures : La Société libertaire, Amiens, 1926, 32 p. — Anarchisme et coopération, Paris, 1929, 36 p. — Pour la rénovation du syndicalisme.

SOURCES : Arch. Nat. BB 18/2290 (128 A 05) et BB 18/2372 (128 A 08). — Arch. Nat. F7/13020, dont rapport du 16 avril 1923. — Arch. Dép. Somme M 90366 ; Z 317 (Le Cri du Peuple, 20 mars 1921, 17 avril 1921, 3 juillet 1921) ; Z 691 (Le Travailleur de Somme et Oise, 20-26 octobre 1934). — Le Peuple, 19 août 1923 et 26 juin 1928. — L’Ouvrier du Textile, décembre 1928. — Collection de Germinal. — Enquête orale de M. Hubscher. — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste..., op. cit.. — Jean-Bernard Dupont, Germinal, journal anarchiste d’Amiens, 1904-1912, mémoire de maîtrise, Amiens. — Renaud Quillet, La Gauche dans la Somme 1848-1924.

Yves Le Maner, Jean Maitron

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