LÉVI-STRAUSS Claude, Gustave

Par Justinien Raymond

Né le 28 novembre 1908 à Bruxelles (Belgique), mort le 30 octobre 2009 à Paris ; professeur de lycée puis universitaire ; secrétaire général de la Fédération des étudiants socialistes.

Fils d’un peintre, ce grand ethnologue français s’engagea, pendant quelques années de sa jeunesse, dans l’action socialiste.
Issu d’une famille d’origine alsacienne, ses ancêtres se consacrèrent au négoce ou au sacerdoce (un de ses grands-pères fut rabbin) et plus d’un témoigna d’une vocation artistique. Lui-même manifesta un goût marqué pour la musique.

Claude Lévi-Strauss fit ses études primaires à Versailles, ses études secondaires à Paris, aux lycées Jeanson-de-Sailly et Condorcet, dans l’intention de préparer l’École normale supérieure à laquelle il renonça. Il prépara la licence en droit tout en poursuivant des études de philosophie qui le conduisirent à l’agrégation en 1931. “ Quand j’étais étudiant, et même dès le lycée, j’ai milité au Parti socialiste... comme tous mes camarades, vers les années 1930-1935, j’étais pacifiste... ”, devait-il indiquer en janvier 1979.

C’est au cours de ces années de formation que Lévi-Strauss milita au sein de la Fédération des Étudiants socialistes. Il publia une brochure, éditée par le Parti ouvrier belge : Gracchus Babeuf et le communisme (L’Églantine, 1926, 37 p.). En 1929, au moment où la Fédération nationale des étudiants socialistes élaborait ses statuts, il en fut le secrétaire général. Aux approches du congrès national de la SFIO à Nancy (1929), congrès consacré au thème de l’école, il publia dans l’Étudiant socialiste, organe mensuel de langue française de l’Internationale des étudiants socialistes, un appel à un socialisme complet, apte à satisfaire tous les besoins de la nature humaine, mais difficile à définir aussi longtemps que l’expérience ouvrière n’aurait pas connu son plein développement. Le socialisme s’épanouirait en un système ample et harmonieux englobant à la fois la pensée rationnelle et les aspirations affectives et sentimentales de la conscience humaine. Dans l’Étudiant socialiste encore, sous le titre “ La foi socialiste ”, il exprima son point de vue sur l’attitude du Parti socialiste face à la religion. Il considérait “ comme incompatible le fait d’être socialiste et la croyance en Dieu ” Mais il lui semblait monstrueux que le Parti socialiste fermât ses portes à un croyant ou même à un ministre d’un culte quelconque. Il voulait que le Parti puisse dire que “ tous les hommes peuvent trouver dès maintenant dans la foi socialiste la satisfaction intégrale de leurs aspirations ”. Lévi-Strauss assura le secrétariat de la rubrique “ Livres et revues ” de l’Étudiant socialiste en 1931-1932, y donnant jusqu’en 1933 des comptes rendus indicatifs de ses centres d’intérêts : articles économiques de Lucien Laurat dans la Critique sociale, livre d’H. de Man de R. et Y. Allendy, “ Voyage au bout de la nuit  ” de L.-F. Céline, etc...

Au sein du Parti socialiste, Lévi-Strauss appartint au groupe des jeunes intellectuels (Pierre Boivin, Suzanne Deixonne et Maurice Deixonne, Jacques Godard, Ignace Cohen, Max Grignon, Jean Itard, Robert Marjolin, Émilie Lefranc et Georges Lefranc) qui lancèrent, en mai 1932 les idées de renouvellement tactique et stratégique sous le nom de “ Révolution constructive ”. C’est sous l’égide de ce courant de pensée (dont le nom figure en sur-titre) qu’il écrivit en 1932 ses “ Réflexions sur la social-démocratie ” dans le Socialiste Savoyard du 3 décembre. Il y condamnait la trop grande considération de la SFIO à l’égard de la social-démocratie allemande dont il rappelait les options contre-révolutionnaires en 1918 et constatait que la tactique “ de la social-démocratie n’a pas enrayé les progrès des nazis ”. En février 1934, il préfaça le texte du leader du Bund, V. Alter : Esquisse d’un programme économique socialiste, publié en brochure par son groupe. En 1933, il avait été délégué du département des Landes au congrès national du Parti socialiste tenu à Paris les 14-17 juillet.
À l’automne 1934, Lévi-Strauss occupa la chaire de sociologie de l’Université de Sao-Paulo (Brésil), et s’éloigna d’un engagement, ce qui ne veut pas dire, d’un idéal, pour accomplir une œuvre d’une haute portée scientifique et humaine, de l’ethnographie à l’anthropologie et à l’analyse structurale. La guerre le ramena en France, et il fut réintégré dans l’enseignement, puis, bientôt, frappé par les lois raciales du gouvernement de Vichy. Sur invitation universitaire, il gagna, au printemps 1941, les États-Unis, et voyagea sur un navire en compagnie de Victor Serge et d’ André Breton. Là-bas, il participa aux émissions radios destinées à la France : on le maintint dans cette activité après son engagement dans les Forces françaises libres. La paix rétablie, il fut conseiller culturel aux États-Unis jusqu’en 1949, date de sa nomination au poste de sous-directeur du Musée de l’Homme. En 1950, il devint directeur à l’École des Hautes Études et reçut, en 1959, la chaire d’anthropologie sociale au Collège de France. Élu au fauteuil d’Henry de Montherlant qui fut naguère celui de Renan, Lévi-Strauss fut reçu sous la Coupole le 24 mai 1973.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76032, notice LÉVI-STRAUSS Claude, Gustave par Justinien Raymond, version mise en ligne le 25 janvier 2010, dernière modification le 12 août 2017.

Par Justinien Raymond

ŒUVRE : Outres les études citées dans la biographie, Claude Lévi-Strauss est l’auteur d’un grand nombre de livres et de travaux sur l’anthropologie (voir sa bibliographie dans Le Magazine littéraire, n° 223, octobre 1985).

SOURCES : G. Lefranc, Le courant planiste dans le mouvement ouvrier français de 1933 à 1936, Le Mouvement social, n° 54, janvier-mars 1966. — J. Rabaut, Tout est possible, op. cit., pp. 131 et 349. — L’Étudiant socialiste. — Révolution constructive (œuvre collective). — La Vie socialiste, 30 mars 1929. — Le Socialiste savoyard, 3 décembre 1932. — Le Monde, 28 juin 1974, 21-22 janvier 1979.

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