Né le 17 janvier 1883 à Luynes (Indre-et-Loire), mort le 11 juillet 1960 à Paris (XIXe arr.) ; ouvrier aux ateliers parisiens des chemins de fer de l’État ; avant la Première guerre mondiale, militant anarchiste et antimilitariste, puis, durant la guerre, animateur de la tendance minoritaire « révolutionnaire » au sein de la CGT ; secrétaire de la Fédération des cheminots en avril 1920 ; secrétaire général de la CGTU (juin 1922-novembre 1932), puis membre du secrétariat ; adhérent du Parti communiste en 1925, élu à son Bureau politique constamment de 1926 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale ; directeur de La Vie ouvrière ; élu député à Noisy-le-Sec en 1936 ; réélu en 1945 au bureau politique du PCF et au secrétariat de la CGT ; directeur à nouveau de La Vie ouvrière.

Gaston Monmousseau
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936.
Fils unique, issu d’une famille de petits paysans tourangeaux républicains et anticléricaux, Gaston Monmousseau fut durablement marqué par ses racines sociales et régionales. Son père, garde-champêtre à Luynes, se fixa à Azay-sur-Cher (Indre-et-Loire) comme journalier et brûleur d’eau-de-vie et il milita avant guerre au PS (groupe Sembat*) puis en 1925 adhéra au PC Sa mère était journalière (loueuse de lessive). Après avoir été reçu au CEP, il quitta l’école à onze ans et s’instruisit lui-même en lisant des ouvrages de Kropotkine, Élisée Reclus, Bakounine, Darwin... Il fit son apprentissage de menuisier à Azay-sur-Cher, puis travailla à Tours. À dix-huit ans, « anarchiste convaincu et antimilitariste décidé », il refusa de se présenter devant le conseil de révision. Finalement, il accomplit son temps sous les drapeaux tout en restant attaché à ses idées. Il se maria à Courçay (Indre-et-Loire) le 5 octobre 1907 avec Marcelle Marie Louise Legendre née le 11 mars 1889, fille d’un paysan aisé (l’exploitation était évaluée à 70 000 francs) qui était mi socialisant, mi anarchisant, mais sa mort en 1915 puis la crise monétaire d’après guerre obligèrent sa veuve à être à la charge de Gaston Monmousseau Il s’établit à Tours comme ouvrier menuisier. De taille plutôt petite, Gaston Monmousseau portait moustache, était de corpulence assez forte, beau garçon au teint pâle. Après avoir, après sa libération du service militaire, travaillé en usine de 1907 à 1908, il tenta, « sous l’influence des idées anarchistes » de se libérer de l’exploitation patronale en travaillant à son compte comme petit artisan menuiser à Saint-Martin Le Beau (Indre-et-Loire) jusqu’au 4 octobre 1910 où il entra, comme nettoyeur de dépôt et charron, aux ateliers des chemins de fer de l’état en gare de Batignolles-marchandises, suite à une demande d’emploi formulée en... 1907. Ce n’est qu’en 1920 qu’il obtint, après un stage, un emploi de menuisier aux ateliers de Clichy. Novice et sans doute prudent, il ne participa pas à la grève des cheminots d’octobre 1910 pour la « thune » (5 F par jour minimum garanti) engagée le 12 sur son réseau et animée par quelques leaders de l’aile révolutionnaire du Syndicat national. Bien que ce mouvement ait été largement suivi sur le réseau de l’État, sa répression resta modérée. Sur ce réseau, issu du rachat de celui de l’Ouest en 1908 par un gouvernement radical-socialiste, une certaine clémence sociale fut toujours de mise. La scission syndicale qui résulta de l’échec de la grève, les révolutionnaires quittant le Syndicat, contribua sans doute à retarder l’adhésion de Monmousseau jusqu’en 1913. Fréquentant Sébastien Faure*, il se signala alors plutôt par une active propagande antimilitariste et anarchiste, en particulier lors de la campagne contre le rétablissement de la loi des trois ans. Pour se sentir mieux protégé en cas d’incident, il s’inscrivit au syndicat de Paris-État-Rive gauche, étant alors affecté à la gare Montparnasse, tout en habitant avenue Clichy, à partir de 1911.
La guerre le surprit affecté à l’atelier du petit entretien de Clichy. Elle ne fit qu’intensifier son action militante, depuis la défense de revendications matérielles élémentaires jusqu’au combat pacifiste. Comme la plupart des cheminots, Monmousseau fut affecté spécial. Les syndicats cheminots, s’ils virent leurs effectifs fondre brutalement, ne furent néanmoins pas anéantis. Le Syndicat national fut toujours autorisé, à condition que son action fût strictement corporative. Déjà secrétaire de la section de Clichy du syndicat des locataires, Monmousseau contribua à réanimer les syndicats cheminots de la rive droite en s’affirmant comme un entraîneur écouté, suivi pour ses talents d’orateur. Lorsqu’il fut sollicité pour prendre le secrétariat de la section du matériel de son syndicat, il demanda au préalable à être jugé sur sa non-participation à la grève de 1910 (cf. article de Blacher, « Réponse à une campagne de calomnies », l’Humanité, 25 juin 1921). Régulièrement mandaté aux congrès cheminots, dénonçant l’Union sacrée, il prit vite parti contre la ligne de sa Fédération, unifiée en 1917 que dirigeait Marcel Bidegaray. Celui-ci et Paul Le Guen, le secrétaire de l’Union-État, étaient très proches de Léon Jouhaux*. Contre les ordres de la Fédération, Monmousseau anima avec succès quelques grèves locales.
Ce fut au premier congrès fédéral des cheminots (28-30 juin 1918) qu’il s’imposa comme l’un des leaders de la minorité, en déposant une motion dénonçant « la formule d’union sacrée sous toutes ses formes », au profit d’une « action énergique de lutte de classe » seule compatible avec les principes syndicalistes d’avant-guerre. Alors que la motion d’Henri Barbin du Mans approuvant la résolution confédérale de Clermont-Ferrand recueillait 106 710 voix, celle de Monmousseau, reprenant les arguments de propagande du Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI) en obtint 49 458. Monmousseau qui avait rejoint cette organisation, fut élu le 9 mai 1919 à sa commission exécutive, aux côtés de deux socialistes (Fernand Loriot et Louise Saumoneau*), de deux syndicalistes anarchistes (Péricat et Henri Sirolle) et d’un autre syndicaliste révolutionnaire comme lui, Monatte*. Il continua à militer activement en son sein lorsque le CRRI se transforma en Comité de la IIIe Internationale.
Intervenant à nouveau au congrès confédéral suivant, à Paris, du 15 au 18 juillet 1918, il y rappela ses idées personnelles (« Nous serons Défense nationale lorsque l’égalité économique sera un fait accompli ») mais retira un projet de résolution critique, se ralliant à la motion unique de conciliation que votèrent 72 % des syndicats représentés. Ses nombreux articles parus dans la Tribune des cheminots révélaient sa fidélité au syndicalisme révolutionnaire et à ses accents proudhoniens : « Personne n’ignore plus que la propriété, c’est le vol » (15 octobre 1918), « L’émancipation intégrale des producteurs » s’imposera du fait de leur seul nombre croissant, « voie confirmée par l’expérience : hier, la Révolution russe, aujourd’hui celle de l’Allemagne » (1er décembre 1918). Conception qui met en avant le rôle des « minorités agissantes » : « Ce sont les minorités qui jalonnent la route du progrès ; n’ayons jamais peur d’elles, favorisons-les toujours ! » (15 février 1919) ; « le syndicalisme n’est qu’une minorité agissante au sein de la majorité, illégitimement souveraine, qu’est la foule » (15 mars 1919). Sans doute contribua-t-il à ce que l’Union État de la Fédération des cheminots (??) rééditât en 1919 une brochure publiée en 1910 à Lausanne par un « Groupe de syndicalistes », Centralisme et fédéralisme, avec en exergue cette citation de Pierre-Joseph Proudhon* : « L’Atelier fera disparaître le Gouvernement. »
En 1918, il animait le Comité d’entente des syndicats autonomes de la Seine qui fédérait le courant minoritaire et suscitait des meetings contradictoires avec les majoritaires. Il fut à la tête de son syndicat dans les violentes manifestations du 1er Mai 1919 et organisa peu après, avec succès, une grève aux ateliers des Batignolles pour permettre la réintégration de Huguenin, révoqué. Au congrès fédéral qui suivit, du 14 au 17 mai, il opposa au « syndicalisme national » dévoyé, le « syndicalisme révolutionnaire », niant notamment les bénéfices des conquêtes du réformisme : toute réduction du temps de travail ou toute augmentation de salaire est vite « payée » en retour par la classe ouvrière, de fait stérilisée par l’inflation qui suit. Il réaffirma aussi son activisme : si « la Révolution ne se décrète pas, si elle surgit un jour de la volonté des masses, cependant, il est utile de voir des militants la prévoir et l’organiser ». Si 29 % des voix représentées votèrent contre le rapport moral, sa motion d’orientation en recueillit 44 %. Déjà auteur en 1917 d’articles ou de poèmes publiés dans CQFD (17 mars, 6 et 13 octobre), puis dans le Libertaire (cf. « Les Responsables », 16 février 1919) c’est à la demande de Marcel Cachin, en 1919, qu’il collabora à l’Humanité, rappelant à ses amis étonnés, dans le Journal du Peuple du 23 juillet : « Acquis depuis longtemps aux idées libertaires, je n’entends transiger avec aucun des principes que j’ai toujours défendus » mais livrer simplement à un journal défendant les intérêts du prolétariat « mon opinion sur des faits passagers de la vie syndicale ». Dans l’Internationale du 19 avril 1919, il salua la création de la IIIe Internationale : « La Troisième ? Non ! L’Internationale ouvrière simplement qui résiste à tous les reniements. » De fait, il fut membre de la commission exécutive du Comité de la IIIe Internationale. À un meeting de cheminots parisiens, le 26 mars 1919, il rappela que les gouvernements devaient suivre ceux d’Allemagne et d’Autriche, « abandonner le pouvoir et passer la maison au peuple ». La Révolution pouvait se faire comme en Hongrie « dans le calme et sans effusion de sang ».
Au congrès confédéral de Lyon, du 15 au 21 septembre 1919, il expliqua son vote majoritaire au congrès précédent, la guerre finie permettant aujourd’hui de rompre avec cet « ancien esprit de conciliation ». Néanmoins, si les minoritaires étaient influents sans être majoritaires sur les trois réseaux de l’État, du PO et du PLM, les cheminots ne se distinguaient pas alors de l’ensemble des autres corporations. 28 % des syndicats confédérés votèrent contre le rapport moral, 27 % chez les cheminots ; et c’est seulement 15 % des uns et des autres qui votèrent pour l’orientation révolutionnaire.
Les leaders parisiens de la minorité allaient alors changer de tactique, en surenchérissant sur les revendications matérielles « réformistes » mises en avant par la Fédération. Ainsi au meeting du 21 janvier 1920, tandis que Marcel Bidegaray était contraint de s’engager à lancer une grève si avant le 10 février le maintien de l’indemnité de vie chère — que les Compagnies proposaient de ne plus accorder — n’était pas acquis, Monmousseau intervint pour dénoncer l’œuvre stérile de collaboration entre la Fédération, le ministre des Travaux publics et les Compagnies.
Comme la Fédération, Gaston Monmousseau fut surpris en février 1920 par le mouvement gréviste déclenché au PLM à la suite d’un incident mineur, Jean-Baptiste Campanaud, responsable syndical, étant sanctionné le 19 février pour s’être rendu sans autorisation à une réunion de son Union à Dijon. Bien que la Fédération eût abandonné toute menace de grève pour le 10 février, la grève déborda le PLM, gagnant vite le PO et l’État. Monmousseau, alors en congé de maladie et résidant à la campagne, rejoignit aussitôt Paris et reprit son service afin de se faire porter gréviste comme ses camarades. Le 18, le parlement votait une loi, aussitôt appliquée, permettant la réquisition des cheminots en temps de paix et en cas d’interruption, même partielle, des chemins de fer. Malgré un mandat d’arrêt pour provocation de « militaires » (les cheminots réquisitionnés) à la désobéissance, Monmousseau entretint la ferveur des grévistes tout en échappant à la police. Il fut alors suspendu de ses fonctions par la direction de son réseau. Le contentieux entre minoritaires et majoritaires s’aggrava lorsque la Fédération négocia hâtivement le 1er mars la reprise du travail contre la mise en œuvre prochaine de la nouvelle échelle de salaires en préparation depuis plusieurs mois, le respect des droits syndicaux et la levée de toute sanction pour fait de grève. Alors que les leaders majoritaires s’estimaient satisfaits d’une telle issue, cette dernière clause, ambiguë, n’était pas respectée par les Compagnies aux yeux des minoritaires. L’un d’eux ayant parlé dans un meeting suivant de cette « victoire qui fait honte », expression reprise par Monatte* dansla Vie ouvrière du 5 mars, Monmousseau endossa vite la paternité de cette formule à succès qui annonçait un affrontement décisif entre les deux camps.
En effet, la frustration induite par la grève non aboutie de février entraîna bon nombre de syndiqués dans le camp minoritaire : ainsi l’Union État, à son congrès du Havre, du 16 au 18 avril, bascula en sa faveur, Monmousseau accédant au conseil fédéral de l’Union, Paul Le Guen laissant sa place à Joseph Lardeux. Le scénario fut le même au congrès fédéral tenu salle Japy, du 22 au 24 avril, prolongé le 25 à la salle des fêtes d’Aubervilliers ; congrès décisif à la fois par la condamnation du rapport moral de la majorité sortante par 59 % des voix et l’adhésion à la motion révolutionnaire présentée par Monmousseau, recueillant 173 000 voix environ contre 148 000 à la motion réformiste. La motion d’orientation décida de rompre avec l’œuvre de « collaboration » passée et « d’engager une grève générale de tous les réseaux en posant comme revendications : la nationalisation, la réintégration des révoqués, l’abandon des poursuites judiciaires et la reconnaissance du droit syndical », laissant toute latitude au conseil fédéral et « en accord avec la CGT », de l’organiser. L’échéance imminente du 1er Mai fut l’occasion saisie de lancer cette grève générale. Dans le nouveau bureau réuni le lundi 26 avril, le lendemain du congrès, aux côtés de Lévêque, secrétaire administratif, de Lucien Midol, secrétaire à la Tribune des cheminots, de Henri Sirolle, délégué à la CGT, Monmousseau, secrétaire à la propagande et aux documents, occupait de fait la première place. Par 28 voix contre 22, la grève générale fut décidée le même jour pour le 1er Mai par le nouveau conseil fédéral. La CGT, sollicitée pour appuyer le mouvement en raison du fait que sa principale revendication, la nationalisation des chemins de fer, était un thème qui lui était cher, s’engagea le 29 avril.
Cette longue grève allait s’achever par un redoutable fiasco. Cela pour diverses raisons : les compagnies et le gouvernement, depuis la mi-mars, avaient organisé de minutieux et discrets préparatifs témoignant de leur volonté d’en découdre avec la CGT, toutes tendances confondues, et permettant d’éviter la paralysie totale des chemins de fer, et donc de l’économie nationale. Sanctions, arrestations, révocations furent dosées et progressives, comme pour frapper les grévistes les plus endurcis. Par ailleurs, la CGT mit un terme à son concours, à sa stratégie des vagues d’assaut successives mobilisant plusieurs autres corporations, par un vote de son comité confédéral national, le 21 mai. De plus, certaines Unions, Nord et Est, restèrent très en retrait. Enfin, la répression décapita le mouvement cheminot dont les leaders furent poursuivis et parfois arrêtés. Monmousseau, dès le 3 mai, fut ainsi inculpé de complot contre la sûreté de l’État, puis révoqué le 6 mai. Il échappa aux poursuites policières. Dans ses Souvenirs publiés en 1956, il suggéra que les policiers le laissaient libre de ses mouvements espérant qu’il les conduirait à Lucien Midol, alors en fuite en Suisse et que les policiers feraient ainsi une double prise. Joseph Lardeux et Adonis Bruge étant nommés depuis le 5 mai secrétaires intérimaires, Monmousseau put participer aux instances fédérales et y dénoncer, le 16 mai, l’insuffisant soutien de la CGT à la grève des cheminots. Ce n’est que le 19 mai qu’il fut arrêté et écroué à la Santé.
La grève fut poursuivie par les seuls cheminots jusqu’au 29 mai, la reprise étant décidée la veille par la commission exécutive fédérale. Alors qu’elle avait touché, à son apogée, quatre cheminots sur dix — soit un peu plus de 200 000 — plus de 18 000 agents furent révoqués. Ce grave échec corporatif assura la restauration rapide et aisée à la tête de la Fédération de ses anciens leaders, Marcel Bidegaray étant réélu secrétaire général le 27 juin.
Gaston Monmousseau, défendu par Me Henry Torrès, fut jugé et acquitté le 17 mars 1921 par la Cour d’assises de la Seine. Il avait mis à profit sa détention pour étayer la défense des minoritaires dans le « procès » interne à la CGT qui suivit l’échec de la grève. Sous le pseudonyme de Jean Brécot, un nom de plume auquel il restera attaché, il fit parvenir à la Vie ouvrière une série d’articles repris en brochure : La grande grève de mai 1920, préfacée par Pierre Monatte* sous le pseudonyme de Pierre Lémont. Selon sa thèse, « les réformistes avaient tout fait pour nous acculer à la grève », en organisant une sorte de traquenard qui devait assurer leur « revanche », la CGT de Jouhaux* se prêtant entièrement aux sombres calculs de Marcel Bidegaray. Quant à l’objectif de la grève, Monmousseau se défendait « d’avoir voulu déclencher la Révolution ». Il ne s’agissait que de « développer la propagande et l’action sur un terrain exclusivement, étroitement syndicaliste », l’objectif affiché de la grève n’étant pas celui des révolutionnaires mais bien « celui de leurs adversaires fédéraux et confédéraux, la nationalisation ». À cette brochure, allait répondre celle du camp adverse, L’action confédérale et la grève des cheminots. La thèse de Monmousseau était assez singulière et loin d’être partagée par d’autres cheminots minoritaires, tels Lucien Midol, Pierre Semard ou Joseph Lardeux, ni même franchement cautionnée par Monatte dans sa préface. Du moins, par son radicalisme, permit-elle à Monmousseau d’être érigé en symbole intransigeant de la ligne hostile à la majorité confédérale et de devenir, après sa libération, une figure motrice du mouvement conduisant à une inévitable scission. Au CCN. des 12 et 13 mai 1921, il revenait plus explicitement encore sur l’ancien « complot » des majoritaires : « Vous avez échafaudé votre programme avec assez d’habileté, en cherchant à l’avance un paravent subtil qui vous permettait de prendre solidairement avec nous les responsabilités en cas de victoire, et de nous les faire dégringoler sur le dos, en cas de défaite. » Ce à quoi Merrheim* rétorquait, de manière cinglante : « Je n’ai jamais entendu exposer aussi jésuitiquement une situation. »
L’ancien animateur du Comité d’entente parisien conserva tout son prestige et toute son influence auprès de l’Union départementale de la Seine qui rendit hommage au détenu de la Santé en l’élisant son secrétaire le 17 décembre 1920, Louis Vadecart assurant l’intérim en attendant sa libération. Ce fut l’un des animateurs minoritaires du congrès fédéral des cheminots, du 31 mai au 2 juin 1921. À l’issue d’un vote défavorable très serré sur le rapport moral (52 407 voix pour l’adoption, 53 005 contre), sa motion d’orientation l’emporta un peu plus largement par 55 140 voix contre 53 677. Aussitôt contesté, ce scrutin entraîna la scission immédiate de la Fédération désormais régie par deux bureaux se disant chacun seul « légitime », Pierre Semard et Adolphe Montagne. 330 syndicats suivirent la « Fédération Semard », Monmousseau faisant alors partie de sa commission exécutive, 216 celle d’Adolphe Montagne. Elle-même traversée par une ligne de fracture similaire, la Commission confédérale des conflits ne put empêcher cet état de fait, révélateur de l’ostracisme qui animait les deux camps.
Au congrès « unitaire » extraordinaire de décembre 1921 qui rassembla les syndicats dissidents au sein de la CGT, Monmousseau fut élu membre de la commission administrative de la nouvelle CGTU. Tenant du syndicalisme révolutionnaire, il signa la proposition des Comités syndicalistes révolutionnaires contre la liaison organique entre IC et ISR votée à Moscou lors du Ier congrès de l’ISR et à laquelle avaient adhéré les délégués français, Alfred Rosmer*, Joseph Tommasi* et Victor Godonnèche*. Si le 27 novembre, au congrès de l’UD de la Seine, il s’était déclaré partisan de lier le syndicalisme au communisme, c’est que sa vision de la Révolution russe était toute empreinte d’une lecture privilégiant les soviets sur le parti. Son discours fut publié dans l’Humanité du 2 décembre 1921 puis repris en brochure sous le titre Le syndicalisme devant la Révolution. Certes le syndicalisme disposait toujours de la grève générale comme arme ; cependant, à la lumière des récents événements, celle-ci n’avait de vertu révolutionnaire qu’en se dotant d’une autre dimension, à savoir qu’elle fût aussi « la grève insurrectionnelle » au sein duquel le syndicalisme devait trouver toujours sa force motrice : « Nous ne permettrons pas, à quelque parti que ce soit, d’affirmer, sans qu’il trouve devant lui notre opposition formelle, que le syndicalisme doit trouver en dehors de lui ses agents d’animation et son avant-garde. »
En janvier 1922, Monmousseau fut désigné membre du comité de rédaction et succéda à Monatte comme gérant du journal syndicaliste la Vie ouvrière, préféré à Rosmer* qui avait accepté la liaison organique. Jusqu’en 1930, il devait exercer sur l’hebdomadaire officiel de la CGTU. une influence prépondérante. C’est à ce titre de directeur qu’il encourut plusieurs condamnations pour « provocation de militaires à la désobéissance » en raison d’articles publiés dans ce journal. Et jusqu’à son décès, il conserva le titre de directeur de La Vie ouvrière.
Au premier congrès de la CGTU., tenu à Saint-Étienne en juin 1922, sa motion —adhésion à l’Internationale de Moscou avec réserves — obtint 743 voix contre 406. Il fut nommé secrétaire général de la confédération, prenant la place de Henri Toti, démissionnaire. Après Saint-Étienne, la remise en route de la CGTU. fut difficile. Le 17 août 1922, Monmousseau écrivait à Lozovsky : « Le bureau confédéral ne marche que sur des béquilles ; sur quatre secrétaires, deux sont provisoirement en fonction, seuls Marie Guillot* et moi sommes vissés au fauteuil » (Archives de l’ISR). Attentif à l’activité du Parti communiste, Monmousseau signa le 27 octobre 1922 avec Pierre Semard, Édouard Dudilieux*, Julien Racamond* et d’autres membres du comité de rédaction de la Vie ouvrière un article réprouvant la prise de position de Chambelland* parue en première page la semaine précédente (« Trahison et rupture »), article dirigé contre le nouveau comité directeur du PC.
Délégué avec Pierre Semard, Dudilieux* et Jean-Louis Berrar au IIe congrès de l’ISR tenu à Moscou de novembre 1922 à janvier 1923, il raconta plus tard avec fierté avoir été reçu, avec Pierre Semard, en janvier par Lénine pour discuter directement et sur le fond de la question du lien organique entre partis communistes et syndicats : l’adhésion de la CGTU. à l’ISR impliquait statutairement cette liaison. En même temps, Lénine tenait à épurer le Parti communiste français, admettant bien que tant qu’il serait dirigé par des politiciens coupés du monde ouvrier, des syndicalistes notoires, tel un Monmousseau bien représentatif de tout un courant français anarchisant, avaient légitimement le droit de ne pas y adhérer. Selon les souvenirs de Monmousseau, très marqué par cette rencontre, Lénine concéda au secrétaire général de la CGTU. qu’il fallait abroger l’article statutaire de l’ISR impliquant sa subordination au parti, pour que des ouvriers et des militants révolutionnaires puissent rejoindre le PC. Jusqu’à son adhésion officielle en juillet 1925, bien des écrits de Monmousseau pouvaient le faire encore considérer comme un pur syndicaliste.
En 1922, sa pensée assez originale s’exprima dans deux nouvelles brochures. Dans Le contrôle syndical et les comités d’usine, il cherchait à définir concrètement une organisation syndicale s’appuyant sur la base de comités d’usine, conformément à la résolution d’orientation adoptée au congrès de l’UD de la Seine en 1921. Ses schémas d’organisation privilégiaient les structures horizontales, emboîtages de comités d’atelier, d’usine, de quartier, de département, à la fois instruments du contrôle syndical et terrains d’apprentissage pour les ouvriers de la gestion économique, apprentissage anticipé qui ne saurait être conçu « comme venant à la suite de la Révolution ». Dans La dictature du prolétariat, développant le programme de ces comités et du syndicalisme, il admettait le principe d’un « parti communiste englobant notamment les éléments qui peuvent échapper au syndicalisme, se revendiquant de la même Révolution, mettant ses moyens à disposition du syndicalisme révolutionnaire », et donc ainsi parti en position non hégémonique : « Les communistes orthodoxes peuvent-ils vraiment, face aux syndicalistes, dresser un plan de la dictature prolétarienne reposant exclusivement sur l’armature d’un Parti communiste ? Une pareille prétention nous trouvera résolument devant elle » (p. 27-28, op. cit.).
La conversion radicale de Gaston Monmousseau au syndicalisme communiste, son adhésion au Parti communiste en 1925 semblent être le fruit d’accommodements intellectuels et militants successifs et progressifs. Sans doute, depuis son retour de Russie, le secrétaire général de la CGTU subit-il la pression de l’ISR et de son secrétaire, Lozovski* — auquel allait le lier bientôt une solide amitié —la suppression consentie par Moscou de l’article relatif à la subordination syndicale n’ayant qu’un caractère tactique.
Ainsi au IIe congrès confédéral de Bourges, du 12 au 17 novembre 1923, la motion que Monmousseau fit adopter par 962 mandats contre 219 et 147 en faveur des deux motions syndicalistes du Bâtiment et des CSR, si elle affirmait toujours la valeur essentielle de l’autonomie du syndicalisme, du moins admettait-elle qu’il n’est pas « au-dessus de tout », et au lieu « d’accepter l’aide » de toutes les forces révolutionnaires comme il était dit dans la motion de Saint-Étienne, elle affirmait maintenant que le mouvement syndical doit « rechercher leur collaboration... par le moyen d’accords circonstanciels ».
Cette collaboration circonstancielle, Monmousseau venait justement de la mettre en œuvre, fondant à son retour de Russie, avec des militants communistes, le Comité d’action contre l’impérialisme et la guerre (CACIG). En qualité de délégué de la CGTU. dans cette structure, il assista à la conférence internationale tenue le 7 janvier 1923 à Essen en Allemagne, qui chercha à établir les bases d’un accord entre organisations révolutionnaires européennes en vue de dénoncer les clauses du traité de Versailles et d’empêcher l’occupation de la Ruhr. À son retour en France, avec Pierre Semard, Treint* et Gourdeaux*, il fut arrêté le 10 janvier, inculpé d’attentat contre la sûreté intérieure et extérieure de l’État. Son absence se fit rudement sentir : la 24 février 1923, Rosmer* écrivait à Lozovsky : « Il est bien dommage pour nous et pour l’action que Monmousseau et Semard soient justement parmi les emprisonnés. Ce sont certainement les deux meilleurs hommes de la CGTU. et ceux qui comprennent le mieux comment il faut mener la lutte. » (Archives de l’ISR). Remis en liberté provisoire le 7 mai, Monmousseau bénéficia d’un non-lieu le 13 juin. Entre-temps, le 8 février, il avait été élu membre honoraire du Soviet de Petrograd.
Au congrès de Bourges de 1923, violemment critiqué, il avait dû justifier cette collaboration, soulignant qu’il n’y avait eu que conjonction d’efforts entre la CGTU et le PC pour des buts communs. Le congrès lui accordant sa confiance, il fut réélu secrétaire général, les autres membres du bureau, Jean-Louis Berrar, Dudilieux* et Racamond*, étant déjà très proches du Parti communiste. Monmousseau joua un rôle décisif dans l’acceptation de la première mouture des fractions communistes dans la CGTU. Durant l’été 1924, il retourna à Moscou pour participer aux travaux du IIIe congrès de l’ISR En 1925, il consacra de nombreux éditoriaux de la Vie ouvrière à défendre la ligne de la CGTU en faveur d’une unité syndicale qui, contrairement au retour pur et simple en son sein préconisé par la CGT, passait par la tenue d’un grand congrès de fusion.
En février 1923, Gaston Monmousseau manifesta à Lozovski sa crainte que « le Parti communiste français n’apparaisse comme l’enfant chéri de l’Internationale en laissant la CGTU. comme un enfant bâtard » (Archives de l’ISR). La commission française du Ve exécutif élargi de l’IC (21 mars-6 avril 1925) mit un terme aux violents heurts entre PC et CGTU., en décidant la présence des quatre membres du bureau confédéral (dont un seul, Jean-Louis Berrar, était membre du Parti communiste) dans les organismes dirigeants de la SFIC. Le 15 avril 1925, Pierre Semard accueillit solennellement Dudilieux et Monmousseau au Bureau politique. Au cours de la discussion, Monmousseau précisa : « L’entrée des camarades de la CGTU. à la direction devra à notre avis être faite d’une façon discrète. Quant à notre adhésion au parti, elle pourra d’autre part revêtir toute la portée désirable. » C’est dans l’Humanité du 5 juillet 1925 que Monmousseau, Dudilieux*, Racamond*, Richetta*, Matton*, Lichon* et Chaussin* annoncèrent leur adhésion. Dans son autobiographie de 1931, Monmousseau précisa qu’il était « membre du parti depuis 1925 par décision de l’IC après avoir milité à la tête de la CGTU. comme sympathisant depuis 1922 » et qu’il était entré sous le patronage de Suzanne Giraud* (orthographe M). Au IIIe congrès de la CGTU., tenu à Paris du 26 au 31 juillet, Monmousseau et la direction confédérale firent voter par 947 voix contre 425 le principe de la rééligibilité des permanents syndicaux. Alors que la non-rééligibilité était défendue par les syndicalistes révolutionnaires et anarchistes, Monmousseau plaida la rééligibilité : « Un militant placé sous le contrôle permanent du mouvement syndical, révocable à chaque instant, risque moins de se bureaucratiser qu’un militant élu pour un délai déterminé, et qui doit partir à la date fixée, quelle que soit l’importance de la tâche qu’il a entreprise et l’état de réalisation en cours. Le mandat limité est un brevet du bureaucratisme » (Cahiers du bolchevisme, 1er octobre 1925, « Sur la question de la rééligibilité »).
À la tête de la CGTU. depuis 1922, Gaston Monmousseau avait donc définitivement abandonné ses convictions de syndicaliste révolutionnaire en faveur d’un syndicalisme communiste dont il devenait le porte-parole officiel. Ainsi au congrès fédéral de l’Alimentation, en septembre 1925, pouvait-il déclarer : « Aujourd’hui il est clair qu’il est important de diriger les masses révolutionnaires vers la victoire par-dessus les cadres social-démocrates ou réformistes. On peut donc conclure que pour toute victoire prolétarienne, il faut deux conditions : 1. un parti communiste fort ; 2. un parti communiste qui conduise les masses par le canal d’une organisation syndicale forte. »
À partir d’avril 1925, Gaston Monmousseau participa à la plupart des réunions du Bureau politique et fut chargé d’un rapport sur l’unité syndicale par la conférence d’Ivry du 25 octobre 1925 ; il fut chargé avec Pierre Semard et Treint*, par le bureau politique du 17 novembre, de la résolution sur les rapports syndicats-parti.
C’est au VIe comité exécutif élargi de l’IC, auquel Monmousseau participa, que le 6 mars 1926, Staline, intervenant à la commission française, déclara : « Je pense que le groupe dirigeant doit se former prochainement autour des camarades comme Semard, Cremet, Doriot, Monmousseau. »
Au comité central élargi du PC, les 6 et 7 avril 1926, Monmousseau expliqua la dégradation des relations entre parti et syndicats du fait « de la minorisation des éléments syndicaux de la direction du parti ». Mais tandis que Benoît Frachon choisissait d’y appuyer Semard et Thorez, Monmousseau, soutenant Doriot et Treint, était comme eux mis à l’écart ou obligé de se soumettre.
À la veille du congrès du Parti communiste tenu à Lille (20 au 26 juin 1926), le comité central du 23 mai, dans l’Humanité, publia un projet de thèse syndicale affirmant que si « la direction unique du mouvement ouvrier est [déjà] réalisée à la tête [...] une collaboration intime ne s’est pas [encore] établie à tous les échelons ».
Au congrès de Lille, les trois secrétaires de la CGTU, Monmousseau, Dudilieux* et Racamond*, furent officiellement élus au bureau politique et au comité central. À l’adresse des minoritaires syndicalistes de la CGTU. qui critiquaient son évolution « communiste », Monmousseau dut défendre la thèse selon laquelle entre la liaison organique et la direction unique, il y avait un abîme que la CGTU n’était pas prête à franchir.
Dans ses Souvenirs de militant publiés en 1956, Gaston Monmousseau évoqua les difficultés de sa conversion intellectuelle qui le fit passer d’un camp à l’autre : « L’adhésion au Parti communiste ne transforme pas l’homme en vingt-quatre heures. Il faut beaucoup de temps pour se débarrasser des vieilles idéologies, pour transformer sa manière de penser et d’agir. Au parti, au comité central, au Bureau politique, j’avais la passion de devenir un vrai communiste... Le combat des idées entre le parti qui se formait et moi a été une lutte continuelle. Je défendais mes idées ; j’étais battu à peu près régulièrement. Je ne m’en porte que mieux. Au feu de la critique et de l’autocritique, par la vérification de la théorie dans la pratique, je me suis développé autant que j’ai pu, autant qu’on le pouvait dans la génération que je représente. » Conversion à contre-cœur, peut-être plus subie que choisie, douloureuse en tout cas. Devenu la cible privilégiée de ses anciens camarades anarchistes, Monmousseau évoquait « un combat très dur, le plus dur de tous. Je m’en allais pour déjeuner de la Grange-aux-Belles à l’impasse Chausson ; ils étaient là en rang comme des soldats. Ils m’attendaient. Et quand je passais, lançaient le mot d’ordre : « Garde à vous, v’là le général ! », puis ils m’insultaient et me crachaient à la figure. » Le Libertaire du 13 novembre 1925 exhumait ses anciens poèmes, comme Les Foules (« Sur les vieux mondes qui s’écroulent/ Anarchie, ô rêve d’amour ! /Tes amants bâtiront un jour/ Le Temple où s’aimeront les foules »).
Gaston Monmousseau, dans le cadre de ses responsabilités syndicales et politiques, participait régulièrement aux réunions des organismes dirigeants de l’IC et de l’ISR à Moscou : au VIIe plénum du comité exécutif de l’IC, en novembre-décembre 1926 ; au IVe congrès de l’ISR, en mars-avril 1928 ; au VIe congrès de l’IC, juillet-septembre 1928, où il fut nommé suppléant au comité exécutif).
Au IVe congrès de la CGTU. (Bordeaux, septembre 1927), le rapport moral fut approuvé par 97 % des 1 471 syndicats. Au congrès suivant (Paris, septembre 1929), le secrétaire général fit entériner la subordination de la CGTU. au PC. La résolution portant approbation du rapport d’activité, votée par 84 % des syndicats, se terminait ainsi : « Le congrès précise enfin sa détermination de travailler sur tous les terrains en accord étroit avec le Parti communiste, seul parti du prolétariat et de la lutte de classes révolutionnaire qui, au travers de toutes les batailles de la période écoulée, a conquis sa place de seule avant-garde prolétarienne du mouvement ouvrier. »
Gaston Monmousseau dut mener un combat idéologique acharné contre la minorité « syndicaliste révolutionnaire » de la CGTU., regroupée autour de la Ligue syndicaliste et de la Révolution prolétarienne qu’animaient des militants implantés dans les Fédérations de l’Alimentation, des Ports et Docks, ainsi que chez les cheminots de l’État puis, à partir de 1930, contre l’opposition unitaire à forte influence trotskyste, organisée autour de la Fédération de l’enseignement. Tout en contestant leurs thèses sur un syndicalisme victime de l’ingérence communiste, Monmousseau admettait en même temps certains défauts de la CGTU. : « Le renforcement apparent et la perspective de nouvelles différenciations au sein de la majorité confédérale ne sont que des aspects négatifs du mauvais contact organique de la CGTU. avec le mouvement montant des masses : faiblesse énorme des effectifs, mauvaise représentation de ces masses dans les postes de direction syndicale » (Jean Brécot, Cahiers du bolchevisme, décembre 1929, « L’opportunisme dans les syndicats »). Mais au sein même du bureau confédéral, sa conception des rapports parti/CGTU. l’opposa à d’autres responsables. Et au comité central du 21 avril 1929, sur un rapport de Thorez*, Benoît Frachon devint le responsable de la section syndicale, Monmousseau n’étant que l’un des quatre secrétaires adjoints. Ainsi Benoît Frachon s’affronta à Monmousseau qui, assurant « toute l’exécution de notre ligne politique du travail communiste du parti dans la CGTU. », tendait à traiter toutes les positions syndicales en termes politiques et était hostile à tout rapprochement en direction de la CGT
Fidèle aux thèses développées à Moscou par l’IC à son Xe Exécutif ou par l’ISR à son IVe congrès sur la rationalisation capitaliste, Monmousseau opposait les vieux cadres syndicaux qui, ne l’ayant pas connue et ayant donc échappé à ses effets, constituaient une sorte d’aristocratie intellectuelle, aux masses ouvrières de plus en plus déqualifiées mais toujours faiblement représentées au sein de syndicats restés étrangers à leur cause : « Alors que la rationalisation pousse les ouvriers à la lutte sur le plan de l’entreprise et de l’atelier, les cadres de la CGTU. prisonniers du traditionalisme et du contenu social des syndicats, ont tendance à négliger les revendications de la grande masse (...) La masse des ouvriers non qualifiés est traitée avec un certain mépris, alors qu’elle devient de plus en plus l’élément fondamental de la lutte révolutionnaire. »
Depuis le congrès communiste de Saint-Denis (mars-avril 1929) où dans son rapport sur les problèmes syndicaux il critiquait l’opportunisme, jusqu’en 1933, Monmousseau prôna la thèse de la radicalisation des luttes sous la direction du parti et dans les syndicats.
La nouvelle stratégie du Front unique à la base relança en particulier l’affrontement avec les tenants de la réunification dans une CGT unique, ralliés au mouvement formé autour du « Comité des 22 ». « CGT unique ? CGT de trahison ! » titrait l’article de Monmousseau dans l’Humanité du 17 janvier 1931 : « Les gens du comité des 22 ont lancé les mots d’ordre de CGT unique au moment où le mot d’ordre du Front unique de classe et des comités de lutte sont pris au sérieux par les ouvriers. Durant les dernières années, la CGTU a été avec les travailleurs contre les lois du pouvoir capitaliste, du patronat et du réformisme. C’est avec elle que les masses unitaires, confédérées et inorganisées s’ébranleront, pour le front unique et pour l’existence de la lutte vers la véritable unité syndicale. »
Sur l’attitude de la CGTU vis-à-vis de l’opposition unitaire apparue dans la CGT dès 1925 mais renforcée en 1927, Gaston Monmousseau et Benoît Frachon semblaient à nouveau en désaccord, cette opposition étant encouragée par Benoît Frachon, alors que Monmousseau considérait la CGT dans son ensemble avec méfiance.
Gaston Monmousseau se dépensa beaucoup dans les multiples instances politiques et syndicales où il exerçait une responsabilité, payant, au prix de sa liberté, son ardeur et son abnégation militantes. Arrêté à nouveau le 1er mai 1927, il fut écroué à la Santé pour purger diverses condamnations dues en particulier à son action contre la guerre au Maroc, puis libéré le 16 septembre. Il fut réélu en 1927, 1929 et 1931 secrétaire général aux congrès successifs de la CGTU. En décembre 1928, il se rendit à Moscou pour assister au congrès des syndicats soviétiques et au congrès international des Amis de l’URSS Il y retourna à nouveau en juillet suivant. Nommé par Staline « colonel des cosaques », ce titre lui attira la critique de quelques journaux dont le Peuple (21 août, « Parti au front »). Il fut alors en France et en milieu syndical un des propagateurs de la nouvelle thèse sur la « troisième période du capitalisme », que caractérisent un capitalisme aux abois et une « concurrence inouïe entre rationalisateurs capitalistes », dont la répression accentuée du mouvement ouvrier est l’une des expressions immédiates, tandis que la guerre des puissances impérialistes avec l’URSS (ce débouché potentiel jusqu’à présent bloqué à la production capitaliste) constitue une perspective imminente (cf. la brochure CGTU.-ISR préfacée par « Jean Brécot », De la rationalisation à la guerre par le complot).
À l’issue de la journée internationale d’action contre la guerre du 1er août 1929, Monmousseau n’échappa pas aux poursuites policières, de même que les autres membres du comité central du PC. Arrêté le 17 septembre, il fit à nouveau un long séjour à la Santé, fut libéré provisoirement le 9 mai 1930. De sa prison, Monmousseau publia de nombreux articles sous le pseudonyme de Jean Brécot.
Au Ve congrès de l’ISR d’août 1930, il fut sévèrement réprimandé pour la négligence dont la CGTU. avait fait preuve dans le « travail colonial » et accusé d’avoir rapporté infidèlement devant le comité confédéral national les thèses et résolutions du Ve congrès de l’ISR. Il resta cependant membre du bureau exécutif de l’ISR. Mais au sein du Bureau politique, les critiques à l’adresse de Monmousseau se firent plus nombreuses. Au BP du 12 décembre 1930, attaqué par Barbé* et Maurice Thorez qui l’accusèrent de n’avoir pas compris que c’en était fini de l’anarcho-syndicalisme au sein de la CGTU., Monmousseau reconnaissant « ses responsabilités très lourdes dans la crise de la CGTU. » s’interrogeait sur sa capacité à « amorcer ce que le parti attend de moi pour réaliser sa politique dans la CGTU. Je suis prêt à aider le parti pour redresser la CGTU., n’ayant aucun désaccord politique avec lui. » Au BP du 9 février 1931 traitant de la question syndicale, la résistance de Monmousseau à la politique d’unité syndicale par crainte de la perspective de l’unité au sommet, se traduisit par la réorganisation du bureau de la fraction syndicale. C’est Benoît Frachon dorénavant qui assura le rôle de charnière entre parti et CGTU. (BMP, 435).
Arrêté à nouveau le 24 avril 1931, il demeura quatre mois en prison en exécution d’une contrainte par corps pour les quelque 24 000 F d’amende qu’il devait à la suite de ses condamnations antérieures. Il fut libéré le 24 août. Dans l’autobiographie qu’il écrivit le 10 octobre 1931, il indiquait ses contacts pendant ses périodes d’emprisonnement : en 1920 « contact intime » avec Monatte*, Souvarine* et Fernand Loriot, en 1923 avec Marcel Cachin, Treint* en compagnie des amis de Frossard* ; en 1929 avec Benoît Frachon, Racamond*, René Arrachard, Raynaud*, Alfred Costes, Dudilieux*, etc. ; en 1927 avec Raynaud*, Gourdeaux*, Lucien Midol, Pierre Semard ; en 1931 avec Galopin* et Varagnat*.
S’il fut réélu le 19 mars 1932 membre du bureau politique du PC, il y fut moins influent, tout comme Pierre Semard. Des rapports de police présentent alors cet épisode comme le résultat de la lutte contre « le lion » (surnom de Monmousseau), menée par le nouveau responsable communiste des questions syndicales au sein du secrétariat, Gitton*. Le XIIe Exécutif de l’IC tenu en septembre 1932 puis le BP du 6 octobre entérinèrent la mise à l’écart de Monmousseau, remplacé par Benoît Frachon à la direction effective de la CGTU. (BMP, 519).
Cette mise à l’écart fut consacrée en novembre 1932 quand il dut se résigner à rejoindre Moscou pour y occuper un poste au secrétariat de l’ISR et qu’il fut remplacé officiellement au secrétariat général de la CGTU par Benoît Frachon.
En septembre 1933, au congrès confédéral de la CGTU., il fut simplement réélu au secrétariat et à la commission exécutive. Mais depuis cet automne, il était avant tout chargé d’assurer la direction du secrétariat européen de l’ISR, dont le siège était à Paris, 113 boulevard Magenta, fonction qui le ramenait à Paris.
Après la conférence nationale d’Ivry (23-26 juin 1934) qui décida de la nouvelle orientation communiste vers le Front populaire, les interventions des leaders syndicalistes furent réunies dans une brochure, Pour une CGT unique ! Pour l’action de masse ! Tandis que Benoît Frachon rappelait les multiples tentatives pour « réaliser l’unité à la base, avec comme perspective une CGT unique », Monmousseau mettait plutôt l’accent sur le rôle des états-majors : « Nous devons provoquer une telle poussée des masses que nous puissions entraîner le Parti socialiste et la CGT à la lutte. »
Les rapports de police évoquent alors sa position difficile dans le secrétariat de la CGTU. À la fin de 1934, son départ pour Moscou semblait même imminent.
Élu membre de la commission internationale de contrôle du comité exécutif de l’Internationale communiste, au cours du VIIe congrès tenu à Moscou en juillet et août 1935, il donnait alors régulièrement des articles de fond aux Cahiers du bolchevisme (par exemple « Pour l’alliance avec les classes moyennes », 1er septembre 1934 ; « Les tâches syndicales du parti et la presse régionale », 15 mars 1935).
En janvier 1936, il fut réélu membre du comité central et du Bureau politique du PC au congrès de Villeurbanne. Mais au plan syndical, quand le 28 janvier 1936, le nouveau CCN. issu de la fusion des fédérations et UD (de la CGTU. et de la CGT) élut un bureau provisoire de six ex-confédérés et deux ex-unitaires, ceux-ci, Benoît Frachon et Racamond, n’obtinrent pas un troisième siège pour Monmousseau. Dans le cadre de la nouvelle politique de front unique et de réunification syndicale, il est vrai que Monmousseau, symbole de la désunion et de la scission de 1921-1922, qui avait gardé une profonde hostilité à l’égard de la CGT, n’était plus l’homme approprié à cette ouverture.
Le Parti communiste décida de lui donner des fonctions plus politiques. Candidat à Noisy-le-Sec, dans la circonscription de Saint-Denis, il fut élu député le 26 avril 1936, par 17 527 voix sur 31 255 suffrages exprimés. Vice-président de la commission du travail, dès son arrivée à la Chambre, il proposa une résolution tendant à inviter le gouvernement à déposer d’urgence un projet de loi en vue de la création d’un fonds national de chômage. En 1937, il fit une proposition de loi ayant le même objet, et en 1938 une nouvelle proposition, visant l’amnistie de tous les délits pour faits de grève et la réintégration des fonctionnaires, employés et ouvriers des services publics et concédés des entreprises nationalisées et des industries privées. Il fut chargé de plusieurs rapports : sur la proposition de loi Lambert contre l’arbitraire patronal (1937), sur le projet de loi sur l’embauchage et le débauchage des travailleurs (janvier 1938), sur le statut moderne du travail (février 1938). À la suite de la grève générale du 30 novembre 1938, il intervint à la Chambre le 9 décembre 1938 et à la commission du travail le 16 décembre pour protester contre les mesures de répression.
Le 21 janvier 1940, il fut déchu de son mandat de député, et le 3 avril, condamné par défaut par le tribunal militaire de Paris à cinq ans de prison, 5 000 F d’amende et cinq ans de privation de droits civiques pour avoir participé à la constitution du Groupe ouvrier et paysan français et avoir propagé des mots d’ordre émanant de la IIIe Internationale. En disponibilité des cadres des chemins de fer depuis 1920, il fut révoqué le 27 mars 1940.
Gaston Monmousseau avait été nommé par la direction clandestine du PCF. à la tête de la Région provençale en même temps que Tillon* pour le Sud-Ouest et Havez* pour l’Ouest. Plusieurs militants lui reprochèrent son inaction durant son séjour marseillais. Monmousseau s’en tint-il à la ligne « défaitiste » qu’il avait affirmée dans le dernier numéro légal de la Vie ouvrière (26 septembre 1939) ? Ou cette « prudence critiquée » (J.-M. Guillon, op. cit., p. 423) était-elle conforme au choix du PC pour qui il fallait avant tout « planquer » Monmousseau, tout comme Marcel Cachin, tous deux étant des « figures symboliques » ?
Fin 1940, il semble que Gaston Monmousseau ait quitté Marseille pour Lyon, vivant toujours dans une totale clandestinité. Il appartint à l’état-major syndical de la zone sud avec Mauvais* (qui représentait la direction communiste de la zone), Jules Crapier, Hénaff* et Marc Dupuy. Le 200e numéro de La Vie ouvrière clandestine (10 avril 1944) rendit hommage à « celui qui fut, depuis le début, l’animateur fidèle, son directeur, notre camarade Monmousseau ». Et à la Libération, dans la brochure Des Français en qui la France peut avoir confiance (2e éd., 1945, p. 27), il était présenté comme celui qui avait été « à la tête de l’action illégale du prolétariat et de tout le peuple contre Hitler » pendant cinq ans.
À la Libération, accueilli à Toulon par Fernand Barrat, Gaston Monmousseau pensait être nommé Commissaire de la république à Marseille. Mais c’est Raymond Aubrac que le général de Gaulle nomma. Monmousseau rejoignit aussitôt Paris où il reprit ses responsabilités, tant au plan politique que syndical ; membre de l’Assemblée consultative en 1944, à nouveau membre du Bureau politique en janvier 1945, il fut élu secrétaire de la CGT le 29 mars et demeura secrétaire confédéral au cours des années suivantes, épaulant Benoît Frachon dans la Bataille de la production engagée depuis septembre 1944 (cf. préface au recueil de Benoît Frachon, Éd. sociales, 1946). Au sein de la CGT, il allait devenir le responsable spécialiste de toutes les questions touchant la culture et la formation ouvrières.
Si, à l’issue du Xe congrès du PCF. (juin 1945), en vertu de l’incompatibilité de ses mandats politique et syndical, il ne figurait plus officiellement, tout comme Benoît Frachon, au sein du comité central et du Bureau politique, ces dispositions demeuraient toutes formelles : tous deux assistaient régulièrement aux instances du parti et y intervenaient. Ainsi au CC du 22 juin 1956 prit-il la parole sur le rapport Khrouchtchev : il rappela que Lénine lui avait dit, en présence de Pierre Semard : « C’est pour vous que nous luttons. » Aussi ajouta-t-il : « Le rapport Khrouchtchev est une affaire de la classe ouvrière internationale. Ce rapport authentique est le plus gros coup reçu dans ma vie de militant, moins par les révélations que par les buts que je n’ai pas encore saisis (...) Alors quel est le but poursuivi ? Détruire l’apport de Staline au marxisme-léninisme ? Le culte était vraiment nécessaire dans un pays comme l’était la Russie » (transcription de l’enregistement du comité central par Paul Esnault*). Élu membre du comité exécutif de la Fédération syndicale mondiale lors de son second congrès tenu à Milan en juin-juillet 1949, il était toujours directeur de la Vie ouvrière, ainsi que de la revue mensuelle Servir la France, créée en février 1945 et destinée aux militants, transformée en 1950 en Mouvement syndical mondial. Il était à nouveau membre du comité central du Parti communiste à l’issue du XIVe congrès de juillet 1956, fonction qu’il exerça jusqu’à sa mort survenue, après une longue maladie, le 11 juillet 1960, l’année même où il fut élu membre du comité de parrainage de la Pensée.
Après la Seconde Guerre mondiale, le secrétaire de la CGT et dirigeant du PC menait toujours la même vie assez modeste, recevant chez lui tel professeur d’université (Marcel David, animateur de l’Institut du travail) avec lequel il s’entretenait librement de tous les sujets, à l’exception d’un seul : l’évocation de la mort de son fils unique Jean, le 20 janvier 1945 dans un camp de concentration allemand, évocation que sa femme ne pouvait supporter.
Gaston Monmousseau fut, à plus d’un titre, un homme de contraste. Vers 1930, qui eut confondu le fougueux orateur d’un meeting à Bullier avec ce paisible citoyen coiffé d’un feutre, qui, après la réunion, regagnait lentement le métro le reconduisant à son domicile ? Tribun excellant dans l’art de l’éloquence populaire, il était « doué d’un organe puissant, déclamant bien, possédant le ton et les gestes », portant une superbe moustache blanche à la gauloise, « la plus belle de tout le prolétariat français », sachant enthousiasmer les auditoires populaires et déclencher les applaudissements. Il fut tenté également par les succès de plume et se voulut écrivain populaire.
C’est surtout après guerre, dans La Vie ouvrière qu’il cultiva le genre du conte politico-philosophique. Il donna ainsi près de deux cents contes à ce journal, signés Jean Brécot, en partie regroupés dans divers ouvrages successifs inaugurés en 1952 avec La Musette de Jean Brécot. Sur le fond, les écrits de Monmousseau véhiculaient des valeurs plutôt conformistes (culte des grands héros, du communisme en l’occurence, de la patrie, de la famille) et révélaient son fond idéaliste et humaniste, presque affecté d’une certaine religiosité. Il célébra ainsi, comme bien d’autres, « le plus humain parmi les humains des hommes, Staline » (cf. La Musette de J. Brécot, p. 60).
Sa plume participa aux excès du stalinisme, ainsi dans La Vie ouvrière du 29 septembre-5 octobre 1949, sous le titre "Treno, Rajk et Tito quanti", il attaqua Treno, Altman*, Ronsac* et Rous* : « Rajk a avoué être trotskyste et policier (...] Que l’accouplement des mots trotskyste-policier-traître et espion ne vous étonne pas, ajoutez-y celui de provocateur et vous avez le trotskyste militant et conséquent à l’état adulte tel que le personnifia Trotsky »
À La Vie ouvrière, c’était un patron quelque peu bourru d’apparence, exigeant de ses collaborateurs un travail quelquefois excessif, mais lui-même ascète et forcené du travail. Il œuvrait sans dossiers ni références, trouvait l’inspiration en fumant sa pipe silencieusement, puis, d’un seul coup, il rédigeait : « J’écris comme je pense », disait-il. Se refusant d’être un « écrivain » soucieux d’un style élaboré, il avait mal pris la préface d’Aragon pour son Indre-et-Loire, qui le qualifiait par trop d’écrivain. Jean Bruhat*, dans La Vie ouvrière du 29 septembre 1976, évoqua à son propos Jules Renard et Louis Pergaud, rappelant que chez Jean Brécot qui « passait beaucoup de temps » à polir ses contes et nouvelles, tout était en matière de lecture « terriblement classique » et « tout avant-gardisme de l’expression littéraire le heurtait profondément ».
Par son rôle de leader dans les grèves de 1920 puis par son ralliement surprise au mouvement communiste alors qu’il était secrétaire général de la CGTU., Gaston Monmousseau fut un acteur marquant du mouvement syndical et politique français. Il incarna une importante composante du monde ouvrier gagné au communisme à partir du syndicalisme révolutionnaire. Cependant au-delà de son rôle symbolique considérable – incarner le prolétariat révolutionnaire syndicalement organisé – son influence réelle fut limitée par un comportement imprévisible, prompt aux volte-faces. Bon orateur et bon conteur, Monmousseau était sûrement plus à l’aise pour parler de son terroir, de sa Touraine « patrie du bon vin, de la rillette et du boudin », orgueilleux « comme si je l’avais faite alors que c’est elle qui m’a plus ou moins fabriqué » (« Le livre du jour », La Vie ouvrière, 9 septembre 1952, conte), que pour traiter des finesses de la stratégie communiste au plus haut niveau. Sans doute tenait-il un élément de sa popularité, outre le souvenir de son rôle dans les luttes des années vingt, à sa faconde gauloise en laquelle toute une importante composante de la classe ouvrière pouvait se retrouver.

ŒUVRE : (principaux écrits) : La grande grève de mai 1920, par Jean Brécot, préface de P. Lémont, Librairie du Travail, 72 p. — Le Contrôle syndical et les comités d’usine, Union des syndicats de la Seine, 1922, 24 p. — La Dictature du prolétariat, Éd. « Vie ouvrière », 1922. — Le Syndicalisme devant la Révolution, Éd. « Vie ouvrière », 1922. — Du réformisme à la lutte des classes, signalé par l’Humanité, juillet 1928. — Un épisode de la lutte de classe en France. La grève de Vienne, Petite bibliothèque de l’ISR, 1932. — La version la plus fiable de l’entrevue avec Lénine en 1922 semble bien être la première qui date de 1933 : Lénine et le mouvement syndical en France dans Lénine tel qu’il fut : souvenirs de contemporains, tome 2, Moscou, Éd. en langues étrangères, 1959. — Pour une CGT unique ! Pour l’action de masse ! Publications révolutionnaires, Paris, 1934. — Le mouvement syndical en face de la guerre, 1935, Bureau européen de l’ISR — Petites et grandes misères des pontifes. Suivi de Supplique à mon docteur, Éd. « Vie ouvrière », 1949. — « Souvenirs de militants », l’Humanité, 20 mars 1956.
Brochures non datées : Deux ans d’activité de la CGTU., Maison des syndicats. — À vous les jeunes, Éd « Vie ouvrière ». — Préface à De la rationalisation à la guerre par le complot, CGTU., 24 p. — La grande grève de mai 1920 et la lutte actuelle des fonctionnaires, Paris, ESI, 37 p. — La Famille Babebibobu, ill. de Bec, Éd. « Vie ouvrière », 40 p.
Publications littéraires : Indre-et-Loire, chef-lieu Tours selon Jean Brécot, préface d’Aragon, Éd. Français réunis, 1951. — La Musette de Jean Brécot, natif de Touraine, préface de G. Cogniot, Éd. Français réunis, 1951 et 1963. — L’Oncle Eugène, selon Jean Brécot, préface de Marcel Cachin, Éd. Français réunis, 1953 et 1963. — Son Excellence Babebibobu à la foire d’empoigne, éd. par le PCF., 1953. — Les Apprentis sorciers embourbés, « Vie ouvrière », 1953. — La Chine selon Jean Brécot, Éd. Français réunis. — Le Père Tomori ou l’Albanie selon Jean Brécot, Éd. Français réunis, 1957.

SOURCES : RGASPI, 495 270 9052, 10/12/1931. — Arch. Nat. F7/12970, 13578, 13535, 13618, 13662, 13674 et 13675. — Arch. PPo. 300, juin 1927. — Congrès de la Fédération CGT des cheminots, comptes rendus 1918-1920 ; Congrès de la CGT, de 1918 à 1921, puis de la CGTU. ; comptes rendus. — Arch. Jean Maitron. — Arch. IRM — Collection des Cahiers du bolchevisme notamment en 1928, 1929, 1931, 1932, 1934. — Collection de la Révolution prolétarienne, 1926, 1930, 1931 et janvier 1960 (anniversaire de La Vie ouvrière). — Le bon combat de Gaston Monmousseau, Éditions du PCF., 1953, 79 p. — A. Kriegel, Aux origines du communisme français, 1914-1920, Paris, 1964. — Ph. Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, op. cit. (particulièrement. IV, p. 429-432). — L’Humanité, 20 septembre 1983. — Le Monde, 13 juillet 1960. — La Vie ouvrière, 17 et 23 janvier 1983. — G. Ribeill, Les cheminots en guerre, 1914-1920, op. cit. — Françoise Cardaire, Réception et diffusion de la culture chez un militant : Gaston Monmousseau, Mémoire de Maîtrise, Paris I, s.d. — Larry S. Ceplair, The Education of a Revolutionnary Labor Union Minority : the French Railroad Workers and the CGT, 1891-1922, University of Wisconsin, 1973. — Depuis 70 ans, la VO, Éditions de la Vie ouvrière, 1979. — B. Pudal, Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF., Presses de la FNSP, 1989. — Jacques Girault, Benoît Frachon, communiste et syndicaliste, Presses de la FNSP, 1989. — M.-P. Bernard, Les Communistes dans la Résistance. Marseille et sa région, op. cit. — J.-M. Guillon, La Résistance dans le Var, Thèse d’État, Université de Provence, 1989, 3 vol. — J.-P. Rioux, A. Prost, J.-P. Azéma (dir.), Les Communistes français de Munich à Châteaubriant (1938-1942), Presses de la FNSP, 1987. — Renseignements communiqués par Jacques Girault, Antoine Olivesi, J.-M. Guillon, Claude Pennetier et J. Charles (notamment ses notes prises aux archives de l’ISR à Moscou).

Georges Ribeill

Version imprimable de cet article Version imprimable