LE MOIGN Eugène

Par Claude Pennetier

Né le 11 juillet 1901 à Brest (Finistère), mort le 14 mars 1982 au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) ; cheminot puis ouvrier d’usine ; maire communiste de Blanc-Mesnil de 1945 à 1965.

Fils d’un cheminot (chauffeur à la compagnie des chemins de fer de l’État) mort en février 1914, et d’une mère sans profession qui obtint un emploi réservé aux veuves, à la salubrité de la gare de Brest puis de Rennes, Eugène Le Moign fit un apprentissage d’ajusteur-mécanicien en 1914-1915 avant de devenir lui-même cheminot, comme ajusteur aux ateliers des chemins de fer de l’Etat à Rennes. Syndiqué depuis 1918, il fit les grèves de 1920.

Après son service militaire (avril 1921 à avril 1923) comme matelot mécanicien, il adhéra en 1923 aux Jeunesses communistes et au Parti communiste en septembre 1923 ; il fut muté en 1923 à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), puis de septembre 1923 à fin 1925 au Mans (Sarthe) où il devint secrétaire de la IXe Entente des Jeunesses communistes jusqu’en 1926. Affecté à Rennes (Ille-et-Vilaine), membre du syndicat unitaire des cheminots, il fut, d’octobre 1926 à mars 1927, permanent de la région rennaise et secrétaire régional du Parti communiste. Pendant toutes ces années, il milita beaucoup avec Paul Bazin* et Charles Tillon* et fut en contact fréquent avec les dirigeants de JC comme Jacques Doriot*, François Chasseigne*, Louis Gatignon* et François Billoux*. C’est peut-être de cette période que date son amitié pour l’oppositionnel Gaston Davoust* qu’il revit à Paris et qui lui envoya des journaux trotskystes.

Le Moign assura aussi l’administration de La Bretagne communiste, organe de la Fédération du PC d’Ille-et-Vilaine, puis fut responsable de la République ouvrière et paysanne. Candidat aux élections législatives d’avril 1928 dans la circonscription de Vitré, il recueillit 145 voix sur 17 814 inscrits (0,8 %) puis 26 voix au second tour. Il habitait alors à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine), son poste de permanent ayant été supprimé pour des raisons financières.

Venu en région parisienne, il travailla chez Thomson Favorite, Citroën Epinettes, Hotchkiss Levallois (où il fut secrétaire de cellule fin 1927- début 1928), Hispano-Suiza, à la CPDE, Map, Bréguet, Malle-Coquille, Chambons, Deberny-Peignot, Cran puis après une période de chômage en novembre-décembre 1933 il trouva de l’embauche chez Lavalette, Richard puis Dunlop (Le Bourget). Il épousa la fille d’un cheminot, elle-même couturière : « Elle partage et approuve mes opinions mais a une aversion pour se mêler aux foules (manifestations, sorties et fêtes champêtres) » écrivit-t-il en 1937. Son militantisme fut mis en sommeil entre 1929 et 1935 : « En arrivant au Blanc-Mesnil fin de 1929, j’étais fatigué, il y avait un an que j’étais marié, ma femme à l’époque était influencée par toute son existence sous la domination religieuse. Mes premiers contacts avec quelques lieux de réunions me firent si mauvaise impression que je profitais de n’être pas encore connu pour suspendre mon activité. Mais peu à peu, par mon accueil favorable à toute action de solidarité, je finis par être repéré des militants et en 1935 je reprenais ma place dans le Parti. Durant cette période, je suis resté au Blanc-Mesnil où j’ai fixé domicile et résidence occupant une habitation que j’ai fait construire à l’aide de la loi Loucheur. Dans ma profession j’ai quitté chez Bréguet à Vélizy n’ayant pu avoir satisfaction pour mon départ à Krasevo (Yougoslavie) en raison d’une enquête de la maison sur mon compte (autobiographie de 1937). Malgré ses tentations de départ et son absence d’adhésion politique et même syndicale à partir de 1931, il mena une grève à Malle-Coquille, fut licencié, continua son action dans d’autres entreprises et fut sur la liste des ouvriers à ne pas embaucher.

Outilleur chez Dunlop au Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis), animateur d’une cellule inter-usines, il y organisa et y anima la grève du 3 au 6 juin 1936 et créa une cellule qui compta 50 adhérents sur 155 ouvriers. Membre du comité régional Paris-Nord du Parti communiste, il entra, en 1938, à la compagnie France-Navigation qui travaillait pour l’aide à l’Espagne républicaine.

Mobilisé en 1939, arrêté début 1940, il s’évada à l’automne de Fort-Barraux (Isère), et retourna en banlieue Nord dans le secteur de Saint-Denis (Seine). En 1942, au service de Jacques Duclos*, il abrita, dans un pavillon loué par ses soins à Verrières-le-Buisson (Seine-et-Oise, Essonne), Marcel Cachin et sa femme, puis Georges Cogniot de l’automne 1942 à 1944.

À la Libération, Eugène Le Moign devint maire du Blanc-Mesnil. La ville avait été socialiste puis communiste avec Henri Duquenne (1935-1939). Ce dernier reprit la première magistrature municipale le 28 août 1944 mais, fatigué et malade, il céda son écharpe à Eugène Le Moign le 13 mai 1945. Sa nouvelle femme Jeannette, épousée au Blanc-Mesnil, avait coopéré, pendant la guerre, avec l’appareil central de la direction illégale du Parti communiste et travaillait au personnel technique de l’Humanité.

Toujours maire du Blanc-Mesnil jusqu’en 1965, Eugène Le Moign y mourut le 14 mars 1982. Robert Frégozy lui avait succédé en mars 1965.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article5919, notice LE MOIGN Eugène par Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 23 février 2015.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou, Blanc-Mesnil, 29 juin 1937. — Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 3 Md 38. — Bibliothèque marxiste de Paris, microfilm n° 191 et 195. — La Bretagne communiste, 1926. — Le Prolétaire de l’Ouest, 1927. — G. Lachapelle, Les élections législatives, op. cit. — Notes de Claude Geslin. — E. Kerbaul, 1 640 militants du Finistère (1918-1945), Bagnolet, 1987. — Cahier de l’Institut M. Thorez, n° 28, septembre 1972. — A. Gillot, Un forgeron dans la cité des rois, Éd. des Halles, 1986. — J. Duclos, Mémoires, op. cit..

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