CHARBONNEAU Pierre

Par Notice revue et complétée par M. Cordillot

Né le 15 mai 1830 à Saint-Cybardeaux (Charente), mort le 30 décembre 1905 à Paris ; menuisier en meubles sculptés ; membre de l’Internationale, communard, déporté en Nouvelle-Calédonie ; membre de la Fraternelle des anciens de la Commune.

Fils d’un sabotier, Pierre Charbonneau fut forcé de commencer à travailler à l’âge de neuf ans, par suite du décès accidentel de son père. Pendant trois ans, il fut employé comme berger. À 12 ans, il fut mis en apprentissage chez un menuisier. Son frère était compagnon du Tour de France ; apprenant qu’il était de passage à Angers, Pierre Charbonneau décida de l’y rejoindre. Ce fut là qu’il se fit aspirant du Devoir. Il travailla à Saumur, Tours, Orléans, avant de s’installer à Paris. Il y devint républicain et révolté.
Au lendemain du Deux-décembre 1851, une perquisition menée dans l’hôtel où il logeait amena la découverte dans sa chambre de livres compromettants, ainsi que de quelques chansons humanitaires qu’il avait composées. Il fut emprisonné durant quelques temps à Mazas. Aussitôt libéré, il se rendit à Lyon (Rhône). Il y rencontra un militant du nom de Pierre Tertrain qui paraît avoir exercé sur lui une influence déterminante. Il se fit socialiste et adhéra à l’Union. Pourchassé par la police, il partit à Genève (Suisse). Il revint à Lyon, fut actif lors de la grève du bâtiment. Traqué par la police, mais aidé par le réseau des Marianneux, il réussit à obtenir d’un patron un livret de travail sous le faux nom de Sauvêtre. Il travailla dans de nombreuses villes, et vint s’établir définitivement à Paris.

Socialiste conscient, lecteur attentif de Proudhon, il adhéra à l’AIT le 1er avril 1867 et reçut la carte n°592. Le 19 février 1868, les quinze membres composant le bureau de Paris de l’Internationale démissionnèrent en raison des poursuites dont ils étaient l’objet ; ils firent place à une nouvelle commission de neuf membres qui fut élue le 8 mars. Elle comprenait Bourdon, Charbonneau, Amédée Combault, Léopold Granjon, Humbert, Mollin et trois secrétaires-correspondants : Malon, Eugène Varlin et E. Landrin.

Tous les neuf furent condamnés, le 22 mai suivant, à trois mois de prison et 100 f. d’amende, la durée de la contrainte par corps étant fixée à trente jours. Cette condamnation fut confirmée en appel le 24 juin.

Détenu à Sainte-Pélagie, Pierre Charbonneau ainsi que Bourdon ne signèrent pas, le 17 septembre 1868 — pour des raisons que nous ignorons — la déclaration adoptée par leurs codétenus auxquels s’était adjoint Cluseret, protestant contre la résolution adoptée par le 3e congrès de l’Internationale, Bruxelles, 6-13 septembre 1868, résolution déclarant que la Ligue de la paix et de la liberté n’avait pas de raison d’être. Les codétenus de Pierre Charbonneau affirmaient que « le droit de se croire la seule expression des aspirations d’une époque ne peut appartenir à aucune association isolée ».
Pierre Charbonneau, en juillet 1870, signa le manifeste contre la guerre adressé aux travailleurs de tous pays (cf. t. IV, p. 44). Le 9 août 1870, il fut traduit devant la 6e Chambre du tribunal correctionnel de Paris sous prévention d’avoir depuis moins de trois ans, à Paris, fait partie d’une association de plus de vingt personnes. (Gazette des Tribunaux, 10 août 1870). La cause fut renvoyée.

Après le renversement de l’Empire, Pierre Charbonneau poursuivit son action militante. En tant que délégué des vingt arrondissements, il fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! » Voir Ansel.
Le 1er mars, il intervint à une réunion du Conseil fédéral des sections parisiennes de l’Internationale (cf. Les Séances officielles de l’Internationale à Paris pendant le Siège et pendant la Commune).
Simple garde au 103e bataillon pendant le Siège, il fut élu capitaine — Voir L. Henry — le 18 mars 1871, à la XIVe légion, et le demeura jusqu’au 10 mai ; après quoi, il reprit du service au 103e. Il participa aux combats à Malakoff et à Cachan et rentra à Paris le 23 mai.
Arrêté le 25 mai place Jeanne-d’Arc (XIIIe arr.) les armes à la main, il fut emmené au Luxembourg pour y être fusillé. Mais l’ordre venait d’être donné de suspendre les exécutions sommaires. Emprisonné à l’École militaire, il tenta de s’évader. Surpris, il fut blessé de plusieurs coups de baïonnette et fut soigné par un médecin fédéré prisonnier comme lui. Pierre Charbonneau fut alors dirigé vers l’Orangerie de Versailles, et de là vers les pontons de Brest où il resta jusqu’à son jugement.
Le 14e conseil de guerre le condamna, le 9 janvier 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée. Un rapport de police s’exprime alors à son sujet : « Charbonneau est un bon ouvrier ; sa moralité et sa conduite sont excellentes, mais il est un révolutionnaire. »
À la Nouvelle-Calédonie, il demeura fidèle à son passé. Il « travaille beaucoup », indiquent les rapports. Il « a toujours montré beaucoup de soumission aux mesures et aux règlements de l’administration ». Mais il « affiche des idées avancées ». Le 19 juillet 1875, il fut puni de deux jours de prison pour avoir dit à un surveillant de service : « Vous n’avez pas le droit d’entrer chez nous avant dix heures du soir », et, le 3 juin 1878, il fut frappé de la même peine pour « insolence envers un surveillant qui lui faisait des observations au sujet d’une réunion qu’il avait chez lui à minuit ». En revanche l’administration semble ne jamais avoir su que Pierre Charbonneau, s’étant querellé avec Henri Bauer (s’agit-il de Henry Bauër ?), se battit en duel avec lui le 24 décembre 1872. Preuve de ses qualités professionnelles, Pierre Charbonneau obtint un prix à l’Exposition de 1878.

Il bénéficia de la remise de sa peine le 8 mai 1879. En 1880, il revint à Paris et reprit son métier (un meuble de cabinet réalisé par lui est aujourd’hui conservé au Musée d’histoire vivante de Montreuil). Il épousa en 1882 Louise, Valentine Hautot, une couturière qui avait quatorze ans de moins que lui, et ils s’installèrent rue Mayet. Ils eurent un fils, qu’ils perdirent jeune. Ils vécurent chichement durant le reste de leur existence.
Pierre Charbonneau, toujours fidèle à ses idées, était en correspondance avec plusieurs anciens communards, notamment Pindy et Émile Landrin. Ce dernier, conseiller municipal de Paris, s’efforcera avec Brousse, mais trop tard, de le faire admettre à l’hospice d’Ivry. Les obsèques civiles de Pierre Charbonneau eurent lieu le 1er janvier 1906 et furent annoncées dans les colonnes de L’Humanité.
Ses papiers personnels, y compris sa carte d’adhérent de l’Internationale, furent pieusement conservés par sa femme et confiés à sa mort (9 octobre 1932) à sa filleule, la fille du communard Jules Martelet. Ils ont pu être récemment consultés par R. Rousseau.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article55087, notice CHARBONNEAU Pierre par Notice revue et complétée par M. Cordillot, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 janvier 2019.

Par Notice revue et complétée par M. Cordillot

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/830, n° 1002. — Arch. PPo., B a/441. — Papiers personnels de Charbonneau. — René Rousseau, Charbonneau, Martelet, les oubliés de l’histoire de la Commune, Bagneux, IGC, 1994.

ICONOGRAPHIE : René Rousseau, op. cit.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément