Né le 22 août 1930 à Paris (XXe arr.), mort le 27 août 2017 à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) ; instituteur, directeur d’établissement spécialisé, professeur de collège ; militant syndicaliste ; militant associatif ; militant socialiste ; membre du Conseil économique et social ; adjoint au maire de Sarcelles (Val-d’Oise).

Son père, ouvrier mécanographe, devint artisan, sa mère était secrétaire. Tous deux avaient des convictions de gauche et adhéraient aux idées du Front populaire. Sa mère, secrétaire de Marcel Bloch, avocat aveugle, membre influent du Parti radical et radical socialiste, fut activement engagée dans les actions de Résistance. Michel Gevrey, élève du lycée Voltaire, bachelier, entra à l’École normale d’instituteurs d’Auteuil en 1949 pour deux années de formation professionnelle. Tuberculeux, il séjourna à partir d’avril 1950 au sanatorium de Sainte-Feyre (Creuse), puis à la post-cure de la Mutuelle générale de l’Education nationale à Maisons-Laffitte (Yvelines) jusqu’en 1952 et y poursuivit sa formation professionnelle. Il suivit des cours par correspondance de la faculté des lettres de Clermont-Ferrand et obtint, en 1951, le certificat d’études littéraires générales (Lettres, Latin, Grec). Confronté aux questions de la réinsertion des instituteurs en congé de longue durée, avec l’aide de Jean Le Pemp*, membre du bureau national du Syndicat national des instituteurs, il parvint à obtenir la validation du temps de maladie dans la titularisation des enseignants. Sa nomination, en février 1952, comme instituteur titulaire en milieu hospitalier à Eaubonne, créa une jurisprudence qui permit aux stagiaires ayant souscrit l’engagement décennal de s’engager dans une carrière sécurisée. Le SNI créa une commission nationale dont la responsabilité fut confiée à Gevrey jusqu’en 1975, agissant avec la Mutuelle générale de l’éducation nationale, chargée de représenter les intérêts des enseignants touchés par la maladie et le handicap pour la reprise d’activité professionnelle au terme de leur congé de longue durée. Cette commission, considérée comme une émanation de la représentation syndicale à la Commission administrative paritaire nationale, fut constituée d’enseignants en postes de réadaptation ou de réemploi élus par leurs pairs.
De février 1952 à avril 1975, l’activité professionnelle de Michel Gevrey, titulaire en 1959 du certificat d’aptitude à l’enseignement des inadaptés, et en 1969 du certificat d’aptitude pédagogique à l’enseignement dans les collèges, se déroula au centre hospitalier d’Eaubonne dont il devint « directeur des Études ». Il y organisa les activités éducatives, culturelles et sociales au bénéfice des personnes hospitalisées. Ce service, ouvert aux personnels hospitaliers souhaitant se préparer à des évolutions professionnelles, intervint dans les démarches d’entrée en centre de réadaptation professionnelle des jeunes et des adultes relevant d’un reclassement professionnel.
Parallèlement, Gevrey, directeur de colonies de vacances, fut, à partir de 1956, instructeur non permanent des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active dont il fut administrateur et membre du bureau national jusqu’en 2005. Investi dans le domaine culturel, dans les années 1950, il participa à la création et aux activités de l’Association des amis du Théâtre national populaire. Roger Coggio réalisa et interpréta (avec Jean-Pierre Darras) Les Fourberies de Scapin en 1980. Il participa aussi à la création des « Amis du Cinéma populaire », dont il devint l’un des administrateurs. De 1954 à 1974, il fut délégué à la liberté surveillée et assesseur au tribunal pour enfants de Pontoise.
Gevrey se maria en mars 1959 à Eaubonne (Seine-et-Oise) avec une intendante hospitalière. Le couple eut cinq enfants.
Michel Gevrey, membre du conseil syndical de la section départementale du Val d’Oise, fut candidat sur la liste « autonome » en position non éligible pour représenter les handicapés. À la fin de 1975, il fut élu au bureau national du SNI et, membre du secrétariat national permanent, devint le responsable en 1976 du secteur « Éducation », succédant à Guy Georges*, élu secrétaire général du SNI. Il participa aux travaux du Conseil supérieur de l’éducation. Il s’occupa du secteur de l’enfance handicapée. Il organisa, entre autres, en 1976 un colloque international sur les finalités de l’éducation qui débattit des questions posées par le projet d’ « école fondamentale » du SNI. A partir de 1977, dans le secrétariat permanent du SNI-PEGC, il fut, entre autres, responsable des pages pédagogiques de L’Ecole libératrice et participa à leur transformation. Sur la question de la formation des maîtres, il fut le principal négociateur de l’allongement à trois ans de la formation des instituteurs et de la mise en place d’une certification universitaire (obtention du DEUG pour l’enseignement dans le premier degré) et intervention d’universitaires dans les écoles normales à partir de la rentrée 1979-1980. A partir de 1981, il participa aux travaux de diverses commissions sur la rénovation du système éducatif quand Alain Savary* fut ministre de l’Éducation nationale.
Militant de la Fédération de l’éducation nationale à partir de 1976, Gevrey fut associé à la mise en place du projet pédagogique de l’organisation allant de l’école maternelle à l’entrée dans la vie active prolongée par l’éducation permanente. Il fut aussi associé à diverses représentations (Conseil économique et social, relations emploi-éducation, etc…). Actif sur le plan international, de 1982 à 1986, il fut le vice-président de la Confédération mondiale des organisations de la profession enseignante à laquelle appartenait le SNI-PEGC.
Michel Gevrey représenta le SNI-PEGC auprès d’associations complémentaires (CEMEA, Pupilles de l’École Publique, APAJH) et auprès de l’Institut national de la recherche pédagogique, du Centre national de documentation pédagogique et du Centre de liaison des moyens d’information et de l’école. Ces liens avec les associations furent déterminants dans son élection en juin 1985 au secrétariat général de la Jeunesse au plein air, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1995. Il participa ainsi à diverses responsabilités dans des organisations s’occupant de la jeunesse, des loisirs, de l’enfance et fut le rapporteur, en 1993, sur l’évaluation de la politique publique d’aménagement du temps de l’enfant. Il fut le vice-président, puis le président de 1996 à 2004 du Comité de coordination des œuvres mutualistes et coopératives de l’Éducation nationale. Cette responsabilité le plaça en position dirigeante d’organisations internationales d’économie sociale.
Gevrey par la suite siégea au Conseil économique et social de 1994 à 2004. sur proposition du Conseil national national de la vie associative. Vice-président de la commission spéciale du plan (2002-2004), membre de la section de la conjoncture et des affaires économiques, de la Commission nationale pour l’éducation, la science et la culture, il le représentait auprès de l’UNESCO. Il était aussi le suppléant du représentant du CES au conseil d’administration de l’Institut national de la recherche pédagogique. Il fut notamment le rapporteur en 2003 sur « Les défis de l’immigration future ». Il collaborait régulièrement avec la revue La Vie sociale du Centre d’études, de documentation, d’information et d’action sociales.
En 1971, membre de la Convention des institutions républicaines (CIR), Michel Gevrey rejoignit le Parti socialiste. Il participa à la revue Ecole et socialisme. Il devint en janvier 1975 membre de la section de Sarcelles où il habitait désormais. Il y présida l’association « Sarcelles-Jeunes » (1968-1976) et peu après l’Union des Associations de la Maison de Quartier (1969-1976) qui refusa la municipalisation ou la privatisation. Il lutta contre le désengagement social et financier de la Caisse des dépôts et consignations, propriétaire des équipements sociaux du grand ensemble de Sarcelles. En 1989, il fut élu conseiller municipal et adjoint chargé de l’Éducation, étendue lors du mandat suivant à la petite enfance. Par délégation il présidait la Caisse des écoles et anima la reconstruction ou la réhabilitation des groupes scolaires de la ville. Il mit aussi en place une convention pour l’accueil à l’école des enfants de deux ans. Il signa notamment en 2004, à l’initiative de la Gauche citoyenne, l’appel pour donner des pouvoirs constituants au Parlement européen. Il ne se représenta pas en 2007.
En 2008, Gevrey conservait des activités bénévoles dont celle de médiateur de la Caisse d’aide sociale de l’Éducation nationale-Banques populaires ou la vice-présidence du conseil d’administration de l’association de l’Institut médico-éducatif de Sarcelles.

ŒUVRE : En collaboration : Les finalités de l’Éducation, Paris, SUDEL, 1976. — Les Rythmes de vie des enfants et des adolescents, Paris, Stock-Pernoud, 1981. — Les Jeunes européens et leurs rythmes de vie, Paris, Nathan, 1998. — La Politique d’aménagement des rythmes de vie de l’enfant, Paris, La Documentation française, 1993. — La Société Française et son École, Paris, 2001. — Les Défis de l’immigration, CES, édition des journaux officiels, Paris 2003. — Scenarii et stratégie pour une France plus active, Paris, La Documentation française. — Articles dans La Vie sociale publiés sous le titre « Valeurs républicaines et réalités des discriminations », 2006. — Réédition de Vivre mieux ensemble ses vacances : les obstacles réglementaires au développement des vacances des jeunes en centres de vacances et de loisirs, Paris, Conseil national du tourisme, 1998.

SOURCES : Presse syndicale. — Témoignages dans le cadre du séminaire sur l’histoire du syndicalisme enseignant et universitaire (Centre Aigueperse UNSA-Éducation et Centre d’histoire sociale du XXe siècle, Université de Paris I). — Notes de Luc Bentz. — Renseignements fournis par l’intéressé.

Jacques Girault

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