LAMIEUSSENS Eugène, Louis

Par Notice revue et complétée par J. Risacher

Membre dirigeant de sociétés secrètes sous la Monarchie de Juillet ; probablement indicateur de police ; diplomate

Né vers 1810 à Amou (Landes), mort en 1852, étudiant en médecine, fut membre de la Société des Droits de l’Homme où il était scrutateur pour la banlieue et une élection au Comité central, dès janvier 1834. Il était en relation avec La Tribune, où sa correspondance fut saisie. Lamieussens avait tenu, avec Félicien Hontang* une école primaire, sans en avoir l’autorisation. Il adhéra à la Société des Familles où il s’occupa du recrutement et de l’organisation. Lors de l’arrestation de Armand Barbès*, le 11 mars 1836, la police trouva chez ce dernier son portefeuille contenant des listes, dont certaines étaient identiques à celles d’ Auguste Blanqui*. Lamieussens fut arrêté aussitôt, écroué le 19 à La Force pour complot, et fut condamné à 1 an et 1 000 F d’amende au procès des poudres, le 10 août 1836, à la fois pour l’appartenance à une association de plus de vingt personnes et pour l’école sans autorisation, peines confirmées en appel, le 23 octobre 1836 par la Cour royale. Incarcéré le 24 à La Force et transféré le 8 novembre à Sainte-Pélagie, il fut libéré le 10 mai 1837 par l’amnistie. Il participa dès lors à la création de la Société des Saisons, avec Barbès, Blanqui, Martin Bernard*, etc., mais la vie et les occupations de Lamieussens à cette époque ne sont pas toujours très claires dans ses rapports avec la police. D’une part, il était très lié avec un employé de bureau de la Préfecture de police, son compatriote Teissier qui aurait fait arrêter un membre de la Société des Familles et saisir de la poudre. D’autre part, il avait pour maîtresse la femme d’un agent de police et Lamieussens fut traité de « mouchard » par Alexandre Raisant*. Devant l’atmosphère de suspicion qui se développait, il préféra quitter la Société en mai 1838 et Raban fut arrêté lui-même deux mois plus tard. Malgré son départ, dans le cadre de l’enquête sur les journées de mai 1839, il fut arrêté, mais tardivement, le 13 juillet, le procès de Barbès et de la première catégorie des inculpés de mai étant pratiquement terminé. On trouva sur lui des papiers dont une lettre signée Carles Barbès*,. Écroué à La Force, il fut remis en liberté le 16 août 1839 par suite d’un non-lieu.
Restant l’un des rares rescapés des anciens chefs de la société, il reprend la direction de ce qu’il en restait, malgré la suspicion toujours latente.
Le sous-préfet du Havre signalait, le 15 novembre 1839, que Lamieussens devait se rendre prochainement dans la ville. « Il voyage toujours, écrivait-il au maire, comme commissionnaire de la maison Domecque pour le commerce de coutellerie, et n’a pris, pour se soustraire plus facilement à la surveillance de l’autorité, ni visa ni passeport à la préfecture de police. Ce nouveau voyage pouvant se rattacher à des intrigues politiques, veuillez rechercher avec soin la trace du Sr Lamieussens et faire surveiller toutes ses démarches... »
Lamieussens résida effectivement, selon les déclarations de Duchamps, propriétaire de l’hôtel de Richelieu, une quinzaine de jours au Havre. Il en partit le 23 décembre 1839. « Il a dû se diriger sur Paris. Il rentrait de très bonne heure chez lui et ne fréquentait personne. »
Une autre pièce policière disait de Lamieussens : « C’est un homme qui depuis longtemps a joué un rôle très actif dans les sociétés secrètes. Il vivait dans l’intimité de Blanqui dont l’arrestation a été ordonnée pour participation au dernier complot », c’est-à-dire à l’affaire parisienne des 12 et 13 mai.
Il ne semblerait pas, d’après ces documents, que Lamieussens fût d’ores et déjà le policier, qu’il fut sûrement ensuite, mais la police politique de Paris n’avait pas de comptes à rendre au commissaire de police du Havre qui avait reçu en son temps le signalement de Blanqui.
On perd un peu la trace de Lamieussens qui réapparut en février 1848. Il était présent à la création de la Société Républicaine Centrale, mais rejoindra vite Marc Caussidière* et Barbès, dont il fut un actif agent de recrutement. Sans preuve formelle, il fut bien sûr soupçonné d’avoir une responsabilité de premier plan dans l’arrestation de Blanqui en octobre 1839 et dans l’affaire du document Taschereau. Victor Bouton* dit de lui qu’il en était l’auteur. Sans trancher sur ce point, on peut constater qu’au moment où il risquait de subir le même sort que Lucien Delahodde*, il avait bénéficié, quinze jours après la sortie du document, d’un poste officiel dans la diplomatie, le plus loin possible de Paris : consul de deuxième classe à Port-Louis (île Maurice), puis de première classe à Cadix (Espagne), puis Saint-Domingue (partie espagnole), où il devait mourir de la fièvre jaune avec les honneurs dus à son rang.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article33230, notice LAMIEUSSENS Eugène, Louis par Notice revue et complétée par J. Risacher , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 2 avril 2017.

Par Notice revue et complétée par J. Risacher

SOURCES : Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou DY/4 31-1432 ; DY/8 10-3115 ; DY/4 47-5083. — Arch. Mun. Le Havre, J 2/2, doss. 9 et 10. — Cour des pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983, CC 617 d 2). — Cour des pairs. Procès politiques, 1835-1848, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1984, CC 709 ; CC 725 ; CC 735 n° 99. — M. Dommanget, Un drame politique en 1848, Paris, Les Deux sirènes, 1848. — M. Dommanget, Auguste Blanqui. Des origines à la Révolution de 1848. Premiers combats et premières prisons, Paris, Mouton, 1969.

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