FLOTTARD Eugène

Né le 21 mars 1821 à Saint-Étienne (Loire). mort le 10 janvier 1910 ; ancien magistrat et avocat ; journaliste et écrivain ; animateur du mouvement coopératif sous le Second Empire ; membre de l’Assemblée nationale de 1871.

Par sa mère, il était le petit-fils de d’Arnal, directeur de l’agence lyonnaise de la Banque de France. Il devint docteur en droit et magistrat à Saint-Étienne, en 1848.
En 1852, il démissionna pour ne pas prêter serment à l’Empire et vint se fixer à Lyon où il acquit une solide position personnelle. Instruit, cultivé, il présida la Société des Amis des Arts, fut membre et vice-président de la Société d’Économie politique de Lyon. Pendant les dernières années de l’Empire, il fut le véritable représentant et protagoniste du mouvement coopératif lyonnais. On suspectait la sincérité de son action dans le monde républicain. Pourtant, bien avant les élections de 1863, il avait été, avec Ferrouillat, Hénon, Ducarre, un de ceux qui avaient contribué à maintenir la propagande, par leur action dans les ateliers, par leur aide au colportage de la contrebande littéraire qui venait de Genève, par des réunions privées. Il avait toujours rencontré un concours efficace de la part des ouvriers. Non sans vraisemblance, on l’accusa « d’exploiter la mine électorale populaire par ses travaux sur la coopération dans le but d’arriver au Corps législatif ». (Extrait d’une note de police sur le « Cercle des Travailleurs des Brotteaux » auquel il appartenait.) Il est certain, par contre, qu’il passait aux yeux des ouvriers pour un républicain actif, et ce crédit facilita grandement sa propagande en faveur du mouvement coopératif. Il était pourtant de tendances économiques très conservatrices, inspirées par le libéralisme le plus orthodoxe ; mais il mit sa culture et son prestige de bourgeois éclairé au service des intérêts des classes laborieuses et il obtint certainement des résultats plus grands que ceux de bien des coopérateurs moins favorisés.
En 1863, il souscrivit avec enthousiasme au projet du « Crédit au Travail » de Béluze et en prit la défense dans Le Progrès de Lyon. Il essaya d’appliquer les idées de Béluze et plus encore celles de Schulze-Delitzsch sur le crédit populaire et fonda, en 1865, le Crédit au travail, de Lyon (« Flottard et Cie »).
En 1864 furent organisés à Lyon, sous les auspices de la Chambre de commerce, donc sur l’initiative de gens tout dévoués à l’Empire, un Cours d’enseignement professionnel, puis un cours libre d’économie politique pour les ouvriers. Pour organiser cet enseignement professionnel, un membre influent de la Chambre de Commerce de Lyon, Arlès-Dufour, fit venir, de Paris, Charles Gaumont et le mit en relations avec quelques chefs d’atelier et quelques bourgeois libéraux, notamment Flottard Eugène. Ces cours prirent d’ailleurs un tour officiel qui mécontenta non seulement un vieux Montagnard comme Joseph Benoît, mais même un républicain modéré comme l’avocat Ferrouillat, sans compter l’auditoire ouvrier qui marqua sa déception en désertant les séances.
En 1865, Flottard figura parmi les correspondants de « L’Universelle » de Valence, centre d’activité coopérative. Il rédigeait alors, de façon régulière, les chroniques « coopératives » du Progrès de Lyon. En juin de la même année, il tenta de fédérer les différentes coopératives en activité dans la région lyonnaise. Contre lui, et contre ses amis Germain, Cambefort, Bonnardel, hommes d’affaires et de finances, fut constituée, en octobre 1865, une société à responsabilité limitée, « La Vie à Bon Marché », dans le but d’établir un magasin général d’approvisionnement au profit des sociétés coopératives déjà constituées ou à créer, mais aussi société vendant au détail à ses adhérents propres. Flottard dénonça dans cette initiative une tentative de fusion des sociétés existantes où, comme la plupart des coopérateurs d’alors, il voyait la disparition de l’initiative individuelle, la destruction de la coopérative proprement dite. À la place de la fusion, il préconisait la fédération d’achats. En décembre 1865, il donna, dans Le Progrès, un modèle de constitution d’un magasin central, dont le capital serait souscrit par les coopératives qui, chacune, délégueraient un membre au conseil d’administration de ce magasin. Cette initiative échoua (celle de la Vie à Bon Marché aussi).
En 1866, au cours de l’enquête officielle du gouvernement impérial, il se montra l’un des plus ardents défenseurs de la liberté d’action coopérative.
En fait, Flottard Eugène était rochdalien, de méthodes mais non de doctrine. Ce sont surtout les idées de Schulze-Delitzsch qui le séduisaient. Pour lui, la coopération ne devait pas troubler le « jeu normal des rapports de propriété et de capital avec le travail ». C’est pour cela qu’en avril 1865, il avait fondé la Société lyonnaise de Crédit au Travail, avec Beauvoir, Ferrouillat, Bonnardel et le banquier Germain Henri (du Crédit Lyonnais). À l’origine, Flottard aurait voulu, comme Béluze, « pousser dans le sens coopératif à la fondation d’un grand nombre de sociétés de crédit mutuel ». Ce but ne fut pas atteint et cette banque populaire fonctionna comme banque de dépôts et de comptes courants, comme banque d’escompte du papier coopératif et se constitua l’auxiliaire des sociétés de consommation et de production de Lyon. Elle vécut jusqu’aux environs de 1885, sans avoir déterminé la fondation d’un grand nombre de sociétés de crédit mutuel.
Le 4 juillet 1868, Flottard fut l’un des signataires du manifeste coopératif publié par La Réforme. À partir de 1869, son influence baissa dans la classe ouvrière à la suite de son adhésion au Comité du libre échange composé de grands bourgeois libéraux, et Le Progrès ne publia plus rien de lui. Il faut dire que la coopération passait alors au second plan des préoccupations du journal, tout entier tourné vers la politique. Élu député en 1871, Flottard siégea au centre gauche. Voir Beauvoir Charles*, Béluze Jean-Pierre*, Ducarre*, Ferrouillat*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article31007, notice FLOTTARD Eugène , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 3 avril 2016.

ŒUVRES : Article dans Le Progrès de Lyon (1865-1869). En dehors de cette collaboration régulière au Progrès, Eugène Flottard a publié divers ouvrages : Le Mouvement coopératif à Lyon et dans le Midi de la France ; La Société agricole et industrielle de Beauregard ; La France démocratique, Paris, 1867, in-8°. — Principes philosophiques et pratiques de droit pénal, extraits et traduits des œuvres de Niccola Niccolini, avec introduction, in-8°. — Études sur la théocratie, Paris, 1861, in-8°. — La religion primitive des Indo-Européens, 1864, in-8°. — Le Crédit au travail et les associations ouvrières en Allemagne, rapport de Schulze-Delitzsch pour l’année 1863. Lyon, 1864, 50 pp., in-8°.

SOURCES : Avant tout, J. Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, t. I. — Quelques détails dans G. Duveau, La Vie ouvrière en France sous le Second Empire, et dans I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire.

ICONOGRAPHIE : J. Gaumont, ouvr. cité, p. 592.

Version imprimable Signaler un complément