Betchat, Fabas, Mercenac (Ariège), victimes de la division SS Das Reich en Couserans, 10 juin 1944

Par André Balent

Ces trois petits villages ariégeois situés à proximité de la Haute-Garonne furent l’objet d’exactions contre des civils de la part d’éléments de la division SS Das Reich chargés de « nettoyer » le piémont pyrénéen des maquis qui s’y trouvaient ; celui de Betchat (FTPF), particulièrement actif, était un des premiers visés. Il y eut six personnes abattues : trois à Betchat, un maquisard et deux civils ; et trois autres civils, deux à Mercenac, un à Fabas. Une septième victime, capturée à Fabas, fut fusillée à Martres-Tolosane

La 2 SS Panzer Division en Haute-Garonne et son engagement dans la région :

Après le débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944, l’état-major allemand du groupe d’armées G commandé par le général Johannes Blaskowitz, installé au nord de Toulouse à Rouffiac-Tolosan (Haute-Garonne) décida sécuriser les communications stratégiques entre le Bassin Aquitain et la Méditerranée. Pour cette raison, il entreprit d’éradiquer les maquis des Pyrénées (Ariège, Aude et Pyrénées-Orientales) et de leur piémont ainsi que ceux du sud du Massif Central (Tarn, Aveyron, Aude, Hérault, Gard, Lozère). Du mois de juin au mois d’août 1944, les forces allemandes de ces départements entreprirent des opérations contre les maquis de toutes les obédiences. Elle décidèrent aussi de « châtier » des populations civiles coupables ce connivences multiples avec les maquis. Ces opérations furent d’autant plus brutales que les unités engagées l’avaient été précédemment sur le front de l’Est, contre l’Armée rouge. C’était le cas de la 2. SS-Panzer-Division « Das Reich » durement éprouvée dans les combats contre l’Armée rouge (en particulier la troisième bataille de Kharkov, février-mars 1943 et la bataille de Koursk, juillet-août 1943). Elle fut mutée en France, au printemps 1944, dans la région toulousaine afin de reconstituer ses forces et, accessoirement, de participer à la lutte contre la Résistance et les maquis.

Le maquis (FTPF) de Betchat (Ariège) :

Ce maquis établi dans la forêt de Betchat et bénéficiant de la complicité des habitants de ce village, était particulièrement actif. Il était dirigé par Jean Blasco, alias « Max », capitaine âgé seulement de vingt ans. Il recrutait à la fois dans le Couserans (Ariège) et dans le Comminges (Haute-Garonne). Ses activités étaient surtout situées en Haute-Garonne. Son « activisme » avait attiré l’attention des Allemands et des collaborationnistes. Il fut à l’origine de 78 attaques contre les Allemands et la Milice, 74 sabotages, 5 déraillements de trains, 60 collaborationnistes (Milice, PPF) exécutés. Le maquis attaqué une première fois le 10 juin , le fut à nouveau le 12, le 17, le 19 et le 21 juin et, encore, le 10 août. La forêt de Betchat fut bombardée. L’attaque du 10 juin n’entraina que peu de pertes dans ses rangs : Camille Weinberg à Marsoulas, Pierre Sirgant à Betchat et Vincent Garavis à Mercenac.

Les communes ariégeoises concernées par les exécutions ou massacres :

Trois communes — Betchat, Fabas et Mercenac, avec, respectivement, 633, 456 et 378 habitants au recensement de 1936 — furent le théâtre de massacres et d ‘exécutions sommaires perpétrées par les 10e et 11e compagnies du 3e bataillon du régiment Deutschland de la division Das Reich qui cherchait le contact avec les FTPF cantonnés dans les bois de Betchat.. Elles sont situées sur les collines boisées et les coteaux de la rive gauche du Salat (affluent de la Garonne), à la limite de la Haute-Garonne. La vaste forêt, entre Betchat et Mercenac était particulièrement favorable au cantonnement d’un maquis. Précédemment, le petit village de Marsoulas situé en Haute-Garonne à moins d’un kilomètre de Betchat fut tout particulièrement éprouvé par le massacre perpétré par la 10e compagnie (vingt-sept victimes civiles, un résistant tué en action, quatre blessés).

L’action de quatre compagnies du 3e bataillon du 3e régiment Deutschland de la division Das Reich en Haute-Garonne et en Ariège le 10 juin 1944 :

À partir du 10 juin 1944, quatre compagnies (environ six cents hommes) du 3e bataillon du 3e régiment blindé de grenadiers Deutschland de la division Das Reich commandé par le lieutenant-colonel SS Günther-Eberhard Wisliceny — cantonnées pour la plupart au sud de Toulouse, le long de l’axe reliant cette ville à Foix et aux frontières espagnole et andorrane autour de Vernet et Auterive (Haute-Garonne) ou dans la proche vallée de la Lèze, affluent de l’Ariège —, la 9e (sous-lieutenant Philipp, muté le 4 juin à Castelmaurou (Haute-Garonne) et remplacé par le sous-lieutenant Seibert), la 10e (lieutenant Gross), la 11e (capitaine Hollmann) et la 12e (capitaine Hans Eckert) compagnies furent chargées de s’attaquer aux maquis du piémont pyrénéen de l’Ariège, de la Haute-Garonne et de la partie occidentale des Hautes-Pyrénées. Le commandant SS Helmut Schreiber qui était à la tête du 3e bataillon du régiment Deutschland était le responsable des opérations punitives contre les maquis et les populations civiles en Haute-Garonne, Ariège et Hautes-Pyrénées.

Les 9e, 10e, 11e et 12e compagnies du 3e bataillon du régiment SS Deutschland de la division blindée SS Das Reich ont quitté les villages où elles stationnaient, au sud de Toulouse. Leur mission de destruction de maquis et de répression des populations civiles commença au petit matin.
Arrivée à Boussens (Haute-Garonne), la 10e compagnie bifurqua vers le sud après avoir traversé la Garonne et perpétra le massacre de Marsoulas. La plupart des habitants de Betchat eurent le temps de s’enfuir, peut-être alertés par les bruits provenant de Marsoulas situé à moins d’un kilomètre. Des maisons furent brûlées et pillées. Un agriculteur de soixante-six ans, Jean-Marie Joubé fut abattu devant la porte de son domicile au lieu-dit le Clouzet. Le charron, Jean-Marie Rives, soixante-neuf ans, fut mortellement atteint par des balles des SS alors qu’il se dirigeait vers son étable en feu afin de sauver ses vaches. Enfin, vers dix heures, un résistant du maquis de Betchat, Pierre Sirgant fut tué devant la grange Bouin où il était chargé de garder des prisonniers allemands capturés deux jours plus tôt à Laffitte-Toupière (Haute-Garonne), près de Saint-Martory (trois soldats et un officier ingénieur) lors d’un coup de main du maquis contre un chantier de forage de la Régie autonome des pétroles.

Auparavant, la 11e compagnie, laissa la RN 125 et emprunta la RD 6. Elle traversa Cazères vers six heures trente minutes où elle ne découvrit aucun suspect dans un village où le samedi 10 juin était un jour de marché.. les réfractaires et les maquisards étaient tous absents de leurs domiciles. Elle poursuivit sa route vers Saint-Michel (Haute-Garonne) où les Allemands perquisitionnèrent, arrêtèrent des maquisards, en affrontèrent d’autres, laissant au bout du compte six victimes, maquisards ou civils. La colonne formés par la 11e compagnie poursuivit ensuite vers Fabas (Ariège) où ils procédèrent à nouveau à des fouilles et des perquisitions . Ils laissèrent cependant une victime. La jeune Polonaise de dix-sept ans, Regina Matulewicz gardait des vaches. Ne comprenant pas l’allemand et parlant peu le français, elle fut mortellement atteinte par des balles tirées à distance par des SS.

La colonne poursuivit sa route et passa à Mercenac (Ariège) où elle abattit deux Espagnols résidant à Taurignan-Castet (Ariège), commune limitrophe à la fois de Betchat et de Mercenac. Le premier, Vincent Garavis, âgé de vingt-trois ans était membre du maquis de Betchat (FTPF), alors que le second, Ricardo Brotons, trente-neuf ans, était un « civil ». Les deux victimes furent fusillées vers 14 h dans un champ de blé, près de la route de Mercenac. Deux autres hommes, Robert Henri et Frédéric Comminges également capturés et devant être fusillés avec Brotons et Garavis, réussirent à s’enfuir. Les Allemands se livrèrent à des pillages de maisons à Mercenac et à Taurignan-Castet. Dans une fiche manuscrite, Claude Delpla a signalé que les SS venaient de Pinsaguel (Haute-Garonne) à la confluence de la Garonne et de l’Ariège. Toutefois, si Guy Penaud mentionne Pinsaguel parmi les communes du sud de Toulouse où les diverses compagnies du régiment Deutschland avaient leur garnison, il n’évoque jamais les quatre compagnies impliquées dans les massacres du 10 juin, signalant cependant (op.cit, p. 37) qu’elle rde cantonnement à une partie du groupe anti-chars de la division. La 11e compagnie poursuivit son équipée en se dirigeant vers Betchat où la 10e était déjà intervenue, abandonnant sur le terrain les trois victimes évoquées plus haut.. Elle se dirigea ensuite vers le bois de Pentens (commune de Martres-Tolosane) où les diverses composantes de la colonne initiale devaient se regrouper et où, le soir, furent abattues six autres victimes : parmi elles Joseph Roumens, trente-six ans, domicilié à Fabas (Ariège) dont ils s’étaient emparés à Bidoune (Fabas) alors qu’il se rendant à son travail à Boussens (Haute-Garonne).
Le lendemain, la colonne allemande pénétra en Bigorre (Hautes-Pyrénées), tuant vingt-six personnes à Bagnères-de-Bigorre, vingt à Pouzac et treize à Trébons. Le 12 juin, de retour, en Haute-Garonne, neuf personnes furent massacrées à Bonrepos-en-Aussonnelle et huit à Saint-Lys.
En Ariège, à l’est du Couserans, la 10e compagnie du 3e bataillon du régiment Deutschland division Das Reich intervint à nouveau, le 26 juin, à Justiniac, à la limite de la Haute-Garonne ; six résistants y furent exécutés sommairement.

Bilan des opérations allemandes en Couserans (Ariège) le 10 juin 1944 :

Au total, les 10e et 11e compagnies du 3e bataillon du régiment Deutschland de la division blindée SS Das Reich fit six victimes dans son incursion en territoire ariégeois, le 10 juin 1944. Les exécutions ou massacres eurent lieu dans trois communes différentes : Betchat, (10e compagnie) Fabas et Mercenac (11e compagnie). Dans le cadre de ces opérations contre le maquis de Betchat, un autre résidant en Ariège, fut exécuté sommairement au bois de Pentens à Martres-Tolosane en Haute-Garonne.
Parmi les victimes, trois étrangers : deux Espagnols et une Polonaise.

Membres du maquis FTPF de Betchat :

GARAVIS Vincent à Mercenac
SIRGANT Pierre à Betchat

Victimes civiles :

BROTONS Ricardo à Mercenac
JOUBE Jean-Marie à Betchat
MATULEWICZ Regina à Fabas
RIVES Jean-Marie à Betchat.

ROUMENS Jules, résidant en Ariège, exécuté en Haute-Garonne à Martres-Tolosane

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Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article218344, notice Betchat, Fabas, Mercenac (Ariège), victimes de la division SS Das Reich en Couserans, 10 juin 1944 par André Balent, version mise en ligne le 8 août 2019, dernière modification le 4 novembre 2019.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla, notes manuscrites de Claude Delpla. — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 514 p. [pp. 565-566]. — Michel Goubet, « La répression allemande et milicienne dans la vallée du Salat et aux alentours. 10 et 11 juin 1944 » et « Le massacre de Marsoulas » in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la Résistance intérieure), 2099. — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. [pp. 375-376, 382-383, 520-521, 539. — MemorialGenWeb consulté le 1er août 2019.

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