DIALLO Moussa Para

Par Marie-Christine Allart

Bibliographie :

Diallo Moussa Para, Vogel Jean, L’Afrique qui réussit : vie et combats d’un leader paysan guinéen, Ed. Syros, 1996, 221 p.
Diallo Moussa, L’expérience de la Fédération des Paysans du Foutah Djallon dans l’insertion socio-professionnelle des jeunes , Editions universitaires européennes, 2018, 64 p.

Né en 1955 dans une famille peule de Timbi Madina, dans le Fouta Djalon, il est le fils d’un marabout, un guide religieux musulman, qui veille à son éducation morale. Il est plus connu sous son surnom Para qui lui a été attribué pendant son enfance en raison de son agilité à sauter dans les arbres avec des lianes. Parallèlement à l’école coranique, il suit un enseignement laïc. Après l’obtention de son certificat d’études à Pita, il intègre le collège d’enseignement révolutionnaire de Timbi Madina où une grande partie de la scolarité consiste à cultiver des champs, puis le lycée, et, après l’obtention du Bac, fait un premier degré de faculté d’agronomie. Il échoue au passage en second degré et, refusant de doubler, il ruine ses chances de devenir ingénieur agronome mais peut devenir conseiller technique d’agriculture. Parallèlement à ses études puis à son travail, il se lance avec succès dans des activités lucratives : suivi de chantiers pour des émigrés, fabrication de briques, de baguettes de pain, commerce de produits importés… Il contribue ainsi à l’emploi de nombreuses personnes et fait la preuve de ses qualités de gestionnaire. Il devient un personnage reconnu malgré son jeune âge et assoie sa réputation par un mariage en 1985 et la naissance de quatre fils. Le retour à l’économie de marché l’encourage à s’intéresser à la culture de la pomme de terre. A partir de 1987, il s’investit dès le départ dans un petit projet lancé grâce au FAC, le fonds d’aide de la coopération, à Timbi Madina. Bénéficiant du soutien d’organisations paysannes telles l’AFDI ( Agriculteurs français et développement international) convaincues que les échanges entre les paysans-du Nord et du Sud permetent à travers une solidarité professionnelle d’être plus efficaces, ce projet a donné naissance en 1992 à une Fédération des paysans du Fouta Djalon, la FPFD, qui souhaite structurer ses adhérents autour de deux objectifs : l’augmentation et la diversification des revenus des paysans ainsi que l’organisation, la représentation du monde rural. L’activité phare en est la culture de la pomme de terre. Elu président de la FPFD, il impulse son développement (plus de 30 000 adhérents en 2015, presque 35 000 en 2018) et étend son action à des domaines complémentaires : formation, santé, installation des jeunes…
Il est co-auteur avec Jean Vogel d’un livre publié en 1996 intitulé L’Afrique qui réussit : vie et combat d’un leader paysan guinéen, puis auteur en 2019 de L’expérience de la Fédération des Paysans du Foutah Djallon dans l’insertion socio-professionnelle des jeunes. Dès l’origine, cet homme charismatique affirme ses idées : une agriculture moderne qui puisse nourrir la population dans le respect de l’environnement et des valeurs sociales, un développement qui implique fortement les paysans et qui ne repose pas obligatoirement sur des financements très conséquents, des paysans qui prennent la parole et qui sont écoutés. Il fait preuve d’une capacité d’entrainement et se présente comme une locomotive : « Si je peux le faire, tu peux le faire ». Son modèle de développement alternatif s’appuie sur l’autonomie des paysans à tous les stades de la production et sur une communication active pour entretenir des relais institutionnels et médiatiques.
Déjà connu au niveau national par ses actions et revendications, en 2000, il participe comme membre fondateur à la création du Conseil national des organisations paysannes de Guinée qui devient en 2004 la Confédération nationale des organisations paysannes de Guinée (CNOPG) et dont il est le président. Il est aussi membre du conseil d’administration du ROPPA, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest, fondé en 2000 dont l’objectif principal est de promouvoir et défendre les valeurs d’une agriculture paysanne performante et durable au service des exploitations familiales. De ce fait, il appartient également aux instances du PAFO, Organisation panafricaine des agriculteurs, un regroupement des cinq organisations régionales de l’Afrique créé en 2008 pour faire face à la mondialisation. Ce porte-parole des paysans se préserve d’afficher une couleur politique car des changements politiques risqueraient de compromettre l’avenir de la FPFD. Il a été amené, de par son expérience à la tête de la Fédération, à témoigner de nombreuses fois sur les questions du commerce international pour l’agriculture, notamment sur la nécessité de la protection des marchés, et il participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision en Afrique comme en France. Il est aussi un interlocuteur privilégié des autorités françaises sur cette question. Sur proposition de l’ambassadeur de France en Guinée et de l’AFDI, il a été décoré en juillet 2012 à Timbi Madina de la croix de Chevalier de l’ordre du Mérite agricole par le Ministère français de l’Agriculture, de l’Agroforesterie et de l’Environnement.

Fonctions :

- 1976-1985 : Fonctionnaire avec plusieurs postes dans l’administration locale à Timbi-Madina.
- 1987- 1992 : Participation à la structuration du monde paysan à Timbi Madina. Au cours de cette période, il occupe les postes de président de groupement, de l’union et enfin du bureau de la Fédération des Paysans du Fouta-Djalon
- Membre du conseil économique et social sous le régime de Lansana Conté
- Membre du bureau exécutif du réseau sous régional des OP de l’Afrique de l’Ouest pour le ROPPA depuis 2000
- Vice-président du patronat chargé des questions agricoles depuis 2017
- Membre du Conseil National de Transition (CNT) dans la commission CENI.

Mandats électifs :

Président de La FPFD : élu en 2011, réélu en 2015 et en 2018.
Président de la CNOP-G : élu en 2004, réélu en 2009, en 2014 et en 2018.

Participations

1993 :
- à la Conférence internationale de la pomme de terre à Paris.
1996
- à la conférence Europe-Afrique à Annecy organisée par ASPEN France.
- au Salon de l’Agriculture de Paris.
1998
- à la réunion des OP sur la désertification en Afrique de l’Ouest.
- à la réunion Europe-Afrique sur la mondialisation organisée par ASPEN à Annecy.
- à la mise en place de la filière maraîchère aux Iles Comores.
- à la table ronde aux Journées Nationales AFDI.
- à la campagne de carême du CCFD représentant les paysans guinéens.
2000 :
- à l’atelier des OP de l’Afrique de l’Ouest en tant que modérateur ce qui a débouché sur la mise en place du ROPPA.
- à la mise en place du Conseil National des organisations paysannes de Guinée.
- à la table ronde du congrès de la FNSEA à Strasbourg en tant que porte-parole des paysans du Sud.
- aux Journées Nationales AFDI au nom des paysans du sud.
- à la conférence d’Annecy sur l’intégration régionale organisée par ASPEN France.
- à un groupe de discussion à Genève sur le thème de « la promotion de l’emploi » dans le cadre du suivi des décisions prises à Copenhague lors du sommet mondial du développement social en 1995.
2002
- à la conférence de lancement du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) à Dakar coprésidé par quinze chefs d’Etat.
- à la conférence d’Accra sur le thème « pour une meilleur approche du développement » organisée par le club du SAHEL coprésidée par deux chefs d’Etat.
- à la conférence mondiale sur l’alimentation organisée par la FAO à Rome.
- à la conférence Europe/Afrique sur le thème « la contribution du secteur privé dans la mise en œuvre du NEPAD » organisée à Annecy par ASPEN France.
2003 :
- à des réunions de syndicats agricoles du Nord et du Sud en France, en Belgique et aux Pays-Bas.
- à la réunion de concertation entre la FNSEA, les OP du Sénégal et de la Guinée à Dakar.
- aux réunions du ROPPA et du PADCLA (Plateforme d’appui au développement et à la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest et du Centre) à Ouagadougou.
2004 :
- à la réunion de relance du dialogue entre l’Etat Guinéen et la société civile.
- à la réunion « NEPAD agriculture » en Guinée en tant que Président de la commission agriculture.
- à la conférence Europe/Afrique sur le thème « les nouvelles règles du commerce. internationale et leur impact sur l’Afrique » organisée à Annecy par ASPEN France.
2006 :
- au colloque organisé par FARM (Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde). sur les questions de politique agricole en Europe et dans les pays en développement.
2007 :
- au 2ème colloque international de Ouagadougou entre l’Afrique, la France et l’Europe sur les sentiers de l’avenir organisé par la fondation pour l’innovation politique.
- au pilotage de la négociation avec l’Etat sur l’arrêté d’interdiction d’exportation des produits agricoles.
2008 :
- à la conférence Europe/Afrique sur le thème « l’Afrique émergente face aux défis de sa croissance » organisée à Annecy par ASPEN France.
- à la conférence Chine/Afrique sur l’Agriculture organisée à Bamako.
2009 :
- à l’Assemblée générale de la section Nord pour la sélection des variétés de pomme de terre.
- à la première table ronde des partenaires de la FPFD à Paris.
- à l’atelier régional sur l’exécution des projets FIDA (Fonds international de développement agricole) en Afrique de l’Ouest et du Centre.
- Réélu président de la confédération nationale des organisations paysannes de Guinée .
2010 :
- à la rencontre ROPPA/CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) sur le financement de l’Agriculture en Afrique de l’Ouest.
2011 :
- à l’organisation de la 2ème table ronde des partenaires de la FPFD à Timbi Madina.
- à la 26ème rencontre des milieux économiques et sociaux ACP-UE à Bruxelles.
2012 :
- à une rencontre avec une rencontre-débats avec Bill Gates à Rome en tant que porte-parole des producteurs agricoles africains.

Récompenses :

1996 : Premier Prix de la réussite Agricole en Guinée.
1996 (août) : Prix de la Réussite Agricole décerné par Guinéa Business Marketing (G.B.N.) et CHETIBA Promotion Agency pour sa contribution au développement de son pays à travers son activité et sa fonction.
2007 : Prix du meilleur producteur agricole.
2007 (octobre) : Diplôme d’honneur décerné à l’occasion de la Campagne TELEFOOD GUINEE 2006 organisée par les ministères de l’Agriculture, de l’Elevage, de l’Environnement et des Eaux et Forêts et de l’Economie, des Finances et du Plan pour sa contribution à la lutte contre la faim et la malnutrition en tant que président de la CNOP-G
2012 (mars) : Satisfecit signé et remis par le Président de la République pour les efforts investis dans la production agricole durant la campagne 2011- 2012.
2012 (juillet) : Croix de Chevalier de l’ordre du Mérite agricole décerné par le Ministère français de l’Agriculture, de l’Agroforesterie et de l’Environnement.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article211780, notice DIALLO Moussa Para par Marie-Christine Allart, version mise en ligne le 12 février 2019, dernière modification le 13 février 2019.

Par Marie-Christine Allart

Né en 1955 à Timbi Madina en Guinée dans le Fouta-Djalon. Conseiller technique agricole et leader paysan. Il est président de la Fédération des paysans du Fouta Djalon (FPFD) depuis sa création en 1992, membre fondateur et président du Conseil national des Organisations paysannes de Guinée (CNOPG) depuis 2000, membre du conseil d’administration du Réseau des Organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), et de l’Organisation panafricaine des Agriculteurs (PAFO) depuis sa création en 2008.

Sources :
Allart Marie-Christine, « Des paysans reconnus en Guinée et en France : les producteurs de pommes de terre des Timbis s’organisent », Revue Tiers Monde, Paris, PUF, 2001, p. 693-704.
Allart Marie-Christine, « Des paysans reconnus : la réussite d’un groupement de producteurs du Fouta Djalon, du local à l’international » dans Systèmes agraires en crise, insécurité alimentaire et résistances paysannes. Quelles voies pour un authentique développement durable ? Ibrahim Muhammed Saadaoui, Editions universitaires européennes, 2016, p. 171- 199.
Echanges avec Moussa Para Diallo.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément