CONRAUD Jean-Marie, Georges

Par Françoise de Bricourt

Né le 30 août 1928 à Dogneville (Vosges), mort le 21 août 2019 en Meurthe-et-Moselle ; menuisier, manœuvre en filature, puis formateur ; militant jociste, permanent de la JOC (1948-1951) ; syndicaliste CFTC-CFDT, permanent syndical (1954-1974), secrétaire général de l’UD des Vosges (1962-1964), puis secrétaire de l’Union régionale de Lorraine CFDT (1964-1974), membre du bureau confédéral CFDT (1970-1974) ; militant du PS (1976-1983).

Jean-Marie Conraud en 1949
Jean-Marie Conraud en 1949
[Coll. privée J.-M. Conraud]

Aîné d’une famille de neuf enfants, Jean-Marie Conraud naquit dans le petit village vosgien de Dogneville. Ses parents étaient catholiques pratiquants sans engagement syndical ou politique. Son père, qui exerçait la profession de maréchal-ferrant, fut toutefois à l’initiative et responsable d’une association familiale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Sa mère restait au foyer. Dans sa jeunesse, Jean-Marie Conraud fit partie de quelques mouvements religieux. En 1940, il anima quelque temps une petite équipe de scouts de France. La même année, il obtint son certificat d’études primaires et poursuivit sa scolarité qu’il interrompit en milieu d’année de la classe de quatrième. À la poursuite des études, il préférait le travail manuel. Il commença par seconder son père dans la forge avant d’entreprendre, en 1943, un apprentissage de menuisier qui lui permit d’obtenir un CAP en juin 1947.

Jean-Marie Conraud avait découvert la JOC en 1946. Il démarra alors une section de ce mouvement dans son village natal. Rapidement, on le sollicita pour d’autres responsabilités. Ainsi, en 1947, on lui confia la charge de président fédéral chargé de suivre et de coordonner toutes les sections jocistes de la fédération d’Épinal. En 1948, à la demande de la direction des mouvements d’Action catholique des Vosges, il quitta son travail de menuisier pour devenir permanent à plein-temps chargé cette fois de toutes les sections jocistes du département. En 1949, dispensé de service militaire comme soutien de famille, il remplaça Eugène Descamps comme responsable de la province jociste de l’Est qui regroupait alors la Lorraine, l’Alsace et le département des Ardennes. Au secrétariat de la JOC, il assuma pendant un temps la charge de la branche « Jeunes » (17-20 ans). Ces responsabilités devaient lui apprendre à observer, à analyser, à traduire ses analyses en actes, mais également à s’exprimer et à organiser des actions collectives, tout en découvrant un monde ouvrier qu’il connaissait assez mal en raison de ses origines. Il mit fin à son mandat de permanent jociste en septembre 1951 pour épouser Simone Tihay, militante de base de la JOCF dans une manufacture de chaussons. Ils eurent six enfants.

Ses engagements de jeunesse rendant difficile son embauche dans une entreprise vosgienne, il était sur le point de s’installer dans une autre région quand finalement, à la veille de son mariage, on lui proposa un emploi de manœuvre à la filature de l’Abbaye à Senones (Vosges), dans la vallée industrielle du Rabodeau. En juillet 1952, il créa un syndicat CFTC dans cette entreprise au paternalisme particulièrement pesant. Il y fut élu successivement délégué du personnel, délégué au comité d’entreprise, puis délégué au comité central d’entreprise. À partir de 1953, secondé par Pierre Vauthier*, il suscita la création de syndicats CFTC dans les autres usines de la vallée. Pour remplacer le tract syndical traditionnel et assurer un lien entre ces nouveaux syndicats il mit au point un petit journal illustré et ronéoté : Le Rabodeau textile.

Remarqué par les responsables départementaux dans la conduite d’une grève de trois semaines à l’usine de l’Abbaye en septembre 1953, il se vit confier de nouvelles responsabilités. D’abord membre du conseil de l’UD-CFTC des Vosges, puis secrétaire adjoint en 1955, il devint secrétaire général en 1962. Il avait entre-temps quitté son emploi à l’usine pour devenir permanent le 1er mai 1954. Une contribution financière volontaire d’une trentaine de militants permit de lui assurer un modeste salaire. Dans cette fonction, il eut pour tâches principales de développer l’organisation, de mettre en place et animer des activités de formation et de soutenir les conflits du travail. Accédant à ces responsabilités départementales au moment où la loi du 11 février 1950 sur les conventions collectives entrait en application, il participa à de nombreuses négociations, notamment dans la métallurgie, le bâtiment, le papier carton, les carrières et matériaux et les scieries.

Jean-Marie Conraud créa et anima également plusieurs outils d’information à destination des militants et des responsables : La Voix syndicale en 1956, Le Dossier des conseils syndicaux de 1957 à 1961 et, enfin, Nouvelles CFDT à destination des syndicats et Présence CFDT pour les militants à partir de 1961. Au cours de cette période, il représenta la CFDT dans divers organismes économiques et sociaux comme le Comité d’aménagement des Vosges, la Caisse interprofessionnelle de retraite pour les salariés (CIRSEV) en 1956 et l’Assedic de la sidérurgie à Metz en 1959.

Au plan national, il fut élu de 1960 à 1966 au bureau de la Fédération du Bâtiment et des Travaux publics CFTC puis CFDT. Il y fut particulièrement chargé des questions de conditions de travail, de sécurité et de retraite, ce qui le conduisit à siéger au conseil d’administration de l’Office de prévention pour le bâtiment et les travaux publics (OPBBTP) de 1958 à 1963 et à l’antenne régionale de la Caisse nationale de retraite des ouvriers du bâtiment (CNRO).

En 1963, Jean-Marie Conraud songeait à mettre un terme à cette responsabilité de permanent quand les responsables régionaux de la CFTC et Eugène Descamps, secrétaire général de la confédération, lui demandèrent d’expérimenter une structuration régionale de l’organisation en Lorraine, tout en préparant en même temps l’évolution de l’organisation CFTC qui devait devenir CFDT l’année suivante. Cette évolution était contestée en effet par un certain nombre d’organisations de la région, notamment chez les mineurs et dans le secteur de la santé. Dans cette nouvelle fonction, il renforça progressivement la solidarité entre les quatre unions départementales pour aboutir, en 1972, à la tenue du premier congrès de l’Union régionale CFDT de Lorraine dont il fut élu secrétaire général. Au cours de ce mandat régional, les syndicats lorrains eurent à faire face à la profonde restructuration des industries de base de la région : le textile pour commencer, puis le fer, la sidérurgie et le charbon. Il coordonna les actions des syndicats et anima la réflexion sur les solutions à proposer pour que cette mutation profonde ne se fasse pas au détriment des travailleurs lorrains. Il défendit cette position dans un certain nombre d’institutions à caractère économique comme le Comité régional pour l’aménagement du bassin lorrain, la Commission de développement économique régional (CODER) où il siégea avec Walter Païni à partir de 1964 et le Comité économique et social régional qui en prit la suite. De 1967 à 1969, il fut désigné à la section de la production et des échanges du Conseil économique et social national. Et en 1974, il devint membre de ce conseil, siégeant à la section du travail et des relations professionnelles.

Dans sa responsabilité régionale, Jean-Marie Conraud consacra de nouveau une grande partie de son temps à la formation des militants et des cadres syndicaux. Ce qui le conduisit à participer aux travaux de la commission confédérale de formation. En tant que membre de cette commission, il fut conduit à animer plusieurs stages de formation de cadres syndicaux en Afrique : à Madagascar (1969 et 1974), au Zaïre (1970) et en Angola (1976). À Genève, il participa également pendant deux sessions, comme expert des questions de formation, aux travaux du Bureau international du travail (BIT).

Sur le plan de l’information, il donna à partir de 1964 une dimension régionale aux publications syndicales Nouvelles CFDT et Présence CFDT mises en place dans les Vosges quelques années auparavant. Ses responsabilités au niveau de la Lorraine conduisirent Jean-Marie Conraud à se présenter au conseil confédéral, où il fut élu pour la première fois en 1967, puis au bureau confédéral où il siégea de 1970 à 1974. En 1974, après dix années de responsabilité régionale, il demanda à ce que soit mis fin à ses mandats de permanent et de secrétaire général. Il fut alors remplacé par Tony Trogrlic*.

L’importance de la main-d’œuvre étrangère en Lorraine, souvent recrutée sur place par les employeurs des industries lourdes de la région, ouvrait un nouveau champ d’action à Jean Marie Conraud. Opportunément une association nationale, le Comité de liaison pour l’alphabétisation et la promotion (CLAP), cherchait une personne susceptible de mettre en place une délégation de cette association pour l’Alsace et la Lorraine. D’abord destinée à la formation des moniteurs bénévoles d’alphabétisation, cette association, sous sa conduite et le travail de son équipe, élargit progressivement son champ d’action : formation spécifique pour les femmes étrangères, valorisation des cultures d’origine, soutien aux associations de solidarité, insertion des populations immigrées, réflexion sur une société interculturelle... Il participa également aux travaux de la commission régionale pour l’insertion des populations étrangères. Pour sensibiliser à ces problèmes, il créa le bulletin Alpha et promotion à destination des responsables associatifs et des pouvoirs publics.

Jean-Marie Conraud s’impliqua dans l’action politique locale en créant en 1976 une section du Parti socialiste dans sa ville de Seichamps (Meurthe-et-Moselle). En 1977, il fut élu conseiller municipal et assuma également la présidence de la Maison des jeunes en 1978 et 1979. En 1983, il décida de ne pas se représenter et démissionna du PS.

Tout au long de sa vie militante, Jean-Marie Conraud collabora à de nombreuses publications, parmi lesquelles : Le Courrier des œuvres dans les Vosges et l’Équipe ouvrière (bulletin de la branche « Jeunes » de la JOC) pendant ses responsabilités à la JOC ; la Lorraine sociale et Syndicalisme pendant ses mandats syndicaux. Passionné d’histoire, il s’investit après son départ à la retraite dans le sauvetage des archives et de la mémoire syndicale ainsi que dans l’histoire locale et régionale. Ce souci dépassant même la Lorraine puisqu’en 1988, il partit en mission au Brésil pour un travail sur la recherche et la sauvegarde des archives syndicales de l’état de Recife.

En 2007, Jean-Marie Conraud ouvrait un nouveau champ d’action comme bénévole à la prison Charles-III de Nancy (construite sous le Second Em^pire en plein centre de Nancy et fermée dans les années 2000) tout en préparant un ouvrage à caractère historique sur cet établissement pénitentiaire destiné à disparaître.

Jean-Marie Conraud fut également un actif collaborateur du Maitron pour lequel il rédigea de nombreuses notices biographiques de militants de la JOC et de la CFTC-CFDT de l’Est de la France.

Jean-Marie Conraud fut fait chevalier de la Légion d’honneur en 1984.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20528, notice CONRAUD Jean-Marie, Georges par Françoise de Bricourt, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 10 novembre 2019.

Par Françoise de Bricourt

Jean-Marie Conraud en 1949
Jean-Marie Conraud en 1949
[Coll. privée J.-M. Conraud]
Jean-Marie Conraud dans les années 1960
Jean-Marie Conraud dans les années 1960
[Coll. privée J.-M. Conraud]
Jean-Marie Conraud dans les années 1980
Jean-Marie Conraud dans les années 1980
[Coll. privée J.-M. Conraud]

ŒUVRE : Collaboration aux publications citées dans la notice. — Militants au travail : CFTC et CFDT dans le mouvement ouvrier lorrain (1890-1965), Nancy, Presses universitaires de Nancy et Serpenoise, 1988, 365 p. — Tony Trogrlic : la Lorraine dans la tête, UR Lorraine CFDT, 1989, 156 p. — Dogneville, berceau d’Épinal, chez l’auteur, 1990, 85 p. — Ces hommes venus d’ailleurs, chez l’auteur, 1991, 153 p. — Dogneville, les mots et les images, chez l’auteur, 1992, 93 p. — Les Raisins de la galère, 1993, 173 p. — Plaidoyer pour les archives syndicales : assises de la mémoire ouvrière, Archives départementales de la Moselle, 1995, 50 p. — André Durand, chez l’auteur, 2002, 189 p. — Sois fier ouvrier. Quatre années avec les jeunes travailleurs, 1947-1951, chez l’auteur, 2003, 76 p. — Une mosaïque de militants CFTC-CFDT en Lorraine, chez l’auteur, 2004, 176 p. — Le Développement de l’Union départementale des Vosges CFTC-CFDT en Lorraine, chez l’auteur, 2004, 66 p.

SOURCES : Arch. JOC (secrétariat général), fichier des permanents (Éric Belouet). — Presse régionale. — Témoignage de l’intéressé.

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