COMBEAU Paul, Jean

Par André Balent

Né le 1er mars 1893 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), mort le 29 mars 1978 ; instituteur ; dirigeant du Parti communiste des Pyrénées-Orientales jusqu’en 1938 ; animateur de la vie culturelle départementale.

[Arch. familiales, reprod. Paul-José Combeau, fonds André Balent]

Jusqu’en 1914, Paul Combeau vécut dans sa maison natale, 26 rue Arago, dans le quartier populaire de Saint-Mathieu à Perpignan. Son père, Martin, Pierre, Jean Combeau, originaire de ce quartier ouvrier, ouvrier charron, s’était reconverti, à la suite d’un accident du travail, comme aiguiseur en soie ambulant dans Perpignan. Sa mère, Eugénie, Marie-Anne Mitja, née à Borrassà (Province de Gérone, Espagne), village de l’Ampourdan, région voisine du Roussillon, venue à Perpignan à l’âge de douze ans, avec sa sœur aînée, s’était placée comme bonne puis comme femme de ménage.

Paul Combeau poursuivit ses études à l’EPS de Perpignan, puis à l’École normale d’instituteurs de la ville. En 1913, il préféra aller à Séville où il devint professeur de français dans un cours privé. Fréquentant les milieux universitaires de la capitale andalouse, il développa un goût pour la poésie ibérique contemporaine qui ne le quitta jamais. Il suivit des cours de l’Université de Séville de 1912 à 1914, dans la perspective de devenir professeur d’espagnol.

Mobilisé en 1914, Paul Combeau, gravement blessé à la bataille de la Somme, fut réformé. Il épousa à Collioure, le 23 décembre 1916, Éva Banyuls, fille d’un membre influent de la minorité protestante de la commune – formée de marins nouvellement convertis et volontiers ouverts aux idées avancées –, Joseph Banyuls. Il demeura très lié avec le frère de son épouse Marceau Banyuls, futur maire socialiste SFIO de Collioure de 1935 à 1940 et de 1948 à 1953, élu en septembre 1945, conseiller général SFIO du canton d’Argelès-sur-Mer. Dans son autobiographie, rédigée le 10 février 1938, il ne signale jamais les convictions religieuses et l’affiliation politique des membres de sa belle-famille.

Le mariage religieux eut lieu au temple réformé de Collioure. Si Paul Combeau était athée, sa femme demeura attachée à l’Église réformée et les enfants reçurent l’instruction religieuse. Combeau fut enterré religieusement selon les rites de cette Église réformée. Le couple eut deux enfants, Irène née en 1920 et Paul-José, né en 1924.

Son mariage scella, pour Paul Combeau un attachement définitif et un dévouement sans failles pour Collioure. Il y fonda une coopérative d’alimentation dont il fut administrateur et participa activement à la vie de la coopérative viticole. Instituteur à Collioure, sauf en 1919-1920 où il assura la direction du commerce de vins de sa belle-mère, il fut, en 1934, muté à l’école Paul-Bert à Perpignan. Il revint, pendant la Seconde Guerre mondiale, vivre à nouveau à Collioure.

En 1919, à l’issue des élections municipales, Paul Combeau, candidat sur une liste d’Anciens combattants, fut élu adjoint au maire de la commune.

Paul Combeau adhéra au Parti communiste en 1925 (selon les archives du RGASPI). Depuis septembre 1924, un groupe communiste existait à Collioure, petit port peuplé de pêcheurs-vignerons, où, depuis le début du siècle, venant de Céret, de nombreux artistes français et étrangers, influencés par le cubisme, élisaient temporairement domicile. Paul Combeau lui-même manifesta toujours un vif intérêt pour les arts et notamment pour la peinture. Il publia, dans diverses revues, des articles sur les arts et plus particulièrement les peintres qui fréquentaient Collioure. Un rapport du chef de la brigade de gendarmerie de Port-Vendres, Carcenac, daté 12 septembre 1924 et adressé au préfet des Pyrénées-Orientales nous apprend qu’un groupe communiste existait alors à Collioure. Il s’était réuni en présence de Pierre Pacouil*, un des dirigeants départementaux du Parti communiste. À cette réunion, assistaient, selon ce rapport de gendarmerie : Paul Combeau, 31 ans, instituteur à Collioure, Paul Colomer, 43 ans, gérant de coopérative à Collioure, Pierre Pingenet, 33 ans, ouvrier à l’usine de dynamite de Paulilles et résidant à Collioure, Simon Mondzain, né le 15 octobre 1888 à Lublin (Pologne) naturalisé français en 1923, en villégiature à Collioure et Madame Mutermilck [erreur d’orthographe du patronyme], artiste peintre née à Varsovie (Pologne) le 26 avril 1880 [erreur du gendarme, en fait 1876], en villégiature à Collioure. (Il s’agit de Maria Melania Mutermilch née Klingsland (1876-1967) — connue comme Méla Muter, son nom d’artiste —, qui fut l’amie et la compagne de Raymond Lefebvre entre 1917 et 1920.) La composition de ce groupe auquel appartenait alors Paul Combeau est très révélatrice de la physionomie de Collioure. La présence d’étrangers à Collioure était chose si courante que, dès le 24 juillet 1924, lors d’un meeting du Parti communiste à Collioure, André Marty était assisté de Gladis Reedcook, militante du Parti communiste britannique, expulsée d’Espagne et momentanément installée à Collioure (rapport du commissaire spécial de Cerbère au préfet, daté 24 juillet 1924).

Passionné de cinéma, Paul Combeau anima, dès 1934, dans le cadre de l’Association des Amis de l’URSS, un ciné-club militant qui diffusa, à Perpignan et dans d’autres localités du département, le cinéma soviétique. Grâce à Cyprien Lloansi, il connut, en 1937, Claude Aveline puis André Malraux* qui séjournait dans les Pyrénées-Orientales où il travaillait à la rédaction de L’Espoir. À la suite de ces contacts, il participa avec Lloansi* et d’autres intellectuels de gauche locaux à la création d’une « Maison de la culture ».

Paul Combeau, secrétaire de la cellule communiste de Collioure, fut un des dirigeants communistes dans le département. Aux élections législatives des 12 et 19 avril 1928, candidat dans la circonscription de Céret, il obtint 2 106 voix au premier tour et 1 561 voix au second. Il fut également candidat à une élection cantonale, le 14 octobre 1928, à Argelès-sur-Mer (164 voix au second tour).

Après une première exclusion (dans l’autobiographie demandée par le parti, Paul Combeau dit qu’il n’a pas repris sa carte, à cause du sectarisme du parti, mais demeurait sympathisant) du Parti communiste en 1930, Paul Combeau réintégra ses rangs en 1935. Mais le groupe communiste de Collioure s’était désagrégé. Peu après sa réadhésion, il fut candidat communiste aux élections sénatoriales d’octobre 1935. Le 14 juillet 1935, à l’occasion du Rassemblement populaire départemental, place Arago à Perpignan, il prit la parole au nom des Amis de l’URSS.

Paul Combeau fut à nouveau candidat du PC à une élection cantonale, en 1937, dans le canton d’Argelès-sur-Mer.

Rédacteur du Travailleur Catalan, l’hebdomadaire du Parti communiste, fondé en août 1936, il faisait partie du comité de la région catalane du Parti communiste, membre de la commission d’organisation désignée en janvier 1938. Mais les envoyés de la direction indiquaient qu’il avait peu d’activité pour le Parti communiste. Pourtant, il fit, pendant l’été 1936, un voyage en URSS. Il devint l’ami de Gabriel Peri avec qui il entretint des relations assidues et amicales, y compris après son exclusion du parti. Gabriel Peri lui fit part de ses états d’âme et osa des confidences politiques. Paul Combeau fut par ailleurs soupçonné de trotskysme et n’était guère apprécié par André Marty, ainsi que le montrent les archives du Komintern. En effet, un rapport de l’IC (sans doute rédigé par André Marty, décembre 1937) le considérait comme étant « complice » d’un « réseau fasciste et trotskyste actif, côté français, le long de la frontière avec la Catalogne » : il s’agissait, selon toute vraisemblance, du comité de solidarité avec le POUM dissous mis en place à Perpignan par les pivertistes locaux et auquel participaient des instituteurs syndicalistes, avec qui Paul Combeau, tout comme Louis Torcatis*, demeurait en relations en dépit des directives du parti. Ce même rapport dénonçait également l’implication, dans ce « réseau » de sa femme « violemment anticommuniste » et celle de son beau-frère socialiste, Marceau Banyuls. Ses relations avec Gabriel Peri y étaient également évoquées.

Paul Combeau, après son refus de participer à la grève générale du 30 novembre 1938, fut exclu du Parti communiste le 3 décembre 1938. Son exclusion provoqua des remous au sein de la Région catalane du Parti communiste.

Militant de la Fédération unitaire de l’Enseignement, Paul Combeau fut un moment, ainsi qu’il l’écrit dans son autobiographie, son secrétaire départemental. D’autres sources indiquent qu’il fut l’un des responsables de son bulletin départemental, L’Action syndicaliste. Dès les années 1923-1924, il avait tenté de mettre à profit l’existence du groupe informel des jeunes instituteurs affiliés à la FUE pour recruter pour son parti. Il fut, de janvier 1926 à mai 1933, avec Michel Noé, le gérant de L’Action syndicaliste, le bulletin mensuel du syndicat (unitaire) des membres de l’enseignement laïque des Pyrénées-Orientales. Les instituteurs communistes furent toujours minoritaires au sein de la section des Pyrénées-Orientales de la FUE. Après la réunification, il milita au sein du Syndicat national des instituteurs (SNI). En 1937, il siégeait au conseil syndical départemental.

Paul Combeau fut aussi un des premiers animateurs de « L’École moderne » dans les Pyrénées-Orientales et connut personnellement Célestin Freinet.

En 1939, Paul Combeau fut mobilisé à Mont-Louis (Pyrénées-Orientales) avec le grade d’adjudant. À la rentrée scolaire de 1940, il fut initialement muté, à titre disciplinaire, à l’école de la mine du Puymorens (commune de Porté, Pyrénées-Orientales), isolée à plus de 2 000 m d’altitude. Ayant refusé, l’administration se contenta d’un déplacement plus avantageux à Ille-sur-Têt. Dans cette petite ville roussillonnaise, il eut des contacts avec un organisateur de filière de passages en Espagne. Ne voulant enseigner aux ordres d’un gouvernement dont il réprouvait la politique éducative, il quitta l’enseignement, s’installa à Collioure et dirigea, avec un de ses beaux-frères les « caves de la veuve Banyuls » (sa belle-mère).

Son fils, Paul-José qui, afin d’échapper au STO, travailla en 1944 en Conflent et Cerdagne sur un chantier de travaux hydroélectriques pour le compte de la société « Conduites et poteaux en ciment armé », entra en contact avec la Résistance locale et connut alors quelques-uns de ses membres, en particulier Antoine Cayrol et le charismatique guerrillero Josep Mas i Tió* qui l’impressionna beaucoup. Avec les FFI locaux et les guerrilleros de l’UNE, il occupa la citadelle de Mont-Louis et le poste frontière de Bourg-Madame. C’est donc Paul-José Combeau, et non Paul Combeau, qui figure sur les photographies de l’automne 1944 en Cerdagne et mal légendées dans un ouvrage de référence.

Après la Libération, Paul Combeau participa très activement à la création du comité départemental (130 membres en 1945) de l’Union nationale des Intellectuels dont il fut l’un des administrateurs avec son ami Cyprien Lloansi. Ami de Fernand Gély, militant communiste perpignanais, il accepta de participer, à l’automne 1944, à la remise en route de France-URSS, sans toutefois solliciter une nouvelle adhésion au PC dont il se détacha bientôt pour se rapprocher de la SFIO.

En octobre 1947, toutefois, candidat socialiste SFIO aux élections municipales à Perpignan, Paul Combeau ne fut pas élu. Mais s’il conserva des amitiés parmi les socialistes, il se détacha de la vie politique et militante, et, dans sa commune d’adoption, il s’occupa des vignes familiales et du commerce des vins du cru « Banyuls ».

Paul Combeau manifestait toujours un intérêt pour la peinture et les arts en général. Il n’eut pas le temps de connaître le grand poète espagnol Antonio Machado qui, épuisé et malade, mourut à Collioure le 22 février 1939, lors de la Retirada des républicains espagnols : pourtant son beau-frère, maire de Collioure, l’avait alerté. Après la Libération, Paul Combeau participa aux activités des « Amis de Machado » et contribua à maintenir vivant son souvenir à Collioure (où fut enterré le poète), participant aux nombreuses manifestations organisées à Collioure, Perpignan ou ailleurs en France.

Paul Combeau participa activement à la vie culturelle du département, adhérant à la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales et publiant dans son bulletin.

Dans les années 1950 et au début des années 1960, Paul Combeau fut président du Syndicat d’initiative de Collioure et, dans ces fonctions, accompagna l’important développement touristique de la commune.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20447, notice COMBEAU Paul, Jean par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 1er février 2019.

Par André Balent

[Arch. familiales, reprod. Paul-José Combeau, fonds André Balent]
Paul Combeau en 1939 ou 1940
Paul Combeau en 1939 ou 1940
[Arch. familiales, reprod. Paul-José Combeau, fonds André Balent]

ŒUVRE CHOISIE : « La vie et la mort en exil d’Antonio Machado », Bulletin de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales [BSASL], LXXIV, Perpignan, 1959, p. 141-150 ; « Collioure (1918-1960). Anecdotes et souvenirs », BSASL, XXV, Perpignan, 1960, p. 123-135 ; « Gustavo Adolfo Becquer, poète romantique espagnol », BSASL, LXXVI, Perpignan, 1961, p. 171-177 (article avec quelques éléments autobiographiques).

SOURCES : RGASPI, 517, 1, 1894 (transmis par J. Girault) ; 495 270 1947, autobiographie, 10 février 1938 ; rapport de fin 1937. — Arch. PCF, Bobigny, bobine 465, lettre de Paul Combeau, instituteur à Collioure au sujet de Lucien, Joseph Carré* qui se trouve au dépôt d’exclus de Collioure et indiquant les démarches qu’il a faites pour le faire sortir, 13 novembre 1931, 1 p. — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, série M non classée, liasses 64, 111. — Le Cri socialiste, hebdomadaire (officiel) de la fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales. — Arch. privées de Paul-José Combeau (Collioure). — Le Travailleur Catalan. — Le Républicain (quotidien de Perpignan). — Annuaire-Guide des Pyrénées-Orientales, Nîmes, Chastanier et Alméras, 1937. — Roger Bernis, Roussillon politique. Du réséda à la rose... 16 Le temps de Quatrième (1944-1958), Toulouse, Privat, 1984. — Michel Cadé, Le Parti des campagnes rouges. Histoire du Parti communiste dans les Pyrénées-Orientales, 1920-1939, Marcevol, Éditions du Chiendent, 1988. — Horace Chauvet, La Politique roussillonnaise (de 1870 à nos jours), Perpignan, 1934. — Ramon Gual et Jean Larrieu, « Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane », II b, « Iconographie : documents, photos, presse... De la Résistance à la Libération », Terra Nostra, 93-97, 1998, p. 860-861. — Clément Riot, « Les associations de cinéma à Perpignan dans l’entre deux guerres. Éléments pour une histoire de la culture en province sous la IIIe République », numéro thématique (78-79) d’Archives, Institut Jean-Vigo, Perpignan, 1999. — Numéro spécial (205) de la revue Conflent, « Hommage à Cyprien Lloansi », Prades, 1997. —Notice DBMOF. — Témoignages de Ferdinand Baylard, André Gendre, Marcel Mayneris, Pierre Serre. — Entretien avec Paul-José Combeau, Collioure, 3 février 2007. — Lettre de Paul-José Combeau, son fils (1982). — Intervention de Sauveur Quintane, militant du PC à Thuir lors d’une réunion (mai 1983) du Comité pour l’histoire de la résistance catalane (IRM).

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