BERNASCHEK Richard

Né le 12 juin 1888 à Budapest ; fusillé le 18 avril 1945 ; dirigeant du « Schutzbund » de Haute-Autriche de 1923 à 1934.

Richard était le fils de Wenzel Bernaschek, cordonnier, militant ouvrier qui, en vertu de la loi d’exception contre les socialistes, en 1884, avait été expulsé de Vœslau en Basse-Autriche et s’était installé à Budapest en Hongrie. Ce n’est qu’en 1900 que la famille Bernaschek put retourner à Linz. Là, Richard fréquenta durant trois ans le cours complémentaire, puis il entra en apprentissage chez un serrurier. Il travailla ensuite aux usines de fabrication de locomotives Kraus et trouva, en 1911, un emploi durable au chantier naval de Linz. En 1907, il avait adhéré au Parti social-démocrate et il exerça des responsabilités syndicales.
Au début de la première guerre mondiale, on proposa à l’ouvrier très qualifié qu’il était un poste de contremaître à condition qu’il renonçât à être le porte-parole de ses camarades de travail. Il refusa et fut envoyé au front. En 1918, il fut fait prisonnier sur le front italien ; peu après il fut libéré du camp de Lavis et renvoyé chez lui. Cette même année, il devint, à Linz, vice-président du Conseil ouvrier régional. Cette fonction ne lui permettant pas de vivre sans exercer son métier, il profita, en 1921, de l’occasion qui lui était offerte pour aller passer deux ans à Utrecht en Hollande où il travailla comme monteur.
En 1923, il fut rappelé de Hollande par Gruber, maire social-démocrate de Linz et vice-président du gouvernement régional, afin de mettre sur pied le « Schutzbund » républicain en Haute-Autriche. II en fut d’abord le secrétaire, puis le responsable régional. En 1926-1927, il suivit à Vienne les cours de la première promotion de l’Université ouvrière et devint secrétaire-adjoint du Parti social-démocrate de Haute-Autriche tout en conservant ses fonctions à la tête du « Schutzbund ». Il y gagna une renommée incontestée et exerça une grande influence dans le milieu ouvrier de Linz. Dès l’automne 1933, il se montra partisan de la résistance active du « Schutzbund », interdit par Dollfuss le 31 mars 1931, à toute provocation de l’austro-fascisme.
Par un singulier concours de circonstances, Richard Bernaschek fut le principal acteur des événements sanglants du 12 février 1934 : il appartenait au groupe des militants décidés à résister par la force à la montée de l’austro-fascisme. Le 11 février 1934, il apprit que la police projetait pour le lendemain une provocation : une perquisition au Foyer ouvrier de Linz afin d’y découvrir des armes. II dépêcha sans tarder deux envoyés à Vienne auprès de la direction du parti, faisant savoir qu’avec ses hommes, il n’attendrait pas plus longtemps et résisterait, par les armes si c’était nécessaire, à la provocation policière. Otto Bauer exprima téléphoniquement son désaccord. Cette conversation, vraisemblablement interceptée, encouragea le ministre de l’intérieur, le commandant Frey, à mettre en œuvre sa provocation qui tourna en guerre civile.
A l’aube du 12 février 1934 » la police vint perquisitionner à l’hôtel Schiff, à Linz. Bernaschek fut immédiatement arrêté, mais il parvint à donner en hâte l’ordre de résister. Cet incident sanglant devait déchaîner des combats dans toute l’Autriche et mener à l’anéantissement de la social-démocratie et à l’instauration du régime austro-fasciste.
Bernaschek réussit à s’évader dans la nuit du 2 au 3 avril 1934. Il s’enfuit en Allemagne, puis en Tchécoslovaquie et de là en U.R.S.S. Il revint à Prague en 1937. Deux ans plus tard, en mars 1939, il rentra à Linz et participa activement à la résistance. Il fut arrêté le 21 juillet 1944, puis envoyé au camp de concentration de Mauthausen. Le 18 avril 1945, il fut fusillé avec d’autres prisonniers politiques, sur l’ordre du « Gauleiter » de Haute-Autriche, Eigruber.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article197368, notice BERNASCHEK Richard, version mise en ligne le 28 novembre 2017, dernière modification le 24 octobre 2018.

ŒUVRE : Œsterreich, Brandherd Europas (Autriche, Foyer d’incendie de l’Europe), Zürich, 1934.

SOURCES : Archives de la ville de Linz. — Werk and Widerhall. Grosse Gestalten des œsterreichischen Sozialismus (L’Œuvre et son écho. Grandes personnalités du socialisme autrichien), édité par Norbert Leser, Vienne, 1964.

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