BLANCHIN Albert

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 20 avril 1892 à Thuellin (Les Avenières Veyrins-Thuellin, Isère), exécuté en représailles le 10 janvier 1944 à l’École du Service de santé militaire à Lyon (Rhône) ; cultivateur ; résistant dans l’Isère.

Albert Blanchin était le fils de Jean André Blanchin et d’Angèle Amélie Micoud. Il avait une sœur née en 1889. Il vécut sa jeunesse dans une maison située au bourg de Thuellin (Les Avenières Veyrins-Thuellin, Isère). Son père fut épicier et boulanger.
Le 17 octobre 1910, Albert Blanchin s’engagea pour trois ans dans le 2e régiment d’artillerie de campagne. Il fut nommé brigadier le 24 septembre 1911 puis maréchal des logis le 12 novembre 1912. Son contrat arrivé à terme en octobre 1913, Albert Blanchin retourna à la vie civile. Le 10 mars 1914, il s’engagea pour cinq ans dans le 3e régiment d’artillerie coloniale à l’intendance de Bourgoin (Isère). Arrivé au corps le 19 mars 1914, il fut incorporé en tant que canonnier de 2e classe. Le 23 avril 1914, il fut affecté aux batteries de Vincennes (Seine, Val-de-Marne). Il fut promu 2e canonnier conducteur le 1er mai 1914 puis brigadier le 1er août 1914. Au front à partir du 7 août 1914, il fut nommé maréchal des logis le 8 septembre. Le 26 septembre, il fut blessé à la cuisse droite par une balle de Shrapnel (obus à balles) entre Minaucourt-le-Mesnil-lès-Hurlus et Wargemoulin-Hurlus, dans la Marne. Le 29 septembre 1914, il entra à l’hôpital de Narbonne (Aude) puis à partir du 2 décembre, à l’hôpital de Carcassonne (Aude). En congé pour un mois à partir du 11 décembre 1914, il se maria le 4 janvier 1915 avec Hélène Maria Laurent à Corbelin (Isère). Le 12 janvier 1915, il retourna au front. Il passa au 3e régiment de tirailleurs sénégalais le 18 septembre 1915, au 35e bataillon de tirailleurs sénégalais le 27 avril 1916, au 73e bataillon de tirailleurs sénégalais le 18 septembre 1916, et au 31e bataillon de tirailleurs sénégalais le 30 octobre 1916. Le 1er novembre 1916, il fut nommé sergent. Le 21 décembre 1916, il fut affecté en Algérie. De retour en France le 7 avril 1918, il fut à nouveau au front le 8 avril 1918. Il fut blessé le 30 septembre à Jonchery-sur-Vesle (Marne) par éclat d’obus. Il entra à l’hôpital de Parthenay (Deux-Sèvres) puis à celui de Tarbes (Hautes-Pyrénées) dont il sortit après l’armistice. Le 1er novembre 1918, Albert Blanchin fut cité à l’ordre de l’infanterie divisionnaire : « sous officier énergique et plein d’allant chef de section le 8-9-1918 s’est offert pour conduire une patrouille dans le marais le séparant de la ligne ennemie s’est acquitté avec succès de cette mission difficile et a rapporté les renseignements demandés le 30-9-18 a été blessé en assurant une liaison périlleuse (une blessure antérieure) ». Le 29 juillet 1919, il fut envoyé en congé illimité par le dépôt démobilisateur du 22e régiment d’infanterie. Rayé des contrôles, il se retira à Thuellin.
En 1920, il résida à Colmar (Haut-Rhin), rue Charles Grad. A partir de 1921, il habita à Noisy-le-Sec (Seine, Seine-Saint-Denis), 35 ou 36 rue de Merlan puis 84 bis rue de la Forge. Il semble qu’il exerça la profession de comptable en 1924. Il revint s’établir à Thuellin en 1928. Il fut décoré de la médaille militaire par décret du 31 décembre 1938. Rappelé à l’activité en août 1939, il fut affecté à la 92e compagnie de travailleurs espagnols à Crévoux (Hautes-Alpes). Le 29 octobre 1939, il fut renvoyé dans ses foyers. Il se retira à Thuellin où il exerça la profession de cultivateur. Albert Blanchin eut quatre enfants.
D’après sa femme, Albert Blanchin s’engagea dans la Résistance dès 1940. Son certificat d’appartenance aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) indique qu’il travailla à partir de janvier 1943 en lien avec le maquis de l’Armée secrète (AS) situé à Ambléon (Ain), à une trentaine de kilomètres de Thuellin. Albert Blanchin fut spécifiquement chargé de placer les réfractaires aux Service du travail obligatoire (STO) dans la région et de leur fournir de fausses pièces d’identité.
Suite à une dénonciation, six agents de la Gestapo arrêtèrent Albert Blanchin à son domicile, à Thuellin, le 21 décembre 1943. Son épouse était présente : « six membres de la police allemande, en civil, […] se sont présentés chez nous vers midi, armés de mitraillettes. […] ils ont demandé Monsieur Blanchin. Mon mari qui était présent a répondu : " me voilà ". Ils lui ont dit aussitôt " Haut les mains ". L’ayant acculé dans un coin, un de ces agents l’a gardé à vue pendant que les cinq autres ont fouillé de fond en comble la maison. Ils ont emporté 5 kgs de café grillé […] et environ 10 kgs de porc frais. […] pendant qu’ils fouillaient mon mari comme je faisais un geste de défense de sa personne : l’un de ces individus m’a repoussée violemment et m’a menacée de la crosse de sa mitraillette en proférant des injures en allemand. […] Après une heure de fouille dans la maison ces individus se sont réunis à nouveau dans la cuisine. Après le chef de la bande […] dit à mon mari " habillez-vous ". Monsieur je lui ai demandé : " Où emmenez-vous mon mari ". Il m’a répondu : " Nous l’emmenons à Lyon. " Je voulais que mon mari mange avant de partir, mais il n’a pas voulu emporter qu’un casse-croûte. Le chef de la bande lui a dit d’emporter à manger car il n’aurait rien de la journée. Ces individus qui n’avaient qu’une seule voiture ont alors emmené mon mari et l’ont fait prendre place sur un siège au milieu de cette voiture […]. En ma présence, aucune brutalité n’a été faite à mon mari. »
Albert Blanchin fut incarcéré à la prison de Montluc (Lyon, Rhône). Tentant toutes démarches possibles pour le faire libérer, sa femme et sa fille rentrèrent en contact avec un interprète serbe travaillant pour les Allemands, notamment lors des interrogatoires de la Gestapo. Elles n’obtinrent de lui que quelques promesses et quelques informations vraisemblables. D’après cet interprète, à son arrivée à Lyon, Albert Blanchin fut d’abord conduit à l’École du Service de santé militaire, siège de la Gestapo, avenue Berthelot (VIIe arr.) et ne fut interné à Montluc, dans la cellule numéro 11, que plusieurs jours après. Il avait été dénoncé par lettre à la police allemande. Sans aucune certitude sur le résultat de sa démarche, Hélène Blanchin fit parvenir des colis à ce traducteur afin qu’il les transmette à son mari.
Le 10 janvier 1944, à 14h15, 4 quai Saint-Clair (quai André Lassagne, Lyon, Ier arr.), à hauteur du tunnel de la Croix-Rousse, sept résistants tirèrent sur trois soldats allemands à bicyclette et prirent la fuite. Deux soldats furent mortellement touchés et le troisième, grièvement blessé, décéda peu après. Des barrages furent aussitôt établis par les Allemands. Des personnes furent arrêtées dans le quartier et conduites à la prison de Montluc.
Vers 19 heures, Albert Blanchin et vingt-et-un autres détenus (parmi lesquels des hommes raflés après l’attentat) furent extraits de la prison. Ils furent conduits au siège de la Gestapo, avenue Berthelot, puis ils furent exécutés. Le lendemain vers 6 heures du matin, les inspecteurs du Service de l’identité judiciaire furent chargés de transporter les cadavres à l’Institut médico-légal. Ils découvrirent l’une des victimes assise dans un fauteuil.
Dans une lettre du 22 janvier 1944, le préfet régional Angeli écrivit : « les chefs de la Police allemande […] m’ont fait connaître que les détenus auraient essayé de s’enfuir par une porte laissée ouverte après avoir tenté de désarmer le gardien. Celui-ci aurait appelé au secours. D’autres seraient venus qui auraient fauché les vingt-deux victimes à coup de mitraillettes ». Le préfet ne fut pas dupe. Il ajouta : « L’opinion considère que les autorités d’occupation ont usé en la circonstance de représailles à la suite d’un attentat qui la veille avait coûté la mort dans les rues de Lyon à deux soldats allemands. Quoi qu’il en soit, cette affaire a provoqué une émotion profonde. L’Officier de la police allemande qui m’a reçu ainsi que le Maire de Lyon m’a exprimé ses regrets en disant c’est la guerre ».
Hélène Blanchin fut convoquée à l’Institut médico-légal de Lyon le 12 janvier 1944. Elle identifia le corps de son mari et remarqua que « Ce dernier portait la trace d’une balle qui avait été tirée derrière la nuque et était ressortie au-dessus de l’œil gauche. Il portait en outre une forte ecchymose à la joue droite et avait l’œil gauche fortement tuméfié. »
Le 16 janvier 1944, Hélène Blanchin obtint l’autorisation de la police allemande de faire transporter le corps d’Albert Blanchin à Thuellin afin de le faire inhumer dans le caveau familial. Hélène Blanchin et sa fille, Huguette Blanchin, firent vainement des démarches pour que les autorités allemandes leur restituent le portefeuille et la montre d’Albert Blanchin.
Albert Blanchin fut homologué FFI. Il obtint le titre d’interné résistant et la mention Mort pour la France. Son nom fut gravé sur le monument aux morts de Thuellin. Une place de la ville de Veyrins-Thuellin fut baptisée Albert Blanchin.


Lyon, Avenue Berthelot (10 janvier 1944)

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article189367, notice BLANCHIN Albert par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 6 février 2017, dernière modification le 20 septembre 2018.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W6, 182W269, 31J157, 3460W4, 3808W639. — Arch. Dép. Isère, 1R1514, 123M534. — Bruno Permezel, Victimes de l’Occupation à Lyon et alentour, 81 monuments 11 parcours, 2001. — Onac du Rhône, Les Fusillés de l’avenue Berthelot, 24 novembre 1943, 2008. — Paul Garcin, Interdit par la censure : 1942-1944, 1944. — Raymond Léculier, Alice Joly, A Montluc, prisonnier de la Gestapo, souvenirs de Raymond Léculier, 25 novembre 1943 – 25 août 1944, 2006.— Notes de Jacques Chauvet. — Mémorial Genweb. — État civil.

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