DESNOUX René, Georges

Par Alain Dalançon

Né le 20 février 1922 à Saint Désiré (Allier), mort le 30 avril 2011 à Luçon (Vendée) ; instituteur, professeur, principal puis proviseur ; militant syndicaliste du SNPDES, secrétaire de la Régionale de Poitiers, membre de la CA et du BN national, membre du CEGT ; militant socialiste, adjoint au maire de Luçon ; militant associatif.

Son père était gendarme mais, à la suite d’un gazage durant la Première Guerre mondiale, il fut mis à la retraite et travailla comme contremaître dans une forge à Commentry (Allier), en restant toute sa vie attaché à la terre comme l’avaient été ses parents et grands-parents. D’opinion de gauche, il votait socialiste et pour la CGT-FO dans une ville ouvrière dirigée par des socialistes, où les communistes étaient nombreux et influents. Sa mère était couturière, votait elle aussi socialiste, en partie sur les recommandations du curé, car elle était catholique pratiquante mais plus par conformisme que par foi profonde.

René Desnoux fut donc baptisé et fit sa communion par tradition mais abandonna toute pratique religieuse à l’adolescence : jusqu’à la fin de sa vie il se définissait comme agnostique et resta très attaché à la laïcité. Après l’école communale à Commentry, il fut élève au cours complémentaire dont le directeur, M. Pigeret, l’encouragea à passer le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Moulins (Allier) qu’il réussit en 1938. Comme son frère aîné, âgé d’un an de plus, il fut donc élève-maître, major de la promotion 1938-1941, et obtint le brevet supérieur. Dispensé de service militaire pour raisons de santé, il ne fut pas enrôlé dans les Chantiers de jeunesse ni soumis au Service du travail obligatoire. Il enseigna donc comme instituteur dans différents villages de l’Allier, avant d’être nommé à Vichy en 1943, d’abord comme instituteur puis comme maître d’internat au collège de cette ville. Il prépara alors une licence ès lettres à la Faculté de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) qu’il obtint, fut reçu au CAEC (certificat d’aptitude à l’enseignement dans les collèges) et nommé à la rentrée 1948 professeur certifié de lettres au collège moderne de la Charité-sur-Loire (Nièvre). Attiré comme son frère par la civilisation britannique, il obtint également une licence d’Anglais, et comme lui effectua un séjour d’un an, en 1953-1954, en tant que Foreign Assistant, à la Strand Boys’ School à Londres.

De retour en France, il fut nommé professeur de lettres au collège de Cosne-sur-Loire (Nièvre). Il épousa, y compris à l’église, le 26 décembre 1956, Michèle Morlat, bachelière, institutrice remplaçante, titularisée dans la Nièvre, qui termina sa carrière comme directrice de l’école maternelle Saint-Exupéry à Poitiers (Vienne). Ils eurent trois enfants : Jean-Christophe, devenu scénographe, Pierre-Jean, professeur de mathématiques et Catherine, ostéopathe.

René Desnoux, inscrit sur la liste d’aptitude aux fonctions de principal, fut nommé à la rentrée 1959 au collège de Luçon (Vendée) où il fut titularisé le 1er octobre 1961 ; il en resta le principal quand l’établissement fut transformé en 1968 en lycée municipal. Syndiqué dans les différents syndicats de la Fédération de l’Éducation nationale depuis le début de sa carrière professorale, SNCM (Syndicat national des collèges modernes) puis SNES (Syndicat national de l’enseignement secondaire), il adhéra au Syndicat national des personnels de direction des lycées dès sa création en 1962, transformé en 1969 en Syndicat national du personnel de direction des établissements secondaires, et en devint rapidement un militant départemental connu et reconnu par ses collègues et l’administration. Avec son autorité souriante, son sens des relations aussi bien avec les élèves, les parents que les enseignants, il sut gérer le passage de mai-juin 1968 et organiser une classe expérimentale de terminale philosophie au fonctionnement particulier, qui fut l’objet d’attention et d’investissement constants.

À la rentrée 1970, il fut nommé proviseur du lycée Jean Macé à Niort (Deux-Sèvres) , avec la délicate mission d’opérer la partition entre premier et second cycles des deux lycées d’État du centre-ville, le lycée de garçons Fontanes devenant collège d’enseignement scolaire, tandis que le lycée de filles Jean Macé devenait lycée mixte. Il s’acquitta parfaitement de cette tâche qui bouleversait bien des habitudes pour les parents, aussi bien que pour les professeurs qui durent choisir leur établissement. En même temps, il joua le rôle de cheville ouvrière de la mise en place à Niort, à la suite d’une consultation des parents et avec le soutien de la MAIF, de la municipalité et de la Fédération des conseils de parents d’élèves, d’une expérience de libération des cours du samedi dans les établissements de second degré, supposant donc de caser les cours du samedi matin dans l’emploi du temps des autres jours. Expérience de « semaine continue » concluante qui allait faire école et dont René Desnoux rendit compte dans le bulletin du SNPDES de juin-juillet 1972.

Secrétaire de la Régionale du syndicat, il en était en effet devenu membre de la commission administrative nationale et membre de la commission pédagogique durant le mandat de secrétaire générale de Josette Richaud. En 1973, investi de la confiance de ses collègues, il fut élu membre de la commission consultative spéciale des proviseurs et directrices de lycée. Il fut promu dans le corps des agrégés en septembre 1974. Membre associé au bureau national, il présenta au congrès de mars 1975 le rapport sur l’éducation physique et sportive, les Centres d’animation sportive et l’ASSU à l’époque du plan Mazeaud, et fut aussi à cette époque le rédacteur de la doctrine « Droits et devoirs du chef d’établissement » qui resta une des bases du futur SNPDEN créé en 1992.

À la rentrée 1976, René Desnoux fut nommé proviseur du lycée Camille Guérin de Poitiers, établissement le plus prestigieux de l’académie, dont la moitié des effectifs étaient des élèves en classes préparatoires aux grandes écoles, dont beaucoup étaient internes. Ses qualités d’écoute et son sens du compromis lui permirent de prendre sans difficulté la succession d’André Cléac’h qui avait acquis une grande autorité à la tête de l’établissement. De sensibilité « autonome » dans la FEN, bien que les tendances ne soient pas reconnues dans son syndicat, il entretenait de bonnes relations avec la section (S1) du SNES qui comptait plus de 100 syndiqués, très largement à majorité « Unité et Action », et avec le secrétaire académique, Alain Dalançon, professeur dans son établissement. Les plus grosses difficultés qu’il eut à gérer dans les premières années vinrent des grèves et manifestations diverses dans les CPGE, importées souvent du campus universitaire voisin. René Desnoux restait en même temps un dirigeant du SNPDES écouté, élu membre du Conseil d’enseignement général et technique en décembre 1977. Il fut chargé dans les congrès de cette époque de plusieurs rapports importants : la formation professionnelle des jeunes (1979), le groupe de réflexion sur l’autonomie (1980) et participa à l’élaboration du projet éducatif du SNPDES en 1981.

René Desnoux prit sa retraite en juin 1982, à 60 ans, et continua à militer au SNPDES chez les retraités.

Il commença aussi une carrière politique à Luçon où il s’était installé. Membre du Parti socialiste après 1971, il fut élu conseiller municipal en 1982 sur la liste conduite par le maire radical de gauche, Jean de Monzon, et fut adjoint chargé de la culture. Il ne se représenta pas en 1988 mais resta un membre actif du PS, participant aux réunions jusqu’à la fin de ses jours.

Il avait été tout au long de sa carrière également particulièrement attaché au mutualisme enseignant : MGEN, MAIF, CAMIF. Il était mécontent de l’évolution de la Caisse d’épargne, dans laquelle il voyait une véritable vocation au service de la collectivité, qu’il avait vue devenir « une banque pas meilleure que les autres ». Officier des Palmes académiques, chevalier de l’ordre national du Mérite, il fut pendant longtemps membre du Lions Club, et mit en place la sélection de jeunes méritants que le club aida. Il était aussi membre de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article188595, notice DESNOUX René, Georges par Alain Dalançon, version mise en ligne le 12 janvier 2017, dernière modification le 3 janvier 2019.

Par Alain Dalançon

SOURCES : Arch. IRHSES (relations intersyndicales, SNES s3 de Poitiers). — Bulletin du SNPES. — Témoignages de militants des syndicats de la FEN à Niort et Poitiers, dont l’auteur de la notice — Renseignements fournis par son fils Jean-Pierre.

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