Né le 17 novembre 1922 à Carcassonne (Aude), mort le 12 mai 2018 à Bram (Aude). ; ouvrier agricole, employé, maçon puis receveur RATP ; militant communiste de l’Aude puis de Paris, membre du comité fédéral PCF de l’Aude (1946-1956) et de Paris (1966-1985) ; député (1967-1968 et 1973-1981) ; résistant.

Assemblée nationale
Le père de Lucien Villa, Marius Villa, terrassier puis ouvrier agricole, était issu d’une famille de bergers espagnols, originaires d’Aragon, ayant fui l’Espagne pour échapper à la conscription lors de la guerre d’indépendance cubaine, dans les années 1890. Sa mère, Marie Lécina, était indiquée comme journalière au moment de sa naissance mais fut ensuite femme au foyer. Lucien Villa avait trois frères, qui furent militants communistes, et une soeur. Il fut élève de l’école primaire de Pénautier (Aude) et dans les années 1930, résidait avec sa famille à Villemoustaussou (Aude), communes proches de Carcassonne. Ses parents n’affichaient aucun engagement politique, mais le jeune Lucien accompagna son frère aîné, René Villa, déjà membre des Jeunesses communistes, lors de diverses manifestations au moment du Front populaire et il participa aux campagnes de solidarité en faveur des républicains espagnols. Lucien Villa adhéra lui-même aux Jeunesses communistes à partir de janvier 1937, puis au Parti communiste en 1939. Titulaire du certificat d’études primaires, il poursuivit ses études au collège avant d’entrer dans la vie professionnelle comme ouvrier agricole et il adhéra à la CGT en 1936.
Décédé le 12 mai 2018, il fut inhumé le 16 au cimetière La Conte de Carcassonne où un hommage lui fut rendu par la fédération départementale du PCF et en présence des autorités civiles et militaires.
En 1946, Lucien Villa indiquait ne pas avoir été troublé par la signature du Pacte germano-soviétique, diffusant dans les jours suivants les tracts du PCF et le journal communiste régional, Le Travailleurs du Languedoc, avec son frère René. Toujours en contact avec les militants communistes clandestins, il poursuivit ce travail de propagande après décembre 1940. Avec son frère René, il imprima des papillons en faveur de la constitution du Front national. Il continua ce travail après l’arrestation de René Villa en septembre 1941. Un an plus tard, à la suite d’une vague d’arrestations, il fut lui-même arrêté, le 25 septembre 1942. La perquisition ayant permis de trouver le composteur qu’il utilisait pour réaliser les tracts, il fut emprisonné, d’abord à la prison de Carcassonne, puis au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) où il retrouva d’autres militants communistes et fut responsable des jeunes de la baraque 11. Condamné le 5 mars 1943 à dix-huit mois de prison par la section spéciale de Montpellier pour propagande communiste, il fut transféré à la prison centrale de Nîmes (Gard). À nouveau en contact avec les militants communistes emprisonnés, il poursuivit sa formation politique puis devint instructeur auprès des jeunes et participa à la rédaction du journal élaboré par les JC dans la prison (Notre jeunesse). Le 16 octobre 1943, il fut envoyé à la centrale d’Eysses, où il retrouva rapidement des responsabilités semblables. L’organisation communiste ayant ordonné la constitution des JC et du FUJP, il fut responsable d’un groupe et responsable politique du journal Le Jeune enchaîné, puis en janvier 1944 fut désigné comme délégué des jeunes à la commission d’éducation politique de la centrale. Membre d’un « groupe de choc », il participa aux journées des 9, 10 et 11 décembre 1943, au cours desquelles les détenus politiques tentèrent d’empêcher le départ en zone nord des internés administratifs. Libéré à l’issue de sa peine le 30 mars 1944, Lucien Villa fut aussitôt envoyé au camp disciplinaire de Murat (Cantal). Quelques jours plus tard, il parvint à s’évader et rejoignit aussitôt le maquis FFI du Puy-Mary (Cantal). Rapidement, il participa aux opérations militaires, notamment à la « bataille du Mont Mouchet » les 10 et 11 juin. Nommé sergent (chef de groupe), à partir du 1er août 1944, il prit part à la libération de Saint-Flour (Cantal). Engagé pour la durée de la guerre, il servit comme caporal chef dans l’infanterie, lors de la campagne d’Allemagne et des premiers mois d’occupation, jusqu’en janvier 1946.
Dès son retour à Carcassonne, Lucien Villa se mit à disposition du Parti communiste et devint permanent de la section locale. Il suivit une école fédérale du PCF en février 1946 et les dirigeants fédéraux s’accordaient pour voir en lui un « un excellent camarade », appelé à prendre de plus amples responsabilités. Il intégra le comité fédéral à l’occasion de la conférence du 28 avril 1946. Membre du bureau de la section communiste de Carcassonne, il entra au secrétariat de section en 1952. Ayant repris une activité professionnelle comme receveur de cars, il siégea au bureau du syndicat CGT des Transports de Carcassonne, de 1947 à 1954. Il travailla ensuite comme maçon et fut alors membre du bureau du syndicat CGT du Bâtiment.
En 1956, Lucien Villa quitta son région natale pour gagner la région parisienne où il devint receveur RATP, affecté au dépôt de Lagny (XXe arr.), au service d’encaissement des bus. Poursuivant son action militante, il fut très vite secrétaire de cellule. Militant de la section XXe-Charonne, il devint secrétaire de l’arrondissement et fut élu au comité fédéral de Paris en 1966. Reconduit jusqu’en 1974, il devint ensuite président de la commission fédérale de contrôle financier, jusqu’en 1985. Déjà candidat du PCF dans la 31e circonscription de Paris, en 1958 et 1962, il conquit le siège de député en 1967 contre le candidat de l’UNR Albert Marcenet. Quelques mois plus tard, il fut battu, lors de la vague gaulliste de juin 1968. Il retrouva un mandat parlementaire en 1973 et fut réélu en 1978. Devancé par le candidat socialiste Jean-Paul Planchou aux législatives de 1981, il se désista en sa faveur. En 1985, Lucien Villa quitta ses responsabilités à Paris pour gagner les Alpes-Maritimes. Il rejoignit ultérieurement sa région natale, où il continua de militer au PCF et fut très actif dans les associations défendant la mémoire de la Résistance et de la déportation, multipliant les témoignages auprès des élèves du secondaire.
Médaillé de la Croix de guerre 1939-1945, Lucien Villa fut également fait chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur, le 11 novembre 2015.
Le 16 novembre 1974, à Malakoff (Hauts-de-Seine), Lucien Villa avait épousé Simonne Loupia, née en 1924 à Limoux (Aude) et elle-même ancienne résistante à Carcassonne. Ils s’étaient rencontrés pour la première fois au cours de la guerre, alors que Simonne Loupia, agent de liaison, devait lui faire transmettre un message à la centrale d’Eysses.

SOURCES : Arch. du Comité national du PCF. ― Base de données des parlementaires, site de l’Assemblée nationale. ― L’Indépendant, 4 août 2014, 16 mai 2018. — La Dépêche, 14 mai 2018. ― Nombreux témoignages de Lucien Villa disponibles en ligne. ― État civil. — Note d’André Balent.

Paul Boulland

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