BOULOUX Alphonse [BOULOUX Alexandre, Alphonse]

Par Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 30 septembre 1887 à Leignes-sur-Fontaine (Vienne), mort le 15 avril 1978 à Poitiers (Vienne) ; instituteur ; militant communiste et syndicaliste de la Vienne ; député (1946, 1956-1958) et sénateur (1946-1948).

Alphonse Bouloux dans les années 1940
Alphonse Bouloux dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Fils de cultivateurs propriétaires, Alphonse Bouloux reçut les premiers sacrements catholiques, fit ses études à l’école primaire supérieure de Poitiers (Vienne) et entra, en 1905, à l’École normale d’instituteurs. Il effectua son service militaire pendant sa scolarité dans l’infanterie comme sergent et obtint le Brevet supérieur en 1909. Il se maria religieusement en septembre 1911 à Poitiers, avec Renée Bourliaud, institutrice ; le couple eut une fille qui ne reçut aucun sacrement. Avec son épouse, ils exercèrent à Béruges et à Saint-Pierre-les-Églises où il fut secrétaire de mairie (1911-1925). Instituteur adjoint dans une école de Poitiers, en janvier 1940, il fut déplacé, alors que son épouse restait dans la Vienne, dans un village du Cantal où il prit sa retraite en 1942.

« Libertaire pendant deux ans, anarcho-syndicaliste pendant quelques années », comme il l’écrivait en 1975, Alphonse Bouloux avait signalé dans la biographie remplie à la fin des années 1930 pour le Parti communiste, qu’il avait lu la presse anarchiste pendant quelques années. Il adhéra au syndicat de l’enseignement en octobre 1912 et devint le secrétaire de la section départementale en 1914.

Mobilisé au début de la guerre, malade, Alphonse Bouloux continua à animer depuis l’hôpital avant d’être réformé de guerre en 1917. Hostile à l’Union sacrée, il adhéra au Parti socialiste SFIO, le 20 mars 1917, pour renforcer le courant minoritaire. En 1918, il fut poursuivi comme « défaitiste » pour avoir ouvert dans le bulletin départemental L’Action corporative une souscription en faveur des enfants des instituteurs Marie Mayoux et François Mayoux qui venaient d’être condamnés à deux ans de prison. Il obtint un non-lieu après intervention de l’Inspecteur d’académie. En 1921, il passa en correctionnelle comme responsable d’un syndicat « illégal ». Le syndicat de la Vienne dut se dissoudre et se transformer en section du syndicat de la Charente. Il participa activement aux congrès de la Fédération de l’Enseignement, à Paris en 1918 (congrès interdit transformé en rencontre), à Tours en 1919, à Bordeaux en 1920. Il fut régulièrement membre du conseil syndical et secrétaire de la section. Il fut condamné en février 1921 à vingt-cinq francs d’amende pour avoir refusé de dissoudre le syndicat.

Lors de la scission syndicale de 1922, Alphonse Bouloux fit voter la section départementale en faveur de la CGTU lors du congrès de l’Union départementale CGT de la Vienne (12 février 1922) qui donna six mandats à la CGTU et dix-sept à la CGT (voir Eugène Audinet). Avec le syndicat des carriers de Chauvigny, il participa à la naissance d’une UD-CGTU. Il fut le secrétaire du syndicat des membres de l’enseignement laÏc pendant une dizaine d’années.

Membre du Parti communiste depuis le congrès de Tours (décembre 1920), Alphonse Bouloux menait une active propagande à Saint-Pierre-les-Églises et dans les environs. Le préfet de la Vienne écrivait dans un rapport du 11 octobre 1929 : « Cet instituteur fait preuve d’une extrême prudence » sur son lieu de travail, mais « il se montre moins réservé dès qu’il a franchi le seuil de son école et il s’efforce notamment à garder une certaine influence sur ses anciens élèves parvenus à l’âge adulte. Une des caractéristiques dominantes de son activité politique est la persévérance. M. Bouloux s’emploie en effet à répandre les théories bolchevistes et à recruter des adhérents aux organisations révolutionnaires, sans souci des rebuffades ». Il était le principal animateur du Parti communiste dans la région de Chauvigny. Sa femme partageait « très ouvertement les opinions politiques de son mari », selon le préfet.

Alphonse Bouloux, après la réunification syndicale, fut membre du conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs. Adhérant au mouvement Amsterdam-Pleyel, il participa au rapprochement des forces de gauche, dans la Vienne, par la publication d’un journal commun, Le Front Populaire de la Vienne (voir Claude Jamet). Sa femme militait au comité mondial des femmes et sa fille Hélène, née vers 1918, participa à la fondation d’un groupe de l’Union des jeunes filles de France en 1937. Secrétaire de la cellule communiste de Chauvigny, il devint en 1934 secrétaire à la propagande du rayon communiste de la Vienne, qui se transforma en région. Après le départ d’Yves Angeletti, il devint secrétaire régional mais il précisait : « à titre provisoire, physiquement je suis diminué ».

Alphonse Bouloux, candidat communiste au Conseil d’arrondissement en octobre 1934, figurait sur la liste communiste aux élections municipales de Poitiers en mai 1935. Le Parti communiste le présenta aux élections législatives d’avril 1936 dans la circonscription de Loudun où il recueillit 790 voix (3,9 % des électeurs inscrits). Il avait été en 1937 éducateur à l’école du militant de Poitiers. Avec Emile Grandin et Jean Guillon, il représenta la région au congrès national communiste d’Arles en décembre 1937.

Dans le rapport sur le trotskisme transmis au bureau politique du Parti communiste, le 28 juillet 1938, Alphonse Bouloux était parmi ceux qui donnaient une réponse jugée « ahurissante » par la commission des cadres. Il écrivait en effet dans sa biographie : « Les trotskistes sont pour la plupart des camarades qui ne veulent pas militer et se contentent de critiquer ou des intellectuels ayant un préjugé défavorable sur la Russie. Quant à ceux de Russie et d’Espagne, il faut évidemment faire un effort pour comprendre leur trahison et se rappeler surtout qu’au fond de la plupart des vieux bolcheviks sommeillait un terroriste. »

Après avoir été fort actif dans l’organisation de la solidarité avec l’Espagne républicaine, gréviste le 30 novembre 1938, écarté du conseil syndical après le Pacte germano-soviétique, Alphonse Bouloux, placé en résidence surveillée à Neussargues dans le Cantal en janvier 1940, participa à la Résistance. Il fut commissaire-adjoint aux effectifs d’un bataillon FTPF en 1943. À partir de mai 1944, il exerça la principale responsabilité dans le Parti communiste clandestin dans le Cantal et participa à organisation de l’insurrection dans la section de Mauriac du Parti communiste. À la Libération, après avoir reconstitué la Fédération communiste du Cantal, il revint dans la Vienne fin 1944 comme secrétaire fédéral, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1949, puis membre du bureau, puis du comité, puis de nouveau du bureau de 1956 jusqu’en 1964 puis membre du comité fédéral jusqu’en 1970. Il y était notamment responsable de la presse et de la page départementale de l’Humanité-Dimanche jusqu’en 1968. Au milieu des années 1960, la responsabilité du Mouvement de la Paix lui fut confiée.

Conseiller municipal de Poitiers de 1945 à 1959, Alphonse Bouloux fut élu député à l’Assemblée nationale constituante le 21 octobre1945. La liste communiste qu’il dirigeait avait réuni 39 521 voix et avait deux élus. Il fit partie des commissions de l’Éducation nationale et de la presse. Il rédigea un rapport, le 21 mars 1946, sur l’organisation de cours post-scolaires d’agriculture et d’enseignement ménager par des instituteurs formés en stage. Réélu en juin 1946, puis le 10 novembre 1946 avec des voix croissantes pour les listes communistes (45 405 et 48 849), membre de la commission de l’éducation nationale, il intervint sur des questions agricoles concernant la Vienne.

Élu au conseil de la République, Alphonse Bouloux démissionna de l’Assemblée nationale, le 23 décembre 1946. Il participa aux commissions de la presse et de l’éducation nationale. Il n’y fut pas réélu en 1948 et en 1952. Selon Unir du 10 janvier 1973, avec son consentement, le bureau fédéral l’avait désigné pour le Conseil de la République provisoire pour deux ans. Dans la préparation de l’élection législative suivante, il aurait été obligé de signer une affiche annonçant que malade il ne se représentait pas. Et pourtant il fut tête de liste. La direction du PCF aurait alors décidé son retrait du bureau fédéral, mais, lors de la conférence fédérale, le rapporteur aurait indiqué que sur sa demande, Bouloux n’avait pas été reproposé pour le bureau fédéral.

La liste qu’il conduisait pour les élections législatives du 17 juin 1951 obtint 36 156 voix mais n’eut aucun siège en raison des apparentements. Il fut à nouveau élu député à l’Assemblée nationale de janvier 1956 à 1958, sa liste obtenant 36 867 voix. Membre des commissions de l’éducation nationale, de la famille et des affaires économiques, ses interventions portèrent sur différentes affaires concernant la Vienne. À nouveau candidat aux élections législatives de 1958, il réunit 9269 puis 8859 voix (troisième position) sur 70 496 inscrits dans la première circonscription de Poitiers. En 1962, Il arrivait en deuxième position avec 9210 voix sur 71166 inscrits. En outre, il fut candidat pour le Conseil général dans le canton de Chauvigny en 1961.

Alphonse Bouloux, membre du Comité départemental des partisans de la paix depuis 1950, milita ensuite au Mouvement de la Paix et présida l’Amicale des vétérans communistes de la Vienne à partir de 1968. Membre de l’active cellule de La Cueille dans les quartiers Ouest de Poitiers, lors de la conférence fédérale, le 28 septembre 1968, il approuva la position du PCF qui avait condamné l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie et demanda l’évacuation de ces troupes pour que des discussions puissent s’engager entre les partis d’Europe orientale. Il souhaitait aussi qu’il soit mis fin à l’attitude de reconnaissance envers l’URSS. Lors de la conférence fédérale de décembre 1972, il dénonça « le drame tchécoslovaque » et fit quelques réserves sur la politique du PCF. Dans le numéro d’Unir du 10 janvier 1973, des échos de la conférence fédérale qui venait de se tenir affirmaient qu’il avait, en tant que président des Vétérans, exprimé des réserves par rapport aux acquis du programme commun, appelé à constituer des comités populaires de base, critiqué la disparition des Lettres françaises, dénoncé la normalisation en Tchécoslovaquie. Il aurait conclu son intervention par cette phrase : « J’ai compris que ma soumission inconditionnelle au Parti jusqu’en 1968 n’a pas servi la cause du communisme. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17515, notice BOULOUX Alphonse [BOULOUX Alexandre, Alphonse] par Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 22 novembre 2016.

Par Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier

Alphonse Bouloux dans les années 1940
Alphonse Bouloux dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Alphonse Bouloux dans les années 1950
Alphonse Bouloux dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

SOURCES : RGASPI, 495 270 3654, 517-1-1819, 1884, 1896, 1909. — Arch. Nat., F7/13022, F7/13749. — Institut Maurice Thorez, microfilm 10629. — Le Prolétaire de la Vienne, 1920. — Le Front populaire de la Vienne, 1937-1938. — Unir-Débat, n° 73, 10 janvier 1973. — Le Monde, 18 avril 1978. — L’Humanité, 19 avril 1978. — Notes de P. Delanoue. — Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, tome 2, La Documentation française, 1992. — Maxime Vallée, La fédération de la Vienne du Parti communiste français, de la mort de Maurice Thorez à la signature du Programme commun (1964-1972), Master 2, Université de Poitiers, 2012.

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