SAURIAC Xavier [SAURIAC Jean, Baptiste, Xavier]

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot et Gauthier Langlois

Né le 24 juin 1803 à Montgiscard (Haute-Garonne), mort à Paris (VIIIe arr.) le 17 mars 1871 ; homme de lettres ; franc-maçon ; membre de la Société des Droits de l’Homme ; quarante-huitard de tendance communiste.

Xavier Sauriac était issu d’un milieu conservateur dont il sut s’affranchir. Il était le fils de François Sauriac (1769-1806), négociant originaire de Saint-Laurent (Lot-et-Garonne), et de Marie Germaine Monty (1776-1851), propriétaire à Montgiscard. Sa mère, veuve en 1806, se remaria en 1810 à Toulouse avec Louis de Gonzague Jésuite Bida (1768-1829), un ancien officier de dragon appartenant à une famille très cléricale qui avait émigrée en 1791. Du couple naquit Alexandre Bida (1813-1895), célèbre peintre et graveur orientaliste, qui resta très proche de son demi-frère.

Xavier Sauriac fut éduqué par son beau-père qui avait ouvert une école à Toulouse. Après d’excellentes études, il se retrouva à l’âge de dix-sept ans professeur de seconde et répétiteur en rhétorique. Le recteur de Toulouse sollicita et obtint pour lui (à son insu) un brevet de chef de pension. Sauriac fut bientôt à la tête d’une institution florissante. Il la quitta pourtant pour venir à Paris cultiver les lettres. La Révolution de Juillet le plaça à la tête du collège de Montauban, où il s’efforça dans un esprit de tolérance de rapprocher les communautés catholiques et protestantes. Critiqué par les autorités religieuses catholiques, Sauriac démissionna et revint s’installer à Paris, où il habitait en 1833, 21, rue du Bouloy (IVe arr. ancien, maintenant Ier).

Membre de la Société des Droits de l’Homme à partir de 1833 (sections Lycurgue et Phocion), il fut l’auteur la même année d’une brochure intitulée Réforme sociale, ou catéchisme du prolétaire. Cette brochure fut saisie dès sa parution et son auteur comparut le 2 avril 1834 devant la Cour d’assises de la Seine, qui l’acquitta. Il reprit aussitôt ses activités militantes, et dans une réunion des membres de la SDH du 12 avril, Il accusa le comité d’être trop timoré, estimant que la Société n’avait pas assez d’activité et qu’il fallait remplacer les dirigeants par des ouvriers. Compromis dans l’Affaire d’avril, il parvint à s’enfuir de Paris, mais fut arrêté à Ruffec (Charente) le 25 avril, et emprisonné préventivement à Sainte-Pélagie. Là, avec Berrier-Fontaine, Lebon ?, François Delente, Jacques Chilmann et d’autres, il fut l’un des initiateurs des sociétés secrètes (Phalanges démocratiques ou Légions révolutionnaires) qui prirent la suite de la Société des Droits de l’Homme. Ce fut à cette occasion qu’il rédigea en avril 1835, avec Arthur Beaumont, le prospectus d’un journal qu’ils envisageaient de lancer sous le titre L’Égalitaire. Journal des Mécontens. Il s’agissait sans doute dans un premier temps de reconstituer une société républicaine sous une couverture légale (avant les lois de septembre 1835 sur la presse). Dans la réalité, ce projet était une véritable préfiguration des Familles et des Saisons.

Le 28 juillet 1835, pendant que son frère utérin Alexandre Bida lui rendait visite dans la prison Sainte-Pélagie, se produisit l’attentat de Joseph Fieschi contre Louis-Philippe et sa famille. Le commanditaire présumé, Pierre Morey, étant membre de la SDH, Xavier Sauriac fut soupçonné, comme tous les membres de la Société, d’être mêlé à ce complot terroriste. L’historien anti-communard Maxime du Camp avance comme preuve de son implication les propos suivants. À l’heure où devait se produire l’attentat, Sauriac aurait dit à son frère : « La branche d’Orléans a cessé de régner. » - « Pourquoi ? » aurait demandé Bida. – « Tu le sauras ce soir, et ce soir j’irais te demander à dîner. »

Ce contexte explique qu’en janvier 1836 il avait été condamné à cinq ans de prison et 5 ans de surveillance policière par la cour des Pairs pour attentat, et chassé de l’Université. Durant son emprisonnement à Clairvaux, les 6 000 exemplaires de sa brochure disparurent.

Lorsque la Révolution de février éclata, il s’y rallia avec enthousiasme. Nommé commissaire de la République à Montauban par Ledru-Rollin (avec l’aval de Armand Barbès) le 16 mars, il fut rapidement désavoué par le Gouvernement provisoire pour ses positions ultra-révolutionnaires. Il décida alors de reprendre la plume pour tenir sa place dans la bataille des idées. Ce fut ainsi qu’il donna en 1850 son Système d’organisation sociale d’inspiration communiste.

Quelques mois plus tard, le 18 juillet 1851, il fut de nouveau condamné à 15 mois de prison et 6 000 F d’amende par la cour d’assises de la Seine pour excitation à la haine et au mépris des citoyens les uns contre les autres, attaques au principe de propriété et aux droits de la famille suite à la publication de sa tragédie La Mort de Jésus. La destruction de cet écrit fut ordonnée et, durant son emprisonnement, tous les exemplaires restant de son Système d’organisation sociale disparurent également.

Le 12 décembre 1854, Isidore Ramade voulut l’affilier à la Marianne, mais Sauriac refusa. Ramade n’en tira pas moins des œuvres de Sauriac son propre projet de Constitution.

Le 24 juin 1858 il épousa à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) la nièce du fouriériste Fortuné Henry qu’il avait peut-être connu à Sainte-Pélagie. Céline Agoust, était de 31 ans sa cadette. Elle lui donna une fille, Béatrice, née en 1859. Le couple s’installa ensuite dans une propriété, la ferme du Bresquet à Durance (Lot-et-Garonne), à une vingtaine de kilomètres du village natal du père de Xavier. Le couple vivait du travail de représentant de commerce de Xavier et de ses rentes en compagnie d’Augustine Agoust, de Maria Henry et de Blanche Agoust, mère, tante et sœur de Céline, ainsi que de deux domestiques. A cette époque Sauriac état affilié à la loge maçonnique « Les fils d’Hiram », Orient d’Agen, avec le grade de maître.

En 1869, profitant de la montée de l’agitation sociale dans la plupart des grandes villes de France, Sauriac fit paraître à Toulouse une nouvelle édition de son Système d’organisation sociale.

Collaborateur de la Patrie en danger de Blanqui pendant le siège de Paris, il mourut la veille du soulèvement de la Commune. Le quotidien Le Rappel, dans son numéro du 19 mars 1871 salua ainsi sa disparition : « La démocratie vient de perdre un de ses vétérans les plus honorés, le citoyen Xavier Sauriac, ancien condamné d’avril, ancien commissaire du gouvernement en 1848, ancien proscrit de l’Empire, auteur de travaux remarquables, entr’autres le catéchisme du républicain, Un système d’organisation sociale, etc. Ce vieux républicain était accouru à Paris au début de l’investissement, et c’est aux fatigues de l’état de siège et au profond découragement dont l’avaient frappé nos malheurs que ce digne citoyen a succombé. ». Le Journal officiel de la Commune du 25 mars 1871 annonça la mort quelques jours plus tôt d’« un des plus dignes vétérans de la république sociale », qui avait écrit « plusieurs ouvrages pour vulgariser sa foi (…) qui lui ont valu, sous le règne de Louis-Philippe, plusieurs condamnations à la prison. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article173937, notice SAURIAC Xavier [SAURIAC Jean, Baptiste, Xavier] par Notice revue et complétée par Michel Cordillot et Gauthier Langlois, version mise en ligne le 13 juin 2015, dernière modification le 28 mai 2019.

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot et Gauthier Langlois

OEUVRE (cotes de la Bibl. Nat.) : Réforme sociale ou Catéchisme du prolétaire, Paris, 1834, in-8°, 144 p., R 50160. — La Mort de Jésus, Paris, 1849, 8° Yth 25484 (le 1er acte seul), 1850, 79 p., 8° Yth 25485 (les cinq actes). — Un système d’organisation sociale, Paris, 1850, in-8°, 246 p., R 50161 ; 2e éd. Toulouse, Caillol et Baylac, 1869, in-12, 320 p. — Les Cimetières de France, Paris, 1853, 4° L 22/5.

SOURCES : Geneanet. — Bnf Gallica, fichier Bossu, Xavier Sauriac, Sauriac. — État civil ou recensements de Montgiscard, Toulouse, Paris, Livry-Gargan, Durance. — Arch. Nat., BB 30/413, P. 1246. — Arch. Dép. Cher, série M, liasse Police politique. — Procès des accusés d’avril devant la Cour des pairs, publié de concert avec les accusés, Paris, Pagnerre, 1835, 4 vols. — Cour des pairs, Affaire du mois d’avril 1834. Rapport fait à la Cour des pairs par M. Girod (de l’Ain), Paris, Imprimerie royale, 1834-1836, vol. 6, 11. — Tableau synoptique des accusés d’avril jugés par la cour des pairs établi par Marc Caussidière, Lyon, imprimerie de Boursy fils, 1837, Arch. Nat. BB 30/294, Bibl. Nat. in-4° Lb 51/24984. — Cour des pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983, CC 594 D 1 N° 251, CC 617 D 7. — Madelaine Janian, « A propos d’Alexandre Bida », Annuaire de la Société d’histoire des régions de Thann-Guebwiller, vol. 15,‎ 1983, p. 89-95. —. Maxime Du Camp, Les ancêtres de la Commune : L’attentat Fieschi, Paris, Charpentier, 1877, p. 256-257. — H. Chauvot, Un voyage en diligence, Paris, Marc-Aurel, 1848, in-4, 4 p. — Le moniteur universel, 23 janvier 1836, 19 juillet 1851, 12 octobre 1851. — Le Rappel, 19 mars 1871. — Réimpression du Journal officiel de la République française sous la Commune, Paris, 1871, p. 44. — Jacques Grandjonc, Communisme/ Kommunismus/ Communism. Origine et développement international de la terminologie communautaire prémarxiste des utopistes aux néo-babouvistes, Trier, Karl Marx Haus, 1989. — Bibliothèque nationale de France, Notice autorité de Xavier Sauriac. — Christiane Lamoussière, Patrick Laharie, « SAURIAC, Jean-Baptiste, Le personnel de l’administration préfectorale, 1800-1880 : répertoire nominatif : répertoire territorial et introduction, Paris : Centre historique des Archives nationales, 1998. — Note de R. Shapira.

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