Née en 1939 à Brazzaville (Congo-Brazzaville) ; Employée à la caisse nationale de prévoyance sociale ; Confédération générale africaine du travail (CGAT) ; Union de la jeunesse congolaise (UJC) ; Union révolutionnaire des femmes congolaises (URFC) ; Comité central du Mouvement National de la Révolution(MNR).

Alice Badiangana a étudié dans une école catholique de Brazzaville jusqu’à la septième [1] . Elle a ensuite passé le concours d’entrée pour suivre les « cours complémentaires » [2]. Son niveau d’instruction était supérieur à celui de la moyenne des filles de sa génération et elle a ainsi pu obtenir, à la fin de sa scolarité, un emploi à la caisse nationale de prévoyance sociale.
D’après ses dires, « c’est là que nait sa vocation de syndicaliste ». Il est difficile de savoir si ce sont les conditions de travail ou la rencontre avec d’autres militants syndicaux qui l’ont amené à s’engager. Dans tous les cas, elle s’est affiliée à la CGAT (la cellule congolaise de la CGT) et elle est devenue la déléguée syndicale du personnel de la caisse nationale de prévoyance sociale. A cette époque, c’était encore une simple militante, son rôle était de relayer les revendications et les difficultés de ses collègues auprès de la direction et du syndicat. En cas de contentieux, la CGAT pouvait faire pression sur la direction (avec l’aide de la CGT).
Dans le même temps, elle a participé à la création de l’UJC, l’union de la jeunesse congolaise, avec Aimé Matsika et Julien Boukambou. Elle a été un des membres permanents de l’organisation tout en conservant ses fonctions à la CGAT. Alice Badiangana a, entre autres, milité contre le projet de communauté française proposé par De Gaulle en 1958. Comme les autres militants, elle exigeait une « indépendance réelle ». A la suite de quoi, le gouvernement congolais a décidé d’emprisonner tous les membres actifs de l’UJC sous couvert de complot communiste. Alice Badiangana a ainsi été la première femme congolaise à faire de la prison pour ses opinions politiques avant l’indépendance.
Elle a été libérée, six mois plus tard (en septembre 1960), à la suite d’un procès qui a conclu à un non lieu. Elle a bénéficié du contexte favorable de l’accession du Congo à l’indépendance. En effet, la CGT a dépêché un de ses avocats au Congo, maître Michel Bruguier, pour exiger la libération de tous les militants ; et dans le même temps, André Malraux (représentant de la France pour cette passation de compétence) a demandé directement au président Fulbert Youlou d’organiser un procès.
A sa libération, elle a conservé son emploi à la caisse nationale de prévoyance sociale et elle a continué à militer. Elle dit même que « la lutte a repris de plus belle ». Tous les syndicats étaient unanimes sur l’incapacité du gouvernement à agir en matière d’emploi et de conditions de travail. En août 1963, Fulbert Youlou a, en plus, décidé de créer un parti unique et un syndicat affilié au parti pour contrôler ses opposants. C’est ce qui a déclenché l’appel de tous les syndicats à la grève générale pour le 13 août 1963.
Durant larévolution des 13, 14 et 15 août 1963, Alice Badiangana a été très active. Pour elle, ce qui a fait basculer la grève générale en insurrection, ça a été l’assassinat de trois manifestants par les gendarmes congolais le 13 août. A ce moment là, les manifestants ont compris que le pouvoir userait de tous les moyens pour contenir l’opposition. Il y a donc eu plusieurs mouvements spontanés de manifestants vers le palais présidentiel pour exiger la démission de Fulbert Youlou.
Après la révolution, Alice Badiangana a participé aux débats sur la nouvelle constitution et elle a été désignée par le président Massamba-Débat (nouveau chef de l’état) pour siéger au comité central du parti unique, le Mouvement national de la révolution (MNR) (mis en place en 1964). Elle n’a alors que 24 ans. Avec dix autres membres, elle a impulsé la politique du régime durant cinq ans. En parallèle, elle a participé à la création de l’URFC (union révolutionnaire des femmes congolaises). Elle n’a pas exercé de fonctions officielles pour ne pas cumuler plusieurs mandats mais elle a toujours eu une influence importante. En 1968, après la prise de pouvoir (ou coup d’état) de Marien Ngouabi, Alice Badiangana est démise de ses fonctions. Mais elle a continué à exercer des activités politiques. Elle est devenue, d’après Frank Malanda, journaliste congolais indépendant, deuxième secrétaire de l’Assemblée nationale jusqu’en 1991.

Bibliographie : BAZENGUISSA-GANGA R., Les Voies du politique au Congo : essai de sociologie historique, Paris, Kartala, 1997.
BERNAULT F., Démocraties ambiguës en Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Gabon, 1940-1965, Paris, Karthala, 1996.

SOURCES : Entretien avec Alice Bandiagana, fait le mardi 16 septembre 2014 à 17h à Bacongo (case B15 centre sportif).

DIBAKANA MOUANDA J.A., 101 personnalités qui ont marqué les 50 ans (1960-2010) du Congo-Brazzaville, Antony, Di-M Consulting, 2012.
Site internet : http://kovalin.chez-alice.fr/portrait.html

Héloïse Kiriakou

[1La septième est la dernière classe de l’école primaire qui équivaut à un CM2 aujourd’hui.

[2Les « cours complémentaires » étaient l’équivalent des quatre années du collège mais c’était une formation qui était prise en charge par les écoles primaires.

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