SARDOU Charles [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par René Merle, Michel Cordillot.

Né à Marseille (Bouches-du-Rhône) en 1823, ouvrier bouchonnier, Charles Sardou fut un des militants en vue du parti démocratique à Hyères (Var) sous la Deuxième République. Membre du Cercle populaire, signalé comme un « démagogue dangereux » du fait de l’influence qu’il exerçait sur les bouchonniers, il prit une part active à la journée insurrectionnelle du 5 décembre 1851 ; mais contrairement à tous ceux qui furent arrêtés pour avoir cru la promesse faite par l’officier dirigeant la compagnie de débarquement de la Marine nationale qui réprima le mouvement qu’il n’y aurait pas de poursuites, décida de s’enfuir et parvint à gagner le royaume sarde.

Condamné à 5 ans de transportation en Algérie, il décida alors de gagner New York avec sa famille. Le voyage fut particulièrement difficile, puisque son fils, symboliquement prénommé Freeman, naquit le 16 janvier 1854, au beau milieu de l’océan Atlantique.

Quelques semaines plus tard, Charles Sardou fut, avec son ami Gilbert Billard, l’un de ceux qui se laissèrent tenter par l’aventure des pionniers. Ces « courageux citoyens » décidèrent de partir pour l’Ouest. Accueillis durant quelques jours à St Louis dans le Missouri par Louis Cortambert (voir ce nom), ils partirent ensuite pour le Kansas, préféré au Nebraska pour avoir « l’honneur de participer à la croisade contre l’esclavage » tout en jouissant d’un climat jugé plus clément.

Le 28 août 1854, ils s’installèrent comme fermiers sur le site de la future ville de Topeka à l’initiative de l’Emigrant Aid Society. Ils prirent possession de terrains voisins appartenant à la section 28, de part et d’autre de ce qui est aujourd’hui la N.E. Sardou Avenue. Ils eurent à affronter des débuts difficiles, et la cabane de Sardou fut à trois reprises détruite en 1854, d’abord par une inondation, puis par une tempête et enfin par un incendie. En plein hiver, il fut contraint de traverser à pied le fleuve gelé avec sa famille pour aller se réfugier chez les Indiens de Silverlake. Peu après Sardou et Billard étaient rejoints par Antonin Campdoras, à qui ils firent un bon accueil.

Durant la période marquée par de violents affrontements qui précéda la guerre de Sécessions (« Bloody Kansas », 1856-57), Sardou soutint naturellement la cause antiesclavagiste.

En septembre 1870, dès que fut connue à Topeka la nouvelle de la chute de l’empire, Charles Sardou, que le mal du pays n’avait jamais quitté, décida de repartir en France via New York pour défendre la République. Son voyage fut financé par une souscription organisée par les Français du Kansas. Après la défaite et la chute de la Commune, il regagna Topeka en septembre 1871.

En 1883, Charles Sardou, qui avait obtenu l’année précédente une pension annuelle de 800 F au titre de la loi de réparation nationale, décida de laisser sa ferme à son fils pour rentrer définitivement au pays en compagnie de son épouse. Il s’installa à Carqueiranne (les Salettes), qui constituait alors un écart de Hyères. Propriétaire et rentier, il fut un membre actif du cercle républicain local, le Cercle populaire du littoral, ainsi que de la Libre Pensée. Il mourut le 2 novembre 1894, et ses obsèques furent l’occasion d’une imposante manifestation anticléricale (Le Petit Var, 8 novembre 1894).

Son fils Freeman fit fortune dans le commerce des fruits et légumes sur sa propriété d’Oakland (North Topeka). En 1910, il vint en France pour chercher sa mère et la remmena avec lui aux USA. Un pont et une avenue perpétuent aujourd’hui le souvenir de cet homme, qui, avec son fils, sauva 200 personnes à North Topeka lors de l’inondation de 1903.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article165861, notice SARDOU Charles [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par René Merle, Michel Cordillot., version mise en ligne le 6 octobre 2014, dernière modification le 6 octobre 2014.

Par René Merle, Michel Cordillot.

SOURCES : Archives communales de Carqueiranne et de Hyères (Var) ; AD Var ; Le Républicain, 25 août 1854 ; Le Petit Var, 8 novembre 1894 ; William G. Cutler, History of the State of Kansas, Chicago, A.T. Andreas, 1883 ; Kansas, a Cyclopedia of State History, Chicago, Stand. Publ., 1912 ; Topeka City Directory, 1912 ; Charles Clerc, Les Républicains de langue française aux Etats-Unis, 1848-1871, Thèse, Univ. Paris XIII, 2001, p. 121 ; Kris Schulz, The Little City that Was. The Story of Oakland as a City and a Neighborhood, Pocarmo Books, 2002.

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