MARTELET Célestin, Joseph [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Né le 2 mars 1821 à Charleville (Ardennes), mort le 9 juillet 1897 à Boulogne (Hauts-de-Seine) ; cordonnier bottier, ancien compagnon du Tour de France ; révolutionnaire quarante-huitard, exilé après le coup d’État du 2 décembre à Londres, puis aux États-Unis ; membre probable de l’Union républicaine de langue française et de l’AIT ; correspondant du Socialiste et du Bulletin de l’Union républicaine ; une des principales figures de proue du mouvement socialiste franco-américain durant la période de la Première Internationale.

Célestin Martelet fut condamné en 1840 à trois semaines de prison pour outrage à agents. Venu s’installer à Paris, il demeurait au lendemain de la Révolution de février 1848 au n° 54, Faubourg du Roule. Début mars, il fut l’un des fondateurs du Club républicain du Faubourg du Roule. Le 17 mars, lors de la constitution définitive du bureau, il fut élu 2e vice-président du club. De mars à juin, il intervint comme orateur dans divers clubs. Lieutenant de la 1ère légion de la Garde nationale, il fut contraint de donner sa démission après les journées de Juin. Il fut alors nommé délégué du Ier arrondissement au Comité démocrate socialiste et, travaillant peu, il semblait aidé financièrement par le « parti » pour faire de la propagande. Jouissant d’une certaine réputation dans la classe ouvrière en raison de l’ardeur de son prosélytisme politique, il s’efforça d’entraîner les ouvriers au lendemain du coup d’État du 2 décembre, et il parcourut plusieurs communes autour de Paris pour les appeler à l’insurrection. Le 4 au soir, il envoya chercher les ouvriers d’un fabricant de clouterie, rue du Faubourg Saint-Honoré, où il habitait, et il aurait tenté de renverser un omnibus pour construire une barricade. Disparu de son domicile après le 5 décembre, il fut condamné à la transportation (« Algérie plus »).

Réfugié à Londres, Célestin Martelet stigmatisa, dans une réunion tenue à Holborn par les proscrits l’attitude de Schœlcher et des « rollinistes » qui avaient décidé de ne plus verser aux socialistes le secours quotidien de 4 shillings provenant des cotisations payées par les ouvriers de Paris pour venir en aide aux exilés sans travail. Martelet s’écria « Ces messieurs, ne pouvant plus nous mitrailler comme en juin 1848, nous font maintenant la guerre à coup de ‘Pas de pain’ ! » Il proposa aux proscrits qui avaient un emploi de prendre en charge ceux qui n’en avaient pas. Ainsi fut fait, et les sans-travail continuèrent de recevoir leurs 4 shillings comme par le passé.

Célestin Martelet émigra ensuite aux États-Unis, sans doute à la fin des années 1850. On le retrouve en effet installé à New York, 38 5e rue en 1860. Envoyant 50¢ pour aider à la fondation du Revendicateur (ce qui laisse supposer qu’il appartenait déjà au petit cercle des amis et sympathisants du Libertaire de Joseph Déjacque), il demandait instamment que tous les efforts soient faits pour enseigner l’histoire aux travailleurs, dont l’ignorance devait être tenue pour responsable des erreurs qu’ils commettaient, comme par exemple l’élection à la présidence de la République de Louis-Napoléon Bonaparte.

Après la guerre de Sécession, Célestin Martelet était installé à Mamaroneck, dans l’État de New York, où il continuait d’exercer son métier de cordonnier. Sans doute membre de l’Union républicaine de langue française et de l’AIT, il resta, bien qu’isolé, en étroit contact avec le mouvement socialiste francophone, versant généreusement aux souscriptions organisées par les Internationaux au bénéfice des veuves et orphelins des combattants de la Commune ou encore des grévistes de Paterson (New Jersey). En 1873, il fit le voyage pour assister à New York au banquet commémorant l’anniversaire du 18 mars ; il était par ailleurs en rapport avec Jules Leroux (alors installé au Kansas), et il adressa au journal ce dernier une lettre célébrant la chute de la colonne Vendôme. L’année d’après, il était de nouveau présent à New York pour honorer l’anniversaire du 18 mars, et il prononça à cette occasion un long discours dans lequel il prenait la défense des femmes calomniées (le Bulletin de l’Union républicaine et L’Étoile du Kansas en donnèrent de larges extraits). À plusieurs reprises au cours des années suivantes, il fit parvenir au Bulletin de longues lettres dans lesquelles il exprimait son opinion. On retiendra essentiellement sa protestation en janvier 1876 contre la décision qui venait d’être prise d’ériger à l’entrée du port de New York la Statue de la Liberté donnée par la France (« De quelle utilité ne nous sera pas cette statue, ô Sans-culottes, quand elle aura allumé sa lanterne. Je ne crois pas que ses rayons vous réchaufferont beaucoup, mais ils pourront servir à éclairer ceux d’entre vous qui, ne pouvant se procurer du travail, et trop dignes pour aller mendier leur pain, vont la nuit chercher leur nourriture parmi les détritus de Washington Market et d’ailleurs, puis, l’estomac bien garni de trognons de choux, vous pourrez coucher par terre, contempler les centaines d’églises, de temples, de synagogues, monuments d’orgueil et d’hypocrisie, tous remplis de fauteuils bien capitonnés, de coussins, chauffés au calorifère, qui demeurent inoccupés jour et nuit, tandis que vous, qui les avez construits, ornés, décorés et payés, allez grelottants sous la bise solliciter un coin de planche parmi la vermine de toute sorte dans la sentine des stations de police. Hourra pour la Liberté éclairant le monde ! ») ; on notera aussi sa longue lettre « Aux prolétaires des États-Unis », parue en septembre 1876 à propos du centenaire de la Déclaration d’Indépendance. Tout en s’intéressant de près à la situation en Amérique, il restait très attentif aux événements survenus en France, comme le prouve son article plein d’une ironie cinglante sur « Le Sénat conservateur » paru dans le Bulletin en avril de la même année.

En 1880, Célestin Martelet fut avec Mégy et Drury l’un des orateurs appelés à s’exprimer lors de la commémoration de la Commune organisée à New York. Il était toujours à Mamaroneck en décembre de la même année, ainsi que l’atteste la lettre qu’il adressa au journal L’Observateur – feuille communiste non-séparatiste publiée à Corning (Iowa) par le cabétiste J.-B. Gérard (voir ce nom), pour demander que ce journal ne lui soit plus adressé. Cela impliquait qu’il avait pris parti pour la Jeune Icarie, contrairement à la majorité des communistes new-yorkais.

De retour en France peu après, Célestin Martelet obtint une pension au titre de la loi de réparation nationale de 1881. Sa fille Augustine, veuve Van Vloten, bénéficia d’une reversion après son décès en 1897.

Plusieurs auteurs ont confondu Célestin Martelet avec son neveu, le communard Jules Martelet, auquel il avait d’ailleurs écrit durant la Commune qu’il était prêt à venir défendre le gouvernement du peuple de Paris les armes à la main en cas de besoin. Réfugié à Genève, Bruxelles et Londres, Jules Martelet, ne mit en fait jamais les pieds outre-Atlantique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article159526, notice MARTELET Célestin, Joseph [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 5 juin 2014, dernière modification le 6 juin 2014.

Par Michel Cordillot

SOURCES : AN, F15 4177. — Rapport du consul de France, 4 avril 1873, Arch. P. Po. Ba/435. — Les Murailles révolutionnaires de 1848, Paris, Picard, 17e éd., nd [1868], vol. II, p. 401-402. — Le Revendicateur, 8 décembre 1860. — Le Socialiste, 22 décembre, 29 décembre 1872, 12 février 1873 entre autres. — L’Étoile du Kansas, 1er novembre 1873, 1er juin 1874 entre autres. — Bulletin de l’Union républicaine, 16 avril 1874, 17 janvier, 17 avril, 16 septembre 1876 entre autres. — Labor Standard, 3 avril 1880. — Denise Devos, La Troisième République et la mémoire du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Paris, Arch. nat., 1992. — Bulletin des Amis de P. Leroux, n° 10, 1993 (allocution de Jules Martelet, délégué de la Commune, à l’occasion des obsèques de Pierre Leroux, p. 237).

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