NOËL Roger [dit Babar] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Hugues Lenoir

Né le 22 mai 1955 à Ixelles (Belgique) ; imprimeur, affichiste, éditeur et militant socialiste libertaire belge francophone.

Ses parents Denise et Raymond nés à Bruxelles étaient ouvriers tous les deux dans de petites entreprises du secteur électrique, ils n’eurent pas d’engagement politique connu. À 15 ans, après un certificat d’étude et quelques renvois de différents collèges, Babar fut apprenti typographe. Il fréquenta les milieux « gauchistes » de l’après Mai 68. Il participa alors à une première manifestation, violemment réprimée par la gendarmerie, contre les traitements infligés aux jeunes en « maisons de correction », puis à d’autres manifestations contre la guerre du Viêt Nam, contre les dictatures en Espagne, en Grèce et au Portugal avant la révolution des Œillets, contre le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili par Pinochet, etc. Fin 1970, il participa à la création de La Parole au Peuple, groupe « mao-spontex » proche de la Gauche prolétarienne. Il contribua aussi à l’Agence de presse Libération-Belgique fondée, en 1972, par Maurice Beerblock.

De 1974 à 1976, il a travaillé dans l’édition, à l’hebdomadaire POUR, le journal d’extrême gauche le plus important de l’après-68 dans la communauté française de Belgique. Le 5 juillet 1981, les locaux de POUR sont détruits dans un incendie criminel. Il se rapprocha ensuite du courant socialiste libertaire. En 1976, il a rejoint le collectif qui éditait le journal Alternative libertaire créé à l’initiative de Jean-Marie Neyts en octobre 1975. En mars 1977, il créa l’association sans but lucratif (asbl) « Imprimerie du 22-Mars » dont il sera la cheville ouvrière jusqu’au printemps 2004.Cette imprimerie associative réalisa des travaux pour, entre autres, Amnesty International (Belgique et France), la revue LGBT Tels Quels (précédemment Antenne rose dont il était l’éditeur responsable), les Éditions du Monde libertaire, la Fédération anarchiste, Act Up-Belgique, etc. Le collectif de l’asbl 22-Mars se développa autour de campagnes thématiques : anti-nucléaire, radios libres, mouvement de révolte de la jeunesse, contre-information au travers du Bulletin d’Information et Liaison (BIL), etc. et du journal Alternative Libertaire (Belgique), que Roger Noël prit en charge entre 1977 et 2001 (plus de 200 numéros). À partir de 1978, il fut à l’initiative du mouvement des radios libres en Belgique francophone et membre fondateur de l’Association pour la Libération des Ondes - Belgique (ALO-B), de Radio z’Alternatives Bruxelles et de Radio Air Libre à Bruxelles.

Début 1982, il participa à plusieurs convois vers la République populaire de Pologne, y introduisant de l’argent et du matériel (tracts, livres, machines à écrire, papier, encre, outils radio et vidéo…) à destination du syndicat Solidarnosć, illégal depuis l’état de siège décrété en décembre 1981 par le général Jaruzelski. Son action était soutenue et financée par le bureau bruxellois de la Confédération internationale des syndicats libres. Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1982, lors de son troisième voyage, il est arrêté à Varsovie, alors qu’il livrait à la structure clandestine de Radio Solidarnosć de Mazovie, un émetteur de radio. Emprisonné à Varsovie, il fut symboliquement élu président du Conseil des Radios Locales, à l’origine de l’actuel Conseil supérieur de l’audiovisuel en Belgique francophone. Un mouvement de solidarité se développa appuyé sur des comités de soutien (à Bruxelles, à Paris, à Toulouse et jusqu’en Australie) qui organisèrent des manifestations. Les 22 et 23 novembre 1982, il comparaissait devant un tribunal militaire à Varsovie, toujours sous le régime de l’état de siège. Il est condamné à trois ans de prison, peine convertible en une caution de 400 000 francs belges. La somme fut réunie en 48 heures grâce aux bénéfices d’un concert de solidarité de Léo Ferré le 22 novembre 1982 à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et par souscription publique, tous les partis politiques francophones y contribueront, sauf le Parti communiste belge. Il est libéré après 143 jours, au régime d’isolement. Après la chute du mur de Berlin, le 13 mai 1992, la Cour suprême de Pologne l’a acquitté pour ces faits.

De 1977 à 1997 il était un militant anarchiste autonome, puis il a adhéré en 1997 au groupe de Bruxelles de la Fédération anarchiste francophone, qu’il a contribué à fonder, puis au groupe Bakounine de Charente-Maritime dont il démissionna en 2003.

En janvier 2001, les éditions du Monde libertaire et les éditions Alternative Libertaire publiaient une brochure intitulée : Unité. Pour un mouvement libertaire, signée Jean-Marc Raynaud avec la complicité de Roger Noël Babar. Le 22 mars suivant, les deux auteurs rendaient public pour signatures individuelles ou collectives un second texte Unité ! Appel pour un mouvement libertaire, dans la perspective « d’une initiative pour la tenue des états généraux du mouvement libertaire ». Cet appel rassemblera près de 500 signatures en France et en Belgique.

En 1996, 2002 et 2004 , il avait coédité Le drapeau noir, l’équerre et le compas de Léo Campion avec la Maison de la solidarité et de la fraternité (qui réunit le groupe Francisco Ferrer de la Fédération anarchiste, Alternative libertaire et le syndicat interco de la CNT 91), un ouvrage qui rassemble une série de portraits de libertaires francs-maçons et/ou de francs-maçons libertaire tels que Pierre-Joseph Proudhon, Mikhaïl Bakounine, Élisée Reclus, Louise Michel, Sébastien Faure, Francisco Ferrer, Paul Robin, Voline, Gaston Leval, etc. Dans cette lignée des anarchistes franc-maçons dont les belges Hem Day ou Léo Campion, il a été initié à la fin des années 1980 au Grand Orient de Belgique puis s’est affilié au début des années 2000 au Grand Orient de France.

En 1994, il participait à la création de la Liaison pour l’autonomie des personnes, aiguillon des mouvements contre la visite du pape Jean-Paul II en Belgique, et il éditait l’affiche « Contre le SIDA, la capote, pas la calotte ». En 2000, il était parmi les premiers signataires de l’Appel Pour l’insolence et le blasphème lancé par la Ligue pour l’abolition des lois réprimant le blasphème et le droit de s’exprimer librement.

Début 1977, il publiait le Guide de la Belgique des luttes aux Éditions Vie Ouvrière. Dans le volume 2, au chapitre Contraception & Avortement sont données les adresses des cinq centres hospitaliers qui pratiquaient des interruptions volontaires de grossesse alors illégales en Belgique. Le vendredi 15 mai 1977, la police judiciaire saisit, au siège des éditions, l’ensemble des exemplaires du deuxième volume. Le seul livre jamais saisi en Belgique. Au début des années 1980, il édita sous le titre 22 ! v’là les flics ! : Police : mode d’emploi, un petit guide des droits du citoyen face à la police. En 2001, Roger Noël cesse d’animer Alternative libertaire (Belgique) et se retire en France où il poursuivit son activité d’imprimeur et d’éditeur jusqu’en 2004.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156991, notice NOËL Roger [dit Babar] [Dictionnaire des anarchistes] par Hugues Lenoir, version mise en ligne le 22 février 2014, dernière modification le 21 août 2018.

Par Hugues Lenoir

ŒUVRE : Plus d’une centaine d’affiches politiques (http://libertaire.pagesperso-orange.fr/affiches.html).
« Citizen Kane in Brussels », interview de Jean-Claude Garot fondateur du journal POUR, Alternative Libertaire, n° 88, mars 1987. — Le hasard et la nécessité : comment je suis devenu libertaire, mars 1997, contribution, Éditions du Monde libertaire et Alternative Libertaire. — Pour l’anarchisme in Unité pour un mouvement libertaire, 2001, Éditions du Monde libertaire et Alternative Libertaire. — Antifascisme ou anti-capitalisme ? Interview publiée, en 1998, dans le magazine RésistanceS. — Contre l’apartheid social !, Alternative Libertaire, février 2001. — Collectif, Le Travail, contribution Contre l’apartheid social : révolutionnons le nouvel ordre mondial, Éditions du Monde libertaire et Alternative Libertaire, 2002.

SOURCES : Nicolas Inghels, « Histoire du mouvement anarchiste en Belgique francophone de 1945 à aujourd’hui », revue Dissidences, 3 novembre 2011. — Institut international d’histoire sociale (Amsterdam). — Centre International de Recherches sur l’Anarchisme (Lausanne). — Le Soir (Belgique), sélection d’articles de 1978 à 2002. — Robert Prot, Des radios pour se parler : les radios locales en France, La Documentation française, 1985. — José Gotovitch, Anne Morelli, Presse communiste, presse radicale, 1919-2000 : passé, présent, avenir ?, Aden, 2007. — « Pologne : libérez Babar ! (1982) », in Histoire de l’anarchisme, des anarchistes, et de leurs foutues idées au fil de 150 ans du Libertaire et du Monde Libertaire, volume 10, 1981-1990, Paris-Bruxelles, Éditions du Monde libertaire et Alternative Libertaire, Increvables anarchistes n° 10, p.23-24, 2002. — Combat, hebdomadaire édité par la FGTB (1961-1992), 1983 et 1984. — Caroline Loré, Alternative Libertaire : un journal dissident pour des lecteurs différents , Université libre de Bruxelles, 1998-1999.

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