BERTHET Nicolas [Dictionnaire des anarchistes]

Par Yves Lequin, Maurice Moissonnier et Gérard Raffaëlli, notice revue par Guillaume Davranche

Né le 21 décembre 1875 à Saint-Étienne (Loire), décédé en juillet 1930 ; ouvrier passementier, puis métallurgiste, puis représentant de commerce ; anarchiste et syndicaliste.

Après avoir été passementier, puis métallurgiste, Berthet, au retour du service militaire, partit dans le Nord où il se fit représentant en cafés. C’est à Lens et à Denain qu’il semble avoir adhéré aux idées libertaires. En juin 1907, il était signalé par le préfet du Nord comme un agitateur dangereux, partisan de l’action directe.
Revenu à Saint-Étienne, il participa à la campagne contre « Biribi » (voir Émile Rousset), et fut proposé en septembre 1910 pour l’inscription au carnet B.
En mars 1911, il fonda avec Rascle* et Liothier* le Groupe d’action syndicaliste révolutionnaire de la région de la Loire qui, de Saint-Étienne, essaima vite à Roanne, Rive-de-Gier et Grand-Croix. Avec eux toujours, il fit la campagne contre la loi des trois ans en 1913.

Les 1er et 2 novembre 1913, il prit part au congrès anarchiste régional de Lyon (voir Henri Toti), qui fonda la Fédération anarchiste du Sud-Est.

En août 1914, il fit partie de la poignée de militants révolutionnaires qui, pour échapper à l’ordre de mobilisation, prirent le maquis en se cachant dans les forêts du Pilat.

En novembre 1914, il fut affecté spécial à la Manufacture nationale d’armes de Saint-Étienne. Le 10 avril 1916, il fut muté à l’usine de mitrailleuses Hotchkiss, chemin de la Grange-Rouge, à Lyon, où il travailla comme fraiseur. Il s’installa alors au 13, rue Longefer, à Monplaisir.

En octobre 1916, Nicolas Berthet cofonda la section lyonnaise du Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI), qui se réunissait au Café des Réunions, 74, rue Sébastien-Gryphe. Il en fut le secrétaire, Henri Bécirard* en étant le secrétaire adjoint, et Henri Toti le trésorier. En lien avec Merrheim, il chercha à organiser des distributions de tracts contre la guerre à la sortie des usines lyonnaises et, dès la Toussaint 1916, entreprit plusieurs visites à Givors, à Saint-Étienne et à Saint-Chamond pour tenter de susciter des sections du CRRI. Dès le 22 janvier 1917, il disait sa confiance dans l’action de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg. Il fut cependant rapidement en butte à des tracasseries policières et dut se faire discret. Le 15 avril 1917, il fut remplacé au secrétariat du CRRI lyonnais par René Marchal*, du syndicat des garçons d’épicerie.

En cette année 1917, Nicolas Berthet devint secrétaire du syndicat des aciéries de Saint-Étienne. En décembre 1917, il intervint au cours d’un meeting pour la libération de Clovis Andrieu dans un sens « défaitiste et révolutionnaire » selon le commissaire spécial qui rapporta que, selon l’orateur, « une ère nouvelle allait surgir de cette guerre et la révolution ouvrière préparait la révolution sociale ».
Nicolas Berthet fit ensuite partie du deuxième CRRI lyonnais, fondé en février 1918, avec les socialistes Claude Calzan, Paul Cuminal, Henri Michon, Pierre Capelle, Georges Lévy et Félix Métra. Comme celui de Paris, ce deuxième CRRI se transforma en mai 1919 en Comité de la IIIe Internationale et Berthet en fut membre.

En parallèle, avec Henri Fourcade* et Bécirard, Berthet animait la section lyonnaise du Comité de défense syndicaliste (voir Paul Véber). Il faisait en outre partie du Comité Villette-Paul Bert, une organisation de quartier très active où se côtoyaient socialistes et anarchistes, et encore du groupe des Causeries populaires où s’exprimaient à l’époque les différentes composantes du mouvement ouvrier. Du 15 au 21 septembre, il fut délégué (minoritaire) des menuisiers de Lyon au congrès confédéral CGT.

Début 1920, il était ouvrier aux établissements Weitz. Le 28 février, pendant les grèves de la métallurgie, il prit la parole dans un meeting de 4 000 grévistes au cirque Rancy, et se déclara « bolcheviste », « nouvelle étiquette représentant un régime qui donnera plus de liberté et plus de justice à la classe ouvrière ». En raison de l’impossibilité d’une conciliation, il préconisa « un changement de régime favorable au prolétariat ». Le 20 mars encore, devant 2 000 grévistes, salle Oger, il salua « la victoire des soviets allemands » qui avait mis en déroute le putsch de Kapp, et fit voter un ordre du jour en faveur de la République allemande des soviets.

En avril 1920, le Comité Villette-Paul Bert fonda une feuille intitulée Lyon-Communiste et, en mai, il se transforma en devenant une section du Comité de la IIIe Internationale. Nicolas Berthet y était responsable du 4e secteur (Lyon 7e).
Du 27 septembre au 2 octobre 1920, il fut délégué (minoritaire) au congrès confédéral CGT d’Orléans par les menuisiers, plombiers-zingueurs, serruriers et employés du bâtiment.

Après la scission confédérale de décembre 1921, Nicolas Berthet opta pour la CGTU. Le 25 mars 1922, il présida un meeting de l’UD-CGTU, avec le concours de Toti et de Fourcade, à la mairie de Lyon 6e.

Au Ier congrès confédéral CGTU, tenu du 25 juin au 2 juillet 1922 à Saint-Étienne, Nicolas Berthet, délégué des menuisiers de Lyon, fit partie des rares Lyonnais à voter pour les motions Monmousseau*. Il fit ensuite partie de la minorité de l’UD du Rhône fidèle à la direction confédérale de la CGTU, pro-Moscou.

Au IIe congrès confédéral de la CGTU, à Bourges, du 12 au 17 novembre 1923, il fut délégué du textile de Vienne. Lorsqu’il monta à la tribune pour prendre la parole, des cris fusèrent des bancs de la minorité : « Bonjour caméléon ! Salut Frigoli ! » Théophile Leclair* lui lança : « Bonjour, Charlot ! » Berthet répondit qu’il ne tiendrait aucun compte des apostrophes de ses « ex-amis » et se lança dans un discours favorable à la conception léniniste de la révolution et, quoique partisan de l’indépendance syndicale, à une révision de la Charte d’Amiens et à « un remaniement complet de la vieille phraséologie syndicaliste ».

Fin 1924, la CGTU créa une nouvelle UD dans le Rhône, entièrement loyaliste, et l’UD « historique », animée par les libertaires, passa à l’autonomie. En mars 1925, Nicolas Berthet appartenait à l’UD-CGTU loyaliste. En août, il prit part à la campagne contre la guerre du Rif.

A l’occasion du 1er mai 1927, il fut le délégué CGTU pour Saint-Chamond, Chabanis et Rive-de-Gier.

C’est probablement le même Berthet qui fit un rapport sur les coopératives à la conférence de région du PCF lyonnais en 1927, et intervint sur le même thème à un congrès de rayon en mars 1928.

La Révolution prolétarienne du 10 septembre 1930, annonça sa mort survenue à la suite d’une affection cardiaque. Il avait été enterré le 31 juillet.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156506, notice BERTHET Nicolas [Dictionnaire des anarchistes] par Yves Lequin, Maurice Moissonnier et Gérard Raffaëlli, notice revue par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 25 février 2014, dernière modification le 5 juin 2019.

Par Yves Lequin, Maurice Moissonnier et Gérard Raffaëlli, notice revue par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Nat. F7/13256, 13053, 13090, 14607, 13613, rapports des 4 octobre et 10 novembre 1916 — IMTh., bobine 252 — AD de la Loire, 19M4, 19M20, 19M24, 19M25, 19M26 et 19M38 — Arch. Dép. Nord, M157/2 — AD du Rhône 4M535 ; 10M83 et 84 — Claire Auzias, Mémoires libertaires, Lyon 1919-1939, L’Harmattan, 1993 — Boris Ratel, « L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment de 1919 à 1939 », mémoire de maîtrise en histoire, université Paris-I, 2000 — François Ferrette, « Le Comité de la IIIe Internationale et les débuts du PC français », mémoire de maîtrise, université Paris-I, 2004.

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