MAHÉ Armandine [Dictionnaire des anarchistes]

Par Anne Steiner

Née à Bourgneuf-en-Retz (Loire-Inférieure) le 13 octobre 1880, morte le 28 novembre 1968 ; institutrice, puis couturière ; anarchiste individualiste.

Armandine Mahé a exercé le métier d’institutrice comme sa sœur Anna Mahé* et également celui de tailleuse pour dames à Nantes, selon son dossier de police. Venue à Paris vers 1903, elle a participé à la création du journal l’anarchie et y a longtemps assuré les fonctions de trésorière. Elle participait aux Causeries populaires et écrivait également quelques articles. Elle vivait au 22, rue du Chevalier de la Barre et jouait un rôle important dans cette petite communauté de vie et de travail. En juillet 1905, elle eut un enfant, dont Libertad* aurait été le père selon certains.

Elle estimait que les individualistes ne s’intéressaient pas assez au combat pour la réduction du temps de travail, qui aurait pourtant permis aux ouvriers de lire et d’étudier. Elle dénonçait leur tendance à se constituer en petite aristocratie scientifique. Le 6 février 1908, un rapport de police fait état d’un conflit entre Libertad, défendu par Anna Mahé, et Henry-Pierre Martin*, typographe et rédacteur, soutenu par Armandine Mahé. Ces derniers accusaient Libertad de vivre du produit des ventes du journal alors que les collaborateurs, qui fournissaient un gros travail, ne touchaient rien. Les rapports continuèrent de se dégrader jusqu’à la mort de Libertad, en octobre 1908.

Armandine prit provisoirement la direction de l’anarchie mais elle se prononça pour une direction collégiale dans le numéro 189 qui annonçait le décès du fondateur : "L’expérience se fera d’un travail actif sans directeur ni délégué. Libertad, à certaines époques, s’est trouvé affaibli qu’une charge trop lourde pèse sur ses épaules. Sa mort prématurée en est une des conséquences. Pareille situation ne doit pas se reproduire." Dans une lettre à Max Nettlau* datée du 18 novembre 1908, elle et son compagnon exprimaient le souhait d’élargir le cercle des collaborateurs de l’anarchie. La mort récente de Libertad, qu’elle qualifie d’autoritaire et d’ombrageux, devrait rendre certains rapprochements possible. Elle songeait à s’adresser entre autres à Pierrot* et De Marmande*, connus pour leur activité en faveur du syndicalisme, invitait Nettlau à leur adresser les textes qu’il voudrait éventuellement publier et lui demandait d’informer Malatesta de leur situation : trop peu de rédacteurs disponibles et compétents et un matériel d’impression et d’édition sous utilisé.

Elle quitta la direction du journal quelques semaines plus tard et il n’y eut plus trace de sa collaboration par la suite. Elle se maria en 1909 avec Henry-Pierre Martin qui écrivait dans l’anarchie sous le nom de Japonet. Cette même année, elle rédigea pour le groupe anarchiste italien de Paris un manifeste anti-électoraliste intitulé "Le criminel", à l’occasion des élections en Italie. Destiné à être affiché en italie, il dénonçait l’électeur comme participant aux crimes du système, donc comme criminel. Elle vivait alors 6 rue Paul Féval à Paris et exerçait la profession de tailleuse.

Un rapport de perquisition, rédigé dans le cadre de l’affaire Bonnot* au printemps 1912, nous apprend qu’elle et Henry-Pierre Martin vivaient ensemble rue Guénégaud, et élevaient trois enfants. Ils fréquentaient encore les meetings anarchistes mais s’étaient détournés des individualistes pour se rapprocher du courant communiste après leur départ de l’anarchie.

Le 4 septembre 1913, elle fut rayée du carnet B en même temps que son compagnon car ils n’étaient plus considérés comme dangereux.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156241, notice MAHÉ Armandine [Dictionnaire des anarchistes] par Anne Steiner, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 3 avril 2014.

Par Anne Steiner

SOURCES : l’anarchie 1905-1914 — Archives PPo E140, E141, BA 928. — Archives de Fontainebleau, dossier 940 462 article 33. — notes de Dominique Petit — Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam, fonds Nettlau.

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