Né le 24 avril 1884 à Kervignac (Morbihan) ; mort le 24 août 1954 à Sartrouville (Seine-et-Oise) ; ouvrier chaudronnier, puis ouvrier du livre ; anarchiste et syndicaliste.

« Le Meillour, sous des apparences rudes, était un sentimental, selon Louis Lecoin. Orateur à l’emporte-pièce, il parvenait à “égratigner” durement ses adversaires. On pouvait compter sur lui dans l’adversité. » Alphonse Barbé a tracé de lui le portrait suivant : « J’ai connu Le Meillour dès 1912 ; à cette époque je le considérais comme une sorte de forcené des idées libertaires, tellement il mettait de passion dans la défense de ses idées, faisant au besoin appel à la violence pour affirmer son point de vue ; je le perdis de vue lors de mon départ de Paris en 1913 ; nous devions nous retrouver pendant la guerre, il n’avait pas changé, toujours aussi violent, brutal même ; à part ça, un coeur d’or, mais il ne faisait pas bon discuter avec lui, il voulait toujours avoir raison. »
Fils naturel de Marguerite Le Meillour, journalière agricole illettrée, Pierre Le Meillour gagna Paris où, le 2 mars 1912, il cofonda le groupe des Originaires de Lorient, affilié à la Fédération révolutionnaire communiste (FRC). Le 16 mars, il prit part à la violente contre-manifestation qui tenta d’interdire Belleville au défilé militaire qui devait traverser le quartier en musique.
En 1914, habitant Courbevoie, il était secrétaire du groupe local de la Fédération communiste anarchiste révolutionnaire (FCAR), qui se réunissait salle Mathieu, 12, place Victor-Hugo, ou chez Bories, 63, boulevard de Courbevoie. En mai 1914, il fut condamné à quatre mois de prison par le tribunal de Versailles pour une intervention dans un meeting électoral à Rueil.
Inscrit au carnet B, il fut mobilisé en 1914 au 9e régiment d’artillerie à pied, mais il bénéficia d’un sursis d’appel et reprit son métier, ainsi que le militantisme au syndicat des métaux de la Seine.
Le Meillour s’engagea ensuite au sein du Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI), formé en janvier 1916, et qui regroupait les minoritaires pacifistes de la CGT et du PS. La section syndicaliste du CRRI, dominée par les libertaires, manifesta cependant très vite des velléités de séparation d’avec la section socialiste. Elle se détacha progressivement du CRRI et, en décembre 1916, prit son autonomie et se rebaptisa Comité de défense syndicaliste (CDS, voir Paul Véber).
À la réunion du syndicat des métaux du 31 mars 1917, avec Paul Véber et la compagne de Jules Lepetit, Le Meillour fit voter une cotisation de 100 francs au CDS, et plaida également — sans succès — pour un versement à la caisse de secours L’Entraide. En mai 1917, avec ses camarades libertaires de la minorité de la CGT, Le Meillour encouragea les grèves d’ouvrières en tentant de leur insuffler un contenu pacifiste.
Le 31 mai 1917, Raymond Péricat devint secrétaire du CDS, avec Boudoux comme secrétaire adjoint et Pierre Le Meillour comme trésorier. Un rapport de police du 3 juin le qualifia d’« anarchiste dangereux » et on estimait alors souhaitable « qu’il soit rendu à son corps ou éloigné de la capitale ».
En juin, il participa à une opération pacifiste ambitieuse : l’édition clandestine d’un numéro du Libertaire (voir Claude Content). Il fut arrêté dans le coup de filet qui s’ensuivit et comparut en correctionnelle avec plusieurs camarades. Le 11 octobre, il fut condamné à quinze mois de prison.
Après le congrès confédéral CGT de juillet 1918, Le Meillour dénonça la réconciliation Jouhaux-Merrheim, dont il fustigea l’« inconséquence ». Il était à ce moment administrateur de la caisse L’Entraide avec Léon Jahane*.
Quand, en décembre 1918, la Fédération anarchiste se reconstitua, Pierre Le Meillour en fut le secrétaire, et il participa à la relance du Libertaire dont le premier numéro parut le 26 janvier 1919. Il était capable, a dit de lui Sébastien Faure, d’« exposer fort bien nos idées ».
En mars 1919 Le Meillour fut signataire, au nom du syndicat des métaux, d’une protestation — signée également de Sirolle*, Boudoux, Remeringer, Massot*, Dondon, etc. — contre les perquisitions effectuées au siège du Libertaire après l’attentat commis par Cottin contre Clemenceau.
En juin, il prit une part très active à la grande grève des métaux parisiens, allant prendre la parole dans diverses assemblées de grévistes. Il y appelait à la révolution sur le modèle russe, et à chasser les « manitous » réformistes qui dirigeaient la CGT.
En septembre 1919, il fut trésorier du Bureau antiparlementaire, organisateur de la campagne d’abstention aux législatives de novembre. Il fut candidat abstentionniste dans la 4e circonscription de la Seine (Saint-Denis et Sceaux).
Le 14 décembre, avec Sirolle, il prit la parole au nom de la Fédération anarchiste dans un grand meeting du Comité de défense sociale au Cirque de Paris pour l’amnistie de Jacques Sadoul, des mutins de 1917 et des marins de la mer Noire, et en faveur de la Révolution russe.
S’il soutenait la Révolution russe, Le Meillour était en revanche hostile au gouvernement bolchevik. Dans Le Libertaire du 24 octobre 1920, il annonça que le congrès fondateur de l’Union anarchiste (UA) opèrerait une « sélection nécessaire » entre les anarchistes fidèles à leurs convictions, et les « néo-communistes anarchistes (?) partisans de la dictature ». En décembre, il fut un des orateurs du grand meeting de l’UA sur « les anarchistes et la dictature » rue de la Grange-aux-Belles, avec Louis Lecoin, Sirolle, Véber, Boudoux et Sébastien Faure. Dans les semaines qui suivirent, il participa à une action de protestation devant L’Humanité, pour contraindre ce quotidien à rectifier des informations concernant la mort de Jules Lepetit.
Au sein des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR), il combattit l’adhésion à l’Internationale syndicale rouge. En mai 1921, lors d’une réunion du syndicat des Métaux, il vota une motion présentée par Paul Véber réclamant l’élargissement des prisonniers politiques en Russie soviétique. Il habitait alors rue Normande, à Vanves.
À l’exception du congrès de Pantin (31 octobre-2 novembre 1925), auquel il ne put assister, Pierre Le Meillour fut, dans de l’Entre-deux-guerres, délégué à tous les congrès de l’Union anarchiste. Au congrès de Villeurbanne (26-27 novembre 1921), il préconisa l’abolition du fonctionnarisme syndical, affirmant qu’il fallait n’autoriser que des permanents techniques, et que les responsabilités syndicales devaient être confiées à des militants bénévoles. Au IVe congrès (Paris, 12 et 13 août 1923), il fut élu collaborateur « remplaçant » du Libertaire. Élu membre du comité d’initiative au congrès de Paris (1er-3 novembre 1924), son mandat fut renouvelé à celui d’Orléans (12-14 juillet 1926), où il représentait le groupe de Bezons.
En 1926-1927, Pierre Le Meillour fut un des principaux partisans de la Plate-forme (voir Piotr Archinov), désirant ne plus voir « trois orateurs se réclamant de l’anarchisme traitant le même sujet et disant le contraire les uns des autres ». Au congrès de Paris, les 30 octobre et 1er novembre 1927, l’Union anarchiste communiste adopta la Plate-forme et se transforma en Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR), entraînant la scission des synthésistes qui formèrent l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA). Pierre Le Meillour devint alors, avec Chazoff*, responsable de la fédération de l’Ouest.
Au congrès d’Amiens, du 12 au 15 août 1928, il fut élu membre de la commission administrative et trésorier de l’UACR, Louis Lecoin et Pierre Odéon* en étant élus respectivement secrétaire et secrétaire adjoint. Il gardait un souvenir amer des anarchistes ralliés à l’union sacrée en 1914 et lorsque le docteur Pierrot dans Plus loin voulut, en juillet 1928, justifier sa position de l’époque, Le Meillour attaqua dans le Libertaire les « revenants » qui « remettent ça ».
Il semble que vers 1932, le groupe de Bezons, dont Pierre Le Meillour était membre, quitta l’UACR. La plupart des membres du groupe étaient alors adhérents à la CGT-SR, et Pierre Le Meillour donna à l’époque quelques articles à La Voix libertaire, le journal de l’AFA.
Après la journée du 6 février 1934 le mouvement anarchiste se rassembla sous le signe de l’antifascisme. Pierre Le Meillour représenta le groupe de Bezons au congrès dit d’unité, tenu les 20 et 21 mai 1934 à Paris, qui réunifia l’UACR et l’AFA. Il y fut élu membre de la commission administrative de l’organisation, rebaptisée UA.
Pendant la guerre civile espagnole, Pierre Le Meillour aida Louis Lecoin à constituer le Comité pour l’Espagne libre qui se transforma, lors du congrès de l’UA de novembre 1937, en section française de la Solidarité internationale antifasciste (SIA). Lecoin en était le secrétaire, Nicolas Faucier le trésorier, et Le Meillour, membre permanent. La section française de la SIA, qui aurait compté jusqu’à 15 000 adhérents, assura aux antifascistes espagnols un soutien en argent, vivres, armes, médicaments, et entretint près de la frontière française la colonie Ascaso-Durruti qui accueillit 300 enfants.
Après la Seconde Guerre mondiale, Pierre Le Meillour n’adhéra pas à la Fédération anarchiste, mais collabora quelque temps au journal lancé par son vieil ami Louis Lecoin, Défense de l’homme. Quand il mourut, à demi paralysé, il habitait Sartrouville. À ses obsèques, Nicolas Faucier prononça une allocution que reproduisit Contre-Courant d’octobre 1954.

SOURCES : État civil de Kervignac — Arch. Nat. F7/13053, F7/13059 (rapport du 3 juin 1917) et F7/13775 — Arch. PPo. 13 a/1694 et rapport du 2 août 1941 — CAC Fontainebleau carton 19940460 (rapport du 23 mai 1934) — Témoignage d’Alphonse Barbé auprès de Jean Maitron ― La Guerre sociale du 28 février 1912 — La Bataille syndicaliste du 12 mai 1914 — CQFD, 13 octobre 1917 — Le Libertaire de l’année 1919, du 24 octobre 1920, du 25 mars 1927, du 26 octobre 1928 et du 19 juin 1931 — La Revue anarchiste de janvier 1922 — Souvenirs de Le Meillour dans Défense de l’Homme n° 71, 1954 ― Louis Lecoin, Le Cours d’une vie, auto-édition, 1965 ― Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, 1975 — René Bianco, « Cent ans de presse... », op. cit ― Alexandre Skirda, Autonomie individuelle et force collective, AS éd., 1987 — Jean-Louis Robert, Les Ouvriers, la patrie et la révolution, Paris 1914-1919, Université de Besançon, 1995 — David Berry, A History of the French Anarchist Movement 1917-1945, Greenwood Press, 2002.

Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

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