WU ZHIHUI [Dictionnaire des anarchistes]

Par Choy Hak-Kin & Y.C. révisé par Rolf Dupuy

Né le 25 mars 1864 à Wujin (Jiangsu), mort le 30 octobre 1953 à Taibei ; professeur et l’un des principaux animateurs du groupe anarchiste chinois de Paris avant 1914.

Né dans une famille de lettrés, Wu Zhihui (parfois transcris Wi Chih Hui) fut avec Li Shizeng l’une des figures de proue de l’anarchisme chinois. Entre 1897 et 1902 il occupa divers postes d’enseignement au Japon et en Chine, à Tientsin et Shanghai où, au contact des milieux révolutionnaires, il se rallia alors à la cause anti-mandchoue et dut bientôt fuir Shanghai et s’exiler d"abord en Angleterre, puis en France.

Début 1906 il gagna Paris où il rejoignit Li Shizeng et Zhang Renjie (ou Jingjiang) avec lesquels il fonda l’Association du Monde (Shinjie she), puis amené à l’anarchisme par Li Shizeng fondait avec lui et Zhang l’hebdomadaire Xin Shiji (Paris, n°1, 22 juin 1907). Sous titré en espéranto La Novaj tempoj, puis, à partir du n°51 du 28 janvier 1909, en français Le Nouveau siècle, sans doute pour rendre hommage aux Temps Nouveaux de Jean Grave*. D’ailleurs le journal était domicilié 4 rue Broca (aujourd’hui rue Edouard Quenu) dans le même immeuble que le journal de Grave. Le journal qui allait publier plus de 100 numéros en trois ans, avait été financé grâce à Zhang Jingjiang qui avait monté l’un des premiers restaurants chinois de Paris et une petite entreprise de fabrication de tofu.

Tandis que Li Shizeng se chargeait d’exposer l’idéal anarchiste à travers des traductions et des essais, Wu Zhihui faisait preuve d’un réel talent satirique contre ce qu’il appelait les « écumeurs de vérité » : la monarchie mandchoue, la famille (confucéenne) et autres institutions de la Chine traditionnelle. Il professait un anarchisme « évolutionniste » dans lequel l’anarchie ne pourrait apparaître qu’après une évolution longue et continue au cours de laquelle les anarchistes devaient éclairer le peuple en l’éduquant. Le groupe anarchiste chinois de Paris fut l’un des foyers du renouveau intellectuel qui permit l’explosion du mouvement révolutionnaire du 4 mai 1919.

Retourné en Chine lors de la révolution républicaine (1911-1912), Wu fut l’un des fondateurs avec Li Shizeng à Pékin en 1912 de la la Société pour les études en France et à Shanghai de la Société pour la promotion de la vertu. Ces sociétés furent à l’origine de l’envoi en France de nombreux étudiants chinois, parmi lesquels les futurs responsables communistes Zhou Enlai et Deng Xiaoping. Parallèlement Wu introduisait en Chine les écrits de Kropotkine et fut l’un des principaux responsables de la campagne pour la purification des prononciations de la langue chinoise et l’élaboration d’un alphabet phonétique qui sera adopté en 1918.

Wu Zhihui continua par la suite à collaborer à la presse anarchiste chinoise puis, à la fin des années 1920, comme plusieurs autres anciens militants du groupe de Paris, il rejoignit par anticommunisme le Guomintang où il tenta de constituer une fraction anarchiste. Après la victoire maoiste il partit pour Taiwan où il mourut le 30 octobre 1953. (Voir sa notice complète dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international : la Chine).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155248, notice WU ZHIHUI [Dictionnaire des anarchistes] par Choy Hak-Kin & Y.C. révisé par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 13 avril 2014, dernière modification le 13 avril 2014.

Par Choy Hak-Kin & Y.C. révisé par Rolf Dupuy

SOURCES :Dictionnaire international du mouvement ouvrier : la Chine (Notice de Choi Hak-Kin & Y.C.) — Robert Scalapino & T. Yu « The Chinese anarchist Movement » (Berkeley, 1961) — Arif Dirlik, Anarchism in the chinese revolution, University of California Press, 1991.

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