Née le 8 juillet 1898 à Savenay (Loire-Inférieure), morte le 3 novembre 1983 à Paris (XIVe arr.) ; dactylo puis correctrice , militante anarchiste.

May Picqueray (1922)
Arch. May Picqueray.
Fille de Jean-Marie Picqueray convoyeur postal (journalier sur l’acte de naissance) et d’e Marie-Louise Leray, couturière (ménagère sur l’acte de naissance) qui l’éleva très durement, Marie-Jeanne Picqueray passa son enfance en Bretagne où elle passa son certificat d’études dans une école tenue par des sœurs. Elle fut ensuite engagée par une institutrice pour s’occuper de son fils épileptique, suivit la famille au Canada où elle fréquenta le lycée de Montréal, puis, après le décès de l’un des enfants, du père tué au front puis de la mère, elle fut rapatriée. Elle travailla alors comme interprète puis comme dactylo bilingue et divorça en 1920 d’un premier mari (Frédéric Wilhem Schneyder, épousé en juillet 1916 à Saint-Nazaire) qui se droguait.
En 1918 elle partit pour Paris où elle rencontra l’étudiant en médecine serbe Dragui Popovitch, qui l’amena aux idées libertaires par des conférences de Sébastien Faure*. Membre du groupe des jeunesses anarchistes des 5e et 13e arrondissement, elle militait également aux Jeunesses syndicalistes. Elle s’engagea très vite dans le soutien à Sacco et Vanzetti, envoyant en 1921 à l’ambassade américaine un paquet contenant une grenade.
En 1922 elle devint secrétaire administrative de la Fédération unitaire des métaux et participa au premier congrès tenu par la CGTU à Saint Etienne en juin-juillet 1922. Elle fut désignée pour accompagner le secrétaire fédéral Lucien Chevalier au 2e congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou en novembre 1922. Ils s’arrêtèrent à Berlin où ils rencontrèrent des exilés russes. À Moscou, elle parvint à obtenir de Trotski la libération des militants anarchistes Mollie Steimer et Senya Flechine emprisonnés par les bolchéviques. May aimait à raconter la tête qu’avait fait Trotsky lorsque, au cours d’un repas, elle avait chanté Le triomphe de l’anarchie.
Revenue en France avec des papiers fournis par les autorités soviétiques, elle fut arrêtée à la frontière franco-belge, emprisonnée à Avesnes-sur-Helpe et condamnée pour « usage de faux papiers ». Elle fut alors inscrite au Carnet B.
Elle accueillit bientôt Nestor Makhno et sa famille dès leur arrivée en France, en 1924.
Quand les communistes prirent le contrôle de la Fédération des métaux, May abandonna son travail et partit en province où elle travailla comme rédactrice et correctrice dans un journal régional. En 1926 elle fut la secrétaire particulière d’Emma Goldman qui résidait alors à Saint-Tropez avec A. Berkman. May s’y lia avec un pêcheur, François, Félix Niel (épousé en août 1930, divorcé en 1937), dont elle eut un fils.
En août 1938 elle revint à Paris où elle travailla pour l’Office français pour l’enfance, le Comité d’aide aux enfants espagnols et les Quakers américains. En juin 1940, à l’approche des Allemands, elle alla à Toulouse où les Quakers s’étaient repliés et où elle s’occupa du ravitaillement en vivres, médicaments et vêtements des réfugiés et des internés du camp du Noë où étaient parqués des « indésirables » de toutes nationalités. Elle y retrouva le compagnon italien Alberto Meschi dont elle tenta d’organiser l’évasion avec l’aide d’un ecclésiastique, ce que Meschi refusa : « Il ne voulait rien devoir à un curé. J’eus beau insister, je ne pus le faire changer d’avis ». Elle s’occupa également des internés du camp du Vernet d’Ariège où chaque semaine elle amenait « un énorme camion chargé de tout ce que je pouvais apporter ». Après avoir fait évader neuf internés allemands du Vernet à l’été 1940 dans le camion des Quakers, et préférant se faire oublier de la police qui la suspectait, elle se réfugia avec son fils Lucien dans un petit village près de la frontière d’Andorre où elle allait passer l’hiver 1940-41.
Revenue à Toulouse au printemps 1941, elle parvint à faire libérer légalement Nicolas Lazarévitch* puis à faire sortir du camp de Gurs sa camarade Mollie Steimer. Quelques mois plus tard, après avoir franchi clandestinement la ligne de démarcation, avec son fils et sa fille Marie-May (née en août 1941), elle regagna Paris pour « aider ceux qui se trouvaient dans le pétrin ». Elle intégra à partir d’avril 1943 l’Entraide française et se lança parallèlement, y compris dans les locaux mêmes de la censure allemande et sans doute avec la complicité de Thérèse Blanchong, dans la fabrication de faux papiers (cartes d’identité, extraits de naissance, fiches de démobilisation, cartes de ravitaillement, etc) destinés à la Résistance ou aux personnes évadées ou recherchées. Outre la recherche de « planques », elle collabora à un réseau d’évasion de prisonniers français en Allemagne. Elle était alors en contact avec le groupe espagnol de Laureano Cerrada. Au printemps 1944 elle aida notamment la résistante Suzanne Charise évadée du camp de Castres et recherchée par la Gestapo, et aida plusieurs personnes recherchées par les nazis à franchir la ligne de démarcation.
En septembre 1945, avec sa fille Sonia, qui avait servi d’agent de liaison dans un maquis en Dordogne, elle alla retrouver à Gênes son ancien ami Fernando Gualdi, qu’elle avait essayé en vain de faire évader du camp du Vernet et qui venait tout juste d’être libéré mal en point d’un des bagnes fascistes italiens.
Devenue correctrice à la Libération, d’abord à l’Imprimerie du Croissant, puis au journal Libre Soir Express, elle fut admise le 1er octobre 1945 au syndicat CGT des correcteurs qui ne comptait alors que 4 ou 5 femmes. A la disparition du journal, elle obtint avec une de ses camarades, devant le conseil des Prudhommes, un mois d’indemnité de licenciement, ce qui ne s’était encore jamais vu. Le jugement fit jurisprudence. Elle fut ensuite correctrice au Canard Enchaîné.
Elle adhéra en 1957 au groupe Louise-Michel de la FA. Elle fut active au groupe des Amis de Sébastien Faure et aux Amis de Han Ryner. En 1963, alors qu’elle avait pris sa retraite, elle fut secrétaire de la commission syndicale de la Fédération anarchiste et secrétaire aux relations extérieures, mais y déploya peu d’activité. Dans les années 1970-80, elle participait aux activités du groupe anarchiste du Pré-Saint-Gervais.
Elle avait régulièrement collaboré au journal Liberté de Lecoin*. Fondatrice des Amis de Louis Lecoin, elle participa activement à l’aide apportée aux objecteurs de conscience et aux insoumis. En avril 1974 elle fonda le journal Le Réfractaire dont elle fut la directrice et dont le dernier numéro, paru en décembre 1983, lui rendit hommage. Le journal, fabriqué avec l’aide de ses amis du Canard enchaîné, était expédié depuis son logement du Pré Saint-Gervais, ancien domicile de N. Lazarévitch et d’Ida Mett*, puis dans un petit local, 320 rue Saint-Martin. Elle participa également aux mobilisations contre l’extension du camp du Larzac et à la résistance des femmes de Plogoff, et en 1978 servit de contact aux insoumis regroupés autour du bulletin Avis de recherche (Paris, 1978-1981) animé par Frédéric Joyeux et Martial Cardona.
May Picqueray, dont une partie des archives ont été déposées au CIRA de Marseille, est décédée le 3 novembre 1983.

ŒUVRE : May la réfractaire, pour mes 81 ans d’anarchisme, Atelier Marcel Julian, 1979 (plusieurs rééd.).

SOURCES : Lettre de May Picqueray, 22 février 1973 – R. Bianco, "Un siècle de presse anarchiste…", op. cit. – Le Monde, 11 novembre 1983 – Bulletin du CIRA, Marseille, n°23/25, 1985 — Cenit, 29 novembre 1983 — Olivia Gomolinsky, "May Picqueray, une mémoire du mouvement anarchiste", mémoire de maîtrise, Université de Paris I, 1993-1994. — Note de Laurent Gallet.
Filmogr. : Ecoutez May Picqueray, Bernard Baissat, 1983. — État civil.

Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy, Marianne Enckell et Claude Pennetier

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