Né le 26 septembre 1892 à Mehun-sur-Yèvre (Cher) ; mort le 15 juillet 1927 à Joigny (Yonne) ; publiciste, puis épicier ; anarchiste.

Âgé d’une dizaine d’années, Claude Content — Louis Lecoin, dans ses Mémoires, l’appelait Claude — gagnait sa vie en criant les journaux à Paris. Plus tard, sensible à la propagande antimilitariste, il fut hervéiste. Il adhéra ensuite à la Fédération communiste anarchiste. En septembre 1913, il était membre des Amis du Libertaire et, en octobre, trésorier de l’union régionale parisienne de la Fédération communiste anarchiste révolutionnaire.
Réformé en 1914, il partit pour l’Angleterre. De retour en France, il signait, le 8 septembre 1916, une circulaire aux anciens abonnés du Libertaire pour annoncer la mort de Pierre Martin et dire pourquoi la reparution était momentanément impossible. Le 22 septembre 1916, il diffusait un nouveau tract « Notre attitude », tiré à 12 000 exemplaires, qui dénonçait la guerre. En décembre 1916, il fut arrêté avec Lecoin et Ruff pour distribution d’un tract intitulé « Imposons la paix ». Tous trois comparurent le 5 mars 1917 devant la 10e chambre du Tribunal correctionnel pour « propos alarmistes » et condamnés : Lecoin et Ruff à un an de prison et 1 000 francs d’amende ; Content à six mois de prison et 500 francs d’amende. Au procès, il affirma sa conviction que de la guerre naîtrait la révolution.
Libéré en juin 1917, Claude Content participa à une nouvelle opération d’agitation pacifiste : le tirage à 12 000 exemplaires et la distribution d’un numéro clandestin du Libertaire titrant à une : « Exigeons la paix ». Le journal lançait également un appel « Femmes, aidez-nous ! », et exaltait la Révolution russe. En représailles, vers le 19 juin, la police opéra un coup de filet. Claude Content, Jules Lepetit, Lucien Grossin*, Pierre Le Meillour*, Alphonse Barbé*, Marie Thimotée et l’imprimeur Eugène Clauss.
Tous, sauf Marie Thimotée, comparurent du 4 au 11 octobre devant la 10e chambre du Tribunal correctionnel, avec en plus Pierre Ruff, ajouté au dossier. Selon Le Temps, Jules Lepetit fut condamné à deux ans de prison en tant que gérant ; Barbé à dix-huit mois ; Content, Pierre Ruff et Le Meillour à quinze mois ; Grossin à quatre mois avec sursis ; Clauss à 3 000 francs avec sursis.
Au moment où Claude Content sortait de prison, les les anarchistes parisiens regroupaient leur force. En décembre, fut formée la Fédération anarchiste, et Content en fut élu secrétaire. Le 26 janvier 1919, LeLibertaire reparaissait. Arrêté comme gérant du journal pour avoir publié, dès le n° 2 un manifeste en faveur de la Révolution russe, Content fit pendant sept jours la grève de la faim pour être mis au régime politique. Il comparut les 9 et 10 avril 1919 devant le 6e conseil de guerre et fut acquitté.
Après les grèves de la métallurgie de juin 1919, il accusa la CGT d’avoir saboté un mouvement potentiellement révolutionnaire, et se prononça, dans Le Libertaire du 27 juillet, pour la scission syndicale.
En mars 1920, son avocat, Georges Maurange, protestait contre sa détention pour un article de Louis Loréal* dans Le Libertaire. Il semble avoir par la suite, bénéficié d’une libération provisoire.
Il resta gérant du Libertaire jusqu’au 26 septembre 1920. En effet, le 28 septembre, il fut arrêté pour propos subversifs tenus en réunion publique et condamné, le 28 octobre, par la 11e chambre du tribunal correctionnel, à six mois de prison et à 50 francs d’amende. En décembre, il fut condamné à quatre mois de prison pour un article de Louis Loréal* publié dans Le Libertaire quand il en était encore gérant. La peine fut confirmée en appel, mais confondue avec la précédente condamnation. Il fut libéré le 13 février 1921 mais, accaparé par une liaison amoureuse (« pendant quelques mois je fus en dehors de toute propagande » devait-il écrire dans Le Libertaire du 15 septembre 1922), il ne reprit pas ses fonctions au Libertaire. Lecoin et à Nadaud assurèrent l’intérim.
Claude Content quitta Paris en novembre 1921 et gagna Caen, où il travailla comme camelot. Malade, il fut hospitalisé pendant deux mois, ce qui l’empêcha d’assister au IIe congrès de l’Union anarchiste qui se tint à Villeurbanne, 26-27 novembre 1921. Avec Alphonse Barbé, il prit la direction du journal régional Le Populaire normand qui appartenait, dit Le Libertaire du 15 septembre 1922, « moitié aux syndicats et moitié à la fédération communiste du Calvados ».
Le 8 janvier 1922, Claude Content anima le congrès de l’union départementale des syndicats du Calvados et y apparut comme un arbitre. L’UD, refusant la scission confédérale, affirma qu’elle accepterait en son sein aussi bien les syndicats prenant leurs timbres à la CGT que ceux prenant leurs timbres à la CGTU, tant qu’un congrès confédéral extraordinaire n’aura pas permis de rétablir l’unité. Claude Content fut élu secrétaire non appointé de l’UD, qui le délégua au comité confédéral national (CCN). Associé aux communistes, il anima alors plusieurs meetings, notamment à Caen et à Honfleur, et écrivit dans Le Populaire normand du 20 janvier qu’il fallait « recréer les syndicats disparus, rendre forts ceux qui existent encore, reconstruire solidement l’UD » afin de refaire « cette force syndicale qui fut puissante, en un temps, qui nous permettra demain de relever la tête, de nous opposer aux prétentions de nos maîtres et de travailler en commun accord à notre libération ».
Le 13 février 1922, Claude Content fut délégué au CCN rue Lafayette. Il y réclama en vain la convocation d’un congrès extraordinaire, et fut l’unique délégué à voter pour la démission du bureau confédéral. Dans Le Populaire normand du 24 février, il écrivit : « Mon mandat rempli, mon devoir accompli, mes appels à l’unité étant restés vains, je suis parti de ce comité, n’attendant pas la fin de ses travaux, complètement écœuré de la sale besogne qui venait de s’y perpétrer. »
Dès le 26 février, un nouveau congrès de l’UD du Calvados se tenait avec comme ordre du jour : scission, autonomie ou division. Content déclara qu’il considérait son mandat comme terminé et, le même jour, la scission était consommée à l’échelon départemental.
Dès avril 1922, Content et Barbé se brouillèrent avec les communistes, qu’ils accusèrent de vouloir contrôler la CGTU. Dans Le Populaire normand, ils annoncèrent qu’ils abandonnaient la direction du journal, dont les communistes voulaient faire « un organe de parti », alors que les syndicalistes révolutionnaires voulaient qu’il soit « un journal d’éducation et d’action révolutionnaire qui inviterait les travailleurs à ne compter que sur eux-mêmes ». Dans La Revue anarchiste d’avril 1922, il prit part au débat sur le fonctionnarisme syndical, en s’affirmant pour la suppression des fonctionnaires syndicaux, la dissolution des organismes fédéraux et confédéral, et la décentralisation de la CGTU, qui devrait reposer sur les syndicats, les bourses du travail, les unions locales et les comités d’usines et de chantiers.
Du 25 juin au 1er juillet 1922, il fut délégué au Ier congrès confédéral de la CGTU, porteur d’un mandat du syndicat des chorégraphes de Paris. Il y attaqua violemment les communistes, évoqua le sort des mutins de Cronstadt, et vota la motion Besnard*.
En août 1922, il participa, à Caen, à un meeting de soutien aux grévistes du Havre. Puis il revint à Paris et reprit sa fonction d’administrateur du Libertaire et de La Revue anarchiste, publiée par l’Union anarchiste. Il rendit compte de son activité au IIIe congrès de l’UA, à Levallois-Perret, du 2 au 4 décembre 1922, et passa le poste d’administrateur à Soustelle. Il fut, pour sa collaboration au Libertaire condamné à six mois de prison et à une amende.
En juillet 1923, Claude Content cofonda, avec Alphonse Barbé, Le Semeur de Normandie qui devait paraître jusqu’au 28 novembre 1936, et mener campagne pour l’amnistie des objecteurs de conscience. De mars à novembre 1924, Content collabora également à L’Idée anarchiste, organe dissident de l’UA.
Lors des législatives d’avril 1924, Le Semeur de Normandie publia un article de Barbé, Content, Devaldès et Bergeron appelant à voter pour le Cartel des gauches, en vue d’obtenir l’amnistie des prisonniers politiques. Le Libertaire du 7 mai 1924 condamna cette initiative ; le désaccord s’accentua et ce fut la rupture. Victor Serge, dans L’Humanité du 22 mai, ne manqua pas d’y voir « un nouveau symptôme de la dégénérescence de l’anarchisme français ».
En 1926, Content exploitait une épicerie à Joigny (Yonne) avec sa femme Valentine et Émile Bauchet. Cette année-là, les deux amis montèrent une expédition pour faire évader Eugène Bévant* du pénitencier d’Albertville, mais un grave accident de voiture fit tout échouer. Après six mois d’hospitalisation, Claude Content réintégra son logis, infirme incurable.
Le 15 juillet 1927, on le retrouva mort d’un coup de revolver. Selon Louis Lecoin dans Le Cours d’une vie, il s’était suicidé par désespoir amoureux. Il fut enterré à Mehun-sur-Yèvre, sa ville natale (Contre-Courant, juillet 1952).

SOURCES : Arch. PPo GA/R7 — Arch. Nat. F7/13053 et F7/13061, rapport du 25 septembre 1913 — Le Temps du 13 octobre 1917 — Le Libertaire des 27 juillet 1919, 28 décembre 1920, 15 septembre 1922, 21 septembre 1923 et 7 mai 1924 — L’Humanité du 22 mai 1924 — Le Semeur contre tous les tyrans, 27 juillet 1927 — Contre-Courant, juillet 1952 — Louis Lecoin, Le Cours d’une vie, auto-édition, 1965, p. 91 — C. Billy et J. Quinette, « Le Mouvement ouvrier dans le Calvados, 1884-1922 », mémoire de Maîtrise, Caen, 1971 — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, Gallimard, 1975.

Gabriel Désert, Jean Maitron, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche

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