Né le 23 mars 1813 à Monfort (Gers). Editeur du premier journal anarchiste connu.

Fils de Jean Joseph Bellegarrigue, négociant, et de Thérése Goulard. On sait peu de choses de la jeunesse d’Anselme Bellegarrigue, hormis les éléments donnés par son ami Ulysse Pic, qui l’aurait côtoyé au lycée d’Auch. De 1846 à 1848, il voyagea aux États-Unis, de La Nouvelle-Orléans à New York. Il regagna Paris en février 1848, dès l’annonce des événements de février. Il fut membre de la Société républicaine centrale de Blanqui. En 1849, installé à Toulouse, il était le rédacteur de La Civilisation, un quotidien tirant de 1 800 à 2 500 exemplaires qui représentait la démocratie sociale la plus avancée du moment.
De retour à Paris en 1850, il fut l’un des fondateurs de l’Association des libres penseurs de Meulan (Seine-et-Oise), avec le journaliste Ulysse Pic. L’Association publia au moins deux brochures à Paris, 47 rue de Seine : Le Dieu des riches et le dieu des pauvres, par P. Dugers (pseudonyme d’Uysse Pic), et Jean Mouton et le percepteur, par les deux compères. Bellegarrigue publia également L’Anarchie, journal de l’ordre (2 numéros en 1850). L’Almanach de la vile multitude, rédigé par Emile de Girardin, Proudhon, Louis Blanc, le cite et parle ainsi de lui : « Amant fougueux de la liberté, l’auteur arrivait d’Amérique où il était allé chercher, au fond de ce qui lui reste de forêts vierges, la vie libre et sans entraves… et rentrant en France au bruit d’une révolution qui s’intitulait radicale, il se permettait de trouver mesquin le programme, je ne dis pas du gouvernement du jour, il ne fallait pas être difficile pour cela, mais de ceux qui se posaient en gouvernement de l’avenir. »
En revanche, l’Almanach de l’anarchie qu’il avait préparé pour 1852 ne put être publié. Sans doute forcé de s’exiler au lendemain du coup d’État, il gagna le Honduras, puis San Salvador, où un de ses fils vivait encore en 1906.
Il tira de son expérience américaine un petit ouvrage intitulé Les Femmes d’Amérique. Dans ce pamphlet sur l’éducation, les mœurs et l’amour, il opposait le matérialisme des Américaines à l’idéalisme des Européennes.
On peut le considérer comme un précurseur qui publia le premier journal anarchiste au monde. « C’est quand l’autorité de chacun est égale à celle de tous que l’équilibre social se trouve forcément acquis. » « La liberté menaçante… c’est le contraire qu’il faudrait dire. Ce qui effraye en elle c’est le bruit de ses fers. Dès qu’elle les a rompus, elle n’est plus tumultueuse ; elle est calme et sage. »

ŒUVRE : Au fait, au fait ! ! Interprétation de l’idée démocratique, par Bellegarrigue. Paris : Garnier frères. In-32. 1848 — Jean Mouton et le percepteur, avec P. Dugers, Paris 1850 — « Le baron de Camebrac en tournée sur le Mississipi », in La Liberté de penser, revue philosophique et littéraire, n° 43, 15 juin 1851 — "Les Femmes d’Amérique", ibid., n° 46 et 47, 1851 (rééd. en un vol., Paris, Blanchard, 1853, 96 p.) — Réédition de Au fait, au fait !! Interprétation de l’idée démocratique et des deux numéros de L’anarchie, journal de l’ordre dans Les Cahiers du futur n°1, éd. Champ Libre, 1973.

SOURCES : État civil du Gers, document signalé par Eric Coulaud. — Max Nettlau, Der Vorfrühling der Anarchie (Gechichte der Anarchie, I), Berlin 1925. — http://pages.textesrares.com. — Catalogue BNF.— Jean-Michel Paris, L’Humanitaire (1841) : Naissance d’une presse anarchiste ?, Paris, L’Harmattan, 2014, 241 p.- (Collection Historiques. Série Travaux) ISBN 978-2-343-02520-9.

Michel Cordillot, Marianne Enckell

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