ARCHINOV Piotr [Piotr Marine, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Sylvain Boulouque, Guillaume Davranche

Né vers 1887 à Ekaterinoslav (Ukraine), exécuté en novembre 1938 à Moscou (URSS) ; ouvrier serrurier ; anarchiste, makhnoviste puis un des auteurs de la Plate-forme.

Piotr Archinov
Piotr Archinov
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À 17 ans, jeune ouvrier à Khisil-Artavat, Piotr Archinov sympathisa avec la fraction bolchevique du Parti ouvrier social-démocrate, puis devint anarchiste. Le 23 décembre 1906, il commit un attentat contre un immeuble de la police, tuant plusieurs officiers et gendarmes. Le 7 mars 1907, il exécuta d’un coup de revolver le chef des ateliers de chemin de fer d’Alexandrovsk, artisan de la répression des grèves de 1905-1906. Condamné à la pendaison, il s’évada et se réfugia à l’étranger. De nouveau arrêté en 1909 dans la région de Briansk, de nouveau évadé, il repassa la frontière. En septembre 1910, arrêté par la police austro-hongroise alors qu’il acheminait des armes et des livres vers le territoire russe, il fut livré aux autorités tsaristes et condamné, en octobre 1911, à vingt ans de prison. L’utilisation de divers pseudos lui avait évité que lien soit établi avec sa condamnation à mort antérieure. Incarcéré aux Boutyrkis, il fit la connaissance de Nestor Makhno.

Libéré par la révolution de février 1917, Archinov cofonda la Fédération des groupes anarchistes de Moscou et les éditions Golos Trouda (« La Cause du travail »). Lors de son séjour à Moscou en mai-juin 1918, Makhno lui demanda de le suivre en Ukraine. En janvier 1919, Archinov rejoignit donc la Makhnovstchina. Devenu responsable du département de la culture, il anima plusieurs journaux du mouvement et fut chargé de rédiger l’histoire du mouvement makhnoviste. En avril 1919, il participa avec Voline au congrès de la confédération anarchiste Nabat.

En 1921, alors que la révolution en Ukraine était écrasée par l’Armée rouge, Archinov passa à l’étranger. À Berlin, il participa à l’édition du journal Anarkhist Vietsnik (« Le Messager anarchiste ») puis publia son Histoire du mouvement makhnoviste, préfacée par Voline.

Installé à Paris en 1925, il travailla comme cordonnier et devint secrétaire du Groupe des anarchistes russes à l’étranger, qui compta également parmi ses membres Nestor Makhno, Voline, Nicolas Lazarévitch, Tcherniakov, mais aussi quelques camarades polonais comme Idat Mett*, Maxime Ranko* et Walecki. Le Groupe édita la revue Diélo Trouda et lança un vaste débat sur les enseignements de la Révolution russe.

En août 1925, le Diélo Trouda n°3 publia les premiers articles proposant une révision des conceptions organisationnelles de l’anarchisme, sous la plume de Piotr Archinov (« Notre problème organisationnel ») et de Tcherniakov (« Notre tâche immédiate »). Suivit, à partir de juin 1926, un projet de « Plate-forme d’organisation de l’union générale des anarchistes ». Le texte restera célèbre sous le nom de « Plate-forme organisationnelle des communistes libertaires » voire de « Plate-forme de Makhno et Archinov », bien qu’il s’agisse d’une œuvre collective. En octobre 1926, la « Plate-forme » fut éditée par la Librairie internationale, préfacée par Archinov, dans une traduction de Voline.

Aux partisans de la « Plate-forme » s’opposèrent bientôt les partisans de la « Synthèse » (voir Voline et Sébastien Faure), en un débat qui divisa fortement le mouvement anarchiste français de 1925 à 1931.

Les 12 et 13 juillet 1926, Makhno et Archinov assistèrent au congrès de l’Union anarchiste, qui se rebaptisa à cette occasion Union anarchiste communiste (UAC), et tous deux y donnèrent leur adhésion.

En 1926-1927, Archinov anima plusieurs réunions-débats sur la « Plate-forme », auxquels prirent part des militants de tous pays réfugiés en France : des Russes, dont Maria Goldsmith* ; des Espagnols, dont Orobon Fernandez, Carbo et Gibanel ; des Italiens, dont Ugo Fedeli et Luigi Fabbri ; des Bulgares ; un Chinois, Chen* ; des Français dont Pierre Odéon* et Achille Dauphin-Meunier* ; le Néerlandais Cornelissen.

À l’époque, Piotr Archinov collabora également au Libertaire, à La Revue anarchiste, à La Revue internationale anarchiste et à L’Encyclopédie anarchiste (voir Sébastien Faure), dont il rédigea les articles « Bolchevisme » et « Démocratie ».

Le 20 mars 1927, Archinov participa à la conférence internationale tenue à la salle de cinéma Les Roses, à L’Haÿ-les-Roses (voir Nestor Makhno). où fut débattu le projet d’une internationale anarchiste fondés sur la « Plate-forme ».

Au congrès de Paris de l’UAC (30 octobre-1er novembre 1927), l’organisation adopta des statuts inspirés de la « Plate-forme » et se rebaptisa Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR). Il en résulta la scission d’une partie des synthésistes, qui créèrent l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA, voir Pierre Lentente). Cependant, Archinov considéra que l’UACR était davantage fidèle à la lettre qu’à l’esprit de la « Plate-forme », et que l’application étroite qui en résultait était contre-productive. En effet, dès son congrès d’avril 1930, l’UACR abandonna la « Plate-forme » et revint à la situation antérieure à 1927.

Fin 1929, Archinov fut arrêté par la police française en raison de son activité politique et expulsé vers la Belgique en janvier 1930. Il ne put rentrer en France que quelques mois plus tard, grâce à l’intervention de Sébastien Faure auprès de plusieurs personnalités politiques. À l’époque, il se brouilla avec Nestor Makhno.

Après le congrès d’avril 1930 de l’UACR, qui constituait pour lui un recul, Piotr Archinov fut gagné par le découragement. Las de l’exil, pressé par sa compagne, il entra en contact avec Ordjonikidzé, un responsable soviétique qu’il avait connu vingt ans auparavant dans les prisons tsaristes. Celui-ci lui promit de l’aider à rentrer en Russie, à condition qu’Archinov renie publiquement l’anarchisme. Selon le témoignage de Nikola Tchorbadieff, Archinov accepta le marché et rédigea deux brochures en russe, L’Anarchisme et la dictature du prolétariat (1931) et L’Anarchisme à notre époque (1933) dans lesquelles il dressait un constat d’échec du mouvement.

Peu avant d’être autorisé à revenir en URSS en 1933, Tchorbadieff questionna Archinov : « Es-tu devenu bolchevik ? » À quoi l’intéressé répondit : « M’en crois-tu capable ? » Il justifia son retour par l’absence de perspectives en Europe occidentale. Il était déterminé à retourner au pays, quitte à prendre sa carte au PCUS, pour y faire un travail oppositionnel.

Une fois de retour en URSS, Archinov fut probablement soumis à de fortes pressions. Dans quelle mesure resta-t-il fidèle à l’anarchisme ? Dans quelle mesure fut-il absorbé par la machine bureaucratique ? Il entra en tout cas effectivement au PCUS et travailla aux Izvestia. Dans le numéro du 30 juin 1935, il publia un article intitulé « Fiasco de l’anarchisme ». Cela toutefois ne le sauva pas des grandes purges de 1936-1938 qui visaient à la liquidation physique des vétérans de la révolution. Arrêté en janvier 1938, il fut exécuté à Moscou en novembre 1938, sous l’accusation d’avoir voulu « restaurer l’anarchisme en Russie soviétique ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153673, notice ARCHINOV Piotr [Piotr Marine, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Sylvain Boulouque, Guillaume Davranche, version mise en ligne le 30 mars 2014, dernière modification le 10 juillet 2017.

Par Sylvain Boulouque, Guillaume Davranche

Piotr Archinov
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ŒUVRE (en français ; son nom s’orthographie souvent Archinoff) : L’Histoire du mouvement makhnoviste (1918-1921), préface de Voline, introduction de Sébastien Faure, Librairie internationale, Paris, s.d. [1928], 419 p.

SOURCES : Louis Lecoin, Le Cours d’une vie, auto-édition, 1965 — Nicolas Faucier, Dans la mêlée sociale, La Digitale, 1983 — Alexandre Skirda, Autonomie individuelle et Force collective, auto-édition, 1987 — notice en russe de Rubricon.com — Sylvain Boulouque, « Piotr Archinov », Itinéraire n°13, 1995 (sur Voline) — Alexandre Skirda, Nestor Makhno, le cosaque libertaire, Éditions de Paris, 2005.

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