SAIDOUM Ibn El Hadj Saïd Yahya, inscrit à l’École d’Orient à Moscou sous le nom de BEN SAÏD, appelé familièrement Gustave [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 12 août 1902 à Alger, émigré en région parisienne, membre à sa création en 1926, du Comité directeur de l’Étoile nord-africaine ; prenant part à la Commission coloniale du parti communiste français ; élève à l’École d’Orient ; revenu à Paris, écarté de tout poste après enquête de la Commission de contrôle du parti en 1932.

Beaucoup de confusions se sont produites sur le nom et le rôle d’un membre du premier Comité directeur de l’Etoile nord-africaine, désigné le 2 juillet 1926. Celui-ci est cité sous le nom de Saadoun. La biographie écrite à l’École d’Orient à Moscou à son arrivée en 1928, et à son retour de Moscou, plusieurs lettres permettent plus sûrement de reconstituer l’itinéraire et les actions de Yahya Saïdoum qui fut effectivement membre du comité directeur de l’ENA à sa fondation, et élève de l’École d’Orient.

On ne peut exclure qu’un autre militant nommé Saadoun ou Saidoun, peut-être originaire de Kabylie (Guergour), émigré en région parisienne, ait gravité autour de l’ENA, revenant à Alger en 1929. Mais il n’y a aucune trace écrite ; le nom se trouve, par écho d’oralité, prononcé dans l’enregistrement d’Akli Banoune* réalisé en 1974 (cf. SOURCES).

L’autobiographie écrite à Moscou en 1928, commence par le nom propre et le prénom : "Saïdoum Yahia", suivis de "ibn El Hadj Saîd", c’est- à-dire : fils de El Hadj-Saïd ; et c’est ce nom du père qui sert à l’immatriculation à l’Université d’Orient : Ben Saïd n° 4618, mais tous ses écrits sont signés Saïdoum.

Le père était docker à Alger ; le garcon a fait une scolarité primaire élémentaire, dit-il ; il écrit très bien le français. À la sortie de l’école, il a tenté divers métiers qu’il quitte parce que comme apprenti, on lui fait faire le travail de manoeuvre : il a travaillé dans une scierie-menuiserie, chez un emballeur-photographe, et après chômage, plus longuement (2 ans et demi) dans un atelier de typographie éditant "un journal en arabe nationaliste-réformiste" ; sa véritable langue est celle de l’orthodoxie comuniste.

Il quitte Alger à la fin de 1918 pour chercher du travail à Marseille : il n’est que portefaix et revient au bout d’une année, entre dans une manufacture de tabac d’Alger, travaille au port : docker, pointeur, puis devient garcon de café. Il part au service militaire en 1922 ; il est réformé après 9 mois de régiment ; a-t-il fait valider la citoyenneté française ?

Après 2 mois à Alger, à nouveau garcon de café, il émigre sérieusement pour se fixer à Paris en juin 1923. Il est employé à l’atelier ccntral du dépôt de la rue Championnet dans le 18e arrondisement, à la TRCP (bus des transports pariisiens). C’est là qu’il adhère au parti communiste ; il reste dans la section du parti, tout en allant travailler dans d’autres boîtes ; magasins Potin…, emballeur chez Hachette, pour revenir à "Championnet" pour dire la TRCP, jusqu’au 9 juillet 1925, et comme il l’écrit sans détour, il quitte : "Pour travailler pour le parti", tout en usant de ressources d’appoint dans des métiers divers.

Pour le parti, il participe aux réunions de la Section nord-africaine dirigée par Abdelkader Hadj-Ali*, de l’Union intercoloniale, qui prépare la création de l’Etoile nord-africaine. Il signe dans le numéro d’avril 1926 du journal de l’Union intercoloniale Le Paria, un appel à rallier l’ENA : « Pas une minute, groupons-nous. » ; il entre alors au Comité directeur de l’ENA à la fondation, et prend part à des réunions d’une sous-commission de la Commission coloniale du parti ; il est encore porté membre du Comité directeur de l’ENA en 1929 bien que se trouvant à Moscou à l’Ecole d’Orient.

Ce qui est confirmé de sources policières ; en 1927, « Saïdoun » est logé dans un local de l’Union des coopératives, 214 rue de Crimée à Paris (19e) et travaille comme plongeur (en appoint peut-être ?) au restaurant coopératif « La Famille nouvelle », proche, au 122 rue de Flandres. Cette coopérative servait au PC et à la CGTU à prendre en charge des permanents. "Saïdoun" doit se consacrer au recrutement et à la propagande à l’adresse des Nord-africains de ces quartiers. En 1928, il est envoyé au VIe congrès de l’IC ; et le parti français le recommande pour qu’il reste à Moscou suivre l’Université d’Orient.

Outre son autobiographie, on dispose d’une longue lettre de décembre 1928 adressée au délégué français de l’Exécutif et au Secrétariat du Comintern pour critiquer la direction des études de l’École sur la répartition des élèves d’Algérie pour l’étude de la langue russe ; on sait les difficultés de cet enseignement, aggravées par le fait des faiblesses en arabe, langue prise en compte alors que les étudiants sont fréquemment de langue berbère et manient principalement le français. S’il y a un bon groupe d’études du russe en 2e année, reconnaît Yahya Saïdoum, il se plaint de son sort en première année ; sur les 3 élèves d’Algérie, un seul est pris en charge par un professeur et les deux autres dont lui, laissés à eux-mêmes. Il plaide au nom de l’importance de la langue russe, la langue du parti tout en demandant à quitter. En fait, il fera les trois années d’études et rentrera à Paris à la fin de 1931.

En 1931 à son retour, Saïdoun comme l’écrit la police, est toujours pris en charge par le parti communiste ; il est employé comme aide-comptable à la coopérative « La Famille nouvelle » dans une de ses antennes à Aubervillers, au nord du 19e arrondissement de Paris. Il retrouve la Commission ou section coloniale du PC ; son attitude y est critiquée à cause de « son pédantisme » (« se borne à faire de la haute théorie ») ; à remarquer que c’est exactement le contraire des reproches faits à l’époque au syndicaliste Mohamed Marouf* chargé de relancer l’ENA.

Enfin, on dispose d’une curieuse lettre du 29 janvier 1932 à l’adresse du PCF qui reprend des éléments biographiques, se défend de toutes liaisons autres que celles avec le parti mais pour ce qui est du parti, évoque avoir approché Suzanne Girault, oppositionnelle réintégrée à la base du parti à cette époque. Il se lance ensuite dans un grand couplet contre le trotskisme "qui est contre-révolutionnaire sur la question coloniale", allié de Chang Kaï Chek (nous sommes après la crise chinoise du mouvement communiste), complice du social-fascisme et ennemi de l’URSS. Cette charge zélée s’explique probablement parce Yahya Saïdoum est au courant que la Commission de contrôle du Comité central du PC opère une enquête sur lui, plus précisément sur ses relations avec des fonctionnaires de police. Il est jugé ne pouvoir « faire aucun travail sérieux parmi les Nord-africains ». L’enquête est relancée en août 1932 (note de la commission de contrôle du 8 août 1932 sur "l’affaire Saïdoum") qui demande de "l’écarter de tout poste et tout travail dans le P.C." Il cesse d’être appointé après le 7e congrès du PC en 1932. On ne connaît pas la suite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article152179, notice SAIDOUM Ibn El Hadj Saïd Yahya, inscrit à l'École d'Orient à Moscou sous le nom de BEN SAÏD, appelé familièrement Gustave [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 9 janvier 2014, dernière modification le 9 janvier 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Nat., France, Paris, F 7 13 090. – Arch. Préfecture de police, Paris, rapports ENA, 5 décembre 1931 et 23 novembre 1934. – Arch. IRM, Paris, Commission coloniale du PCF, B25/S172. – RGASPI, ref. 495. 189. 27 -M. Bouayed, L’histoire par la bande. Entretiens avec Banoune Akli et Amar Khider, SNED, Alger, 1974. (souvenirs approximatifs près de 50 ans après). - B. Stora, Dictionnaire des nationalistes algériens, op.cit. sur l’ENA.

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