BRIKI Yahia [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Journaliste d’Alger Républicain, membre des commandos communistes du Grand Alger en 1956 ; arrêté et condamné à mort, soutenu par sa femme Djamila qui a fait le récit de son passage de femme cloîtrée au foyer, aux manifestations de rues.

Le père tenait une épicerie de village près d’Akbou où nait Yahia Briki vers 1930. Ce père était considéré comme pasteur protestant. Il aurait été le tout premier à avoir traduit le nouveau testament en langue kabyle selon la famille. Après l’école primaire française, entré au lycée, Yahia Birki dut interrompre sa scolarité secondaire au bout de deux ans pour assurer sa subsistance. Il fait divers métiers dont celui de limonadier avant de gagner Alger.Il fut chauffeur serveur pour une famille industrielle de nom Zuse à Paris. Son l’influence de cette famille semble-t-il il s’é&tait converti au catholicisme. La famille lui aurait payé des cours de théologie.
Il retourna en Algérie où il épousa sa première femme. Celle-ci avait grandi dans un monastère prés de Bejaja comme orpheline et aurait été de peau blanche clair et donc probablement d’origines françaises de métropole ; ils eurent trois enfants, Youcef, Yahia et une fille dont on ne connaît pas le prénom. Cette épouse se serait suicidé et les enfants passèrent un certain temps dans sure une ferme d’un monastère, ils auraient considérés les religieux une peut comme leurs familles.

Au début des années 1950, il entre à Alger Républicain et prend de plus en plus de place à la rédaction ; avec Roland Rhaïs*, il monte la page 1 et devient secrétaire de la rédaction en 1953. Ce « géant frisé » est marié à une jeune femme d’à peine plus de 20 ans jamais sortie seule dans la rue, et père de trois enfants ; dans sa vie difficile, il tire tous les profits de la cantine emportant régulièrement les restes.

Dès les débuts de l’insurrection du 1er novembre, il est en contact avec la direction FLN à Alger et mobilise autour de lui des camarades communistes et des syndicalistes sûrs de l’UGSA-CGT comme M’Hamed Hachelaf*. En liaison avec le FLN, il organise avec Abdelkader Guerroudj* (dit Djillali), les groupes de choc du Grand Alger ( Est d’Alger, Hamma, Hussein-Dey). On leur doit l’incendie spectaculaire des Bouchonneries de liège en 1956 ; Yahia Briki participe directement au mitraillage de représailles contre le bar et le cinéma Rex d’El Biar, propriétés de Gérard Étienne qui est tué ; celui-ci était le beau-fils, ultra colonialiste, du maire d’El Biar. Ce groupe de choc comprend leur copain communiste, Fernand Iveton* qui travaille à l’usine EGA du Hamma ; le jeune homme est chargé de faire exploser deux bombes, sans danger pour les travailleurs en les plaçant sur les conduites de gaz extérieures. L’échec de l’opération qui vaudra l’exécution pour l’exemple, du "communiste européen", F. Iveton*, et l’arrestation d’A. Guerroudj*, marque aussi la dispersion du groupe dont des membres gagnent le maquis.

Pour sa part, Yahia Briki est arrêté en décembre 1956, condamné aux travaux forcés à perpétuité en décembre 1957 et condamné à mort dans un deuxième procès en mars 1958. Rejugé après un recours en cassation, condamné à nouveau à mort le 8 janvier 1959, le jour où De Gaulle, nouveau président de la République annonçait l’amnistie des condamnés à mort, il n’a été gracié que le 12 avril 1959, trois mois plus tard.

Dans son entretien avec Danielle Djamila Amrane-Minne* (cf. Sources), sa femme Djamila raconte l’horreur des visites à la prison Barberousse (une fois tous les 15 jours) et des déplacements au Tribunal militaire. Les condamnés à mort venait au parloir  : "les chaînes aux pieds et aux mains, portaient un costume spécial avec un numéro marqué dans le dos, avaient la tête rasée, tout à fait rasée". Sauf punition. "Nous nous sommes toutes regroupées, femmes, mères des condamnés à mort et aussi des autres détenus. Nous avons manifesté devant la prison et nous sommes parties toutes ensemble jusqu’au Gouvernement général pour réclamer le droit de visite. Et nous avons obtenu que la punition, qui était de trois mois, soit levée…". Les exécutions sont affichées le matin sur une fiche blanche accrochée à la porte. "Nous n’étions jamais prévenues, il fallait aller lire les noms sur la porte. C’était la chose la plus horrible. Et l’eau ! … Quand il y avait plein d’eau devant la porte, c’était parce qu’ils avaient nettoyé le sang à grande eau avec un tuyau".

Après la grâce, les condamnés sont envoyés à la prison disciplinaire de Berrouaghia, dans le froid de l’hiver en montagne. À nouveau privés de visite par punition. "Nous nous sommes mises à manifester en criant devant la porte de la prison…, il y avait beaucoup de femmes. De la caserne, à côté de la prison, les militaires ont lâché les chiens sur nous… Nos voiles ont été déchirés par les chiens, mais nous n’avons pas bougé….". De retour à Alger, "nous avons fait des pétitions… Puis, toutes ensemble, trois à quatre cents femmes, nous sommes allées porter notre pétition à la direction générale des prisons au Gouvernement général…".

"Au bout d’une année, Yahia a été transféré en France et je ne l’ai plus revu jusqu’à l’indépendance". On comprend que les femmes se soient jointes aux manifestations de rues de décembre 1960. "Elles se sont retrouvées comme ça, des jeunes filles, des moins jeunes, des vielles, une foule immense de femmes voilées, dévoilées, le voile tombait, la voilette tombait…". Et d’ajouter qu’à l’indépendance les rapports dans le couple "ont changé" ; la femme montrait à l’homme qu’elle "pouvait l’aider et militer tout en s’occupant des enfants". Le couple eut encore trois enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article151750, notice BRIKI Yahia [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 30 décembre 2013, dernière modification le 22 février 2018.

Par René Gallissot

Après le décès de sa première femme il s’avait remarié, comme j’avais lu elle aurait été arabe.
Mon père en tout cas est grandi comme chrétien et ses ancêtres paternelles ont été juifs, le nom Briki était un nom donné par l’administration coloniale française, notre vrais nom aurait été Ait Saada (Saada est un nom maghrébim juif) et ma ADN chromosome Y héritié de lui est originaire du Levant (Canaanite Israélienne) qui est le haplogroup E1B1B1C1A, notre sang est donc d’origine kabyle juif et il était d’éducation chrétienne même si pour finir ils ont fait de mon père un moudjahadin.
Ensuite, mon père Yahia avant d’avoir travaillé pour le journal le Républicain D’Alger avait etudié le journalisme à Paris.
C’était Madame Massu, l’épouse de Jacques Massu qui était Général des Parachutistes Français, qui avait gracifié mon père, c’est donc grâce aux Massus même qu’il n’a pas subi la pêne de mort.
...après l’independance il était le tout premier directeur de la préfecture d’Alger...après directeur du ministère du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale, ensuite il a servi comme diplomat à son pays à l’ ONU à Genève en Suisse où il était secrétaire général au BIT et Ministère plénipotentiaire de L’Algérie.
Il est né 09.07.1931 et décédé le 15 juillet 1988 à l’hôpital La Tour à Genève.
Ajout : Il a eu 3 enfants avant la guerre et 4 enfants après la guerre d’indépendance. (6 enfants de sa femme Djamila et 1 enfant hors de son mariage avec ma mère qui est suissesse originaire d’Allemagne qui a grandi avec sa mère).
Je vous envois des photos de lui en ma possession par courrier séparé.
Je serai content si on trouverai une biographie complète de mon père à la Sourbonne.
Pour des questions ouvertes je reste à votre entière disposition.
Je vous pris d’agréer, Madame Coret, l’expression de mes salutations les meilleures.
Adrian Manteuffel (Briki-Ait-Saada)
Adrian Manteuffel
Route des Fayards 264
CH -1290 Versoix
Suisse
Tél. : 0041.(0)79.755.00.00

SOURCES  : B. Khalfa, H. Alleg, A. Benzine, La grande aventure d’Alger Républicain. Messidor, Paris, 1987. — Témoignage de M. Hachelaf, août 1991, B. Bourouiba, Les syndicalistes algériens, op.cit. — Témoignage de Djamila Briki dans Danièle Djamila Amrane-Minne, Des femmes dans la guerre d’Algérie. Karthala, Paris 1994.

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