LAGARDE Jean, Baptiste

Par Jacques Girault

Né le 28 août 1923 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; enseignant universitaire ; militant syndicaliste ; militant communiste dans le Puy-de-Dôme ; président départemental de « Travail et Culture ».

Le père de Jean Lagarde, employé de commerce (selon l’état civil) puis ouvrier dans un établissement militaire, anticlérical, syndiqué à la CGT, adhéra brièvement au Parti socialiste SFIO sous le Front populaire. Sa mère était femme de ménage. Jean Lagarde fut seulement baptisé. Après de bonnes études à l’école primaire supérieure Amédée Gasquet, il ne put préparer le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs car son état de santé, depuis 1939, l’amena à fréquenter plusieurs sanatoriums (Enval dans le Puy-de-Dôme, Saint-Hilaire-du-Touvet en Isère) et des postcures, dont celle de Paris en 1946. Titulaire du brevet supérieur (1944), il obtint, dans le cadre de la fondation des Sanas des étudiants de France, le PCB (Physique, Chimie, Biologie) à Paris (1946), une licence de sciences naturelles à la Faculté des sciences de Grenoble (1951) et un diplôme d’études supérieures de botanique à Grenoble (1952).

Lagarde occupa un emploi de vendeur dans une librairie-papeterie de mai à octobre 1943 puis fut aide technique au laboratoire de botanique de la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand de novembre 1943 à octobre 1945, emploi qu’il retrouva en 1952-1953. Pendant ces années, il écrivit, dans la presse locale (La Montagne) ou nationale (Franc-Tireur sous le pseudonyme de Gabriel Sercœur) et effectua des travaux de traduction pour La Tribune des Nations. Nommé assistant au laboratoire de biologie et de physiologie végétales, il devint chef de travaux (1959), maître-assistant (1960), puis maître de conférence à la veille de sa retraite (1985). Il se spécialisa dans les questions de « dormance-tubérisation » et soutint sa thèse de doctorat d’Etat en 1972 à Clermont-Ferrand (« Contribution à l’étude de certains aspects du développement du crosne du Japon »). Il publia des notes et des articles dans diverses revues scientifiques (Physiologie végétale, Comptes rendus de l’Académie des sciences, Société botanique de France notamment).

De 1968 à 1973, Lagarde fut élu au conseil de gestion puis au conseil d’enseignement de sa faculté. De 1973 à 1976, il fut élu à l’assemblée de l’Université.

Lagarde adhéra au Parti communiste français en 1946 à Paris. Militant intensément au sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet, correspondant local du quotidien Les Allobroges et de l’hebdomadaire Le Travailleur alpin, puis responsable des étudiants communistes à Grenoble en 1951-1952, il fut proche des étudiants vietnamiens et du docteur Vien pendant la guerre d’Indochine ; il fut aussi en contact avec Amokrane Ould Aoudia, le futur avocat du Front national de libération. A Clermont-Ferrand en 1952-1953, il participa aux activités du cercle des Amis de La Nouvelle Critique. Il devint membre du comité de la fédération communiste du Puy-de-Dôme en 1954. De 1953 à 1957, collaborateur de la page départementale du quotidien Le Patriote d’Auvergne, il fut le responsable rédactionnel de la page départementale de l’Humanité dimanche. Il fit partie du bureau fédéral de 1956 à 1962. Il resta membre du seul comité fédéral jusqu’en 1977. Toutefois en raison de ses activités syndicales, il fut souvent absent aux réunions de l’instance. Membre du bureau de la section communiste de l’université (1978-1981), il fut membre du comité de la section communiste de Clermont-Ferrand (1981-2004).

Lagarde fut le suppléant du candidat communiste dans la deuxième circonscription de Clermont-Ferrand-Montagne aux élections législatives de 1958. Il fut candidat aux élections municipales de Clermont-Ferrand en 1959, 1965 et 1971. Il fut en 1989 candidat à celles de Saint-Raphaël (Var) où il possédait une résidence secondaire depuis son mariage civil en septembre 1963 à Saint-Raphaël avec Anne, Claudia Chargnioux, dite Anna, ingénieur en radio-électricité, puis cadre socio-culturel, militante communiste et fille du communiste Maurice Chargnioux.

Jean Lagarde militait également dans le syndicalisme. Dès sa nomination en faculté, il participa à la création du Syndicat national de l’enseignement supérieur. Il en fut un des dirigeants et son représentant à la commission administrative départementale de la Fédération de l’éducation nationale. Bien que sympathisant du courant minoritaire (motion Bouches-du-Rhône), élu secrétaire départemental de la FEN pour un an à la fin de 1955, il conserva cette responsabilité jusqu’en 1963. Il s’efforça d’orienter son action en faisant converger les analyses de la section départementale de la FEN avec celles des syndicats des confédérations dans les luttes laïques, contre la guerre d’Algérie, pour la défense de la Sécurité sociale. Il obtint en juin 1958 l’adhésion de la FEN au Comité de coordination des organisations démocratiques pour la défense des libertés, constitué dans le département par la Ligue des droits de l’Homme, la CGT, la CFTC, le PCF et d’autres organisations de gauche. Puis en janvier 1960, se forma un comité de vigilance intersyndical (CGT, CFTC, SNI, FEN, Association générale des étudiants, Confédération générale agricole) qui organisa dès lors la plupart des actions pour la paix en Algérie et contre l’OAS. En accord avec les membres de la CA départementale, majoritairement de tendance « autonome », il prit des initiatives qui s’éloignaient des positions nationales de la FEN (contre la Table ronde et pour des négociations avec le FLN). Il resta membre du bureau ou du secrétariat collectif de 1963 à 1971, chargé du secteur « Paix et libertés », et responsable du comité contre la Force de frappe. Il resta membre de la CA de 1971 à 1976. A partir de 1992, il participa à la naissance de la Fédération syndicale unitaire.

Dans les années 1960, Lagarde adhéra pour quelques années à la Ligue des droits de l’Homme et de façon plus durable au Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la Paix.

En 1960, à l’instigation d’Anna Chargnioux, Jean Lagarde créa l’association « Travail et Culture » à Clermont-Ferrand qu’il présida jusqu’en 2009, avant d’en devenir, avec son épouse, président d’honneur. Il en dirigea le bulletin (1962-2009). Orientée vers l’organisation de conférences et la projection de courts-métrages, l’association contribua aussi à élargir la participation aux spectacles de théâtre (Comédies de Saint-Étienne et de Bourges), en collaboration avec l’association « Auvergne-Loisirs ». Puis en 1966-1967, après l’arrivée d’Anna Lagarde, TEC organisa une première saison théâtrale qui fut continuée sans subvention jusqu’en 1980. Concurrencé par d’autres initiatives bénéficiant d’aides plus substantielles, TEC parvint à poursuivre son activité dans ce domaine jusqu’en 2001. Accueillant les Tréteaux de France (1965-1979), de nombreuses compagnies françaises et étrangères, il soutenait également les troupes régionales et locales. Adhérent de la Fédération des associations de théâtre populaire depuis 1967, à partir de 1993, TEC programma la co-production annuelle de la FATP et du Centre national des écritures du spectacle et reprit de 1976 à 2006 des activités de conférences. Lagarde participa en collaboration avec d’autres associations de la ville à la vie culturelle locale et régionale. A ce titre, Lagarde devint, en 1972, membre du bureau fédéral de Travail et Culture jusqu’à sa dissolution en 1988. En outre, de 1960 à 1963, il fut le responsable de la section locale de Tourisme et Travail.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136496, notice LAGARDE Jean, Baptiste par Jacques Girault, version mise en ligne le 31 mars 2011, dernière modification le 17 juillet 2011.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Maurice et Mathilde Chargnioux. Un couple de communistes au XXe siècle, 2006
Un insolite septennat (1956-1963), multigraphié, 2007, 77 p.
Sous le pseudonyme de Gabriel Sercœur, des plaquettes poétiques multigraphiées : Les Kurdes (1991), Vers à voir (1993 et 1994), Vas, ris, été ! (1995), A la vie comme à la vie (1996), La Fille rouge (1997), Le duvet pâle des pommiers (1998), L’amour faut-il le taire (2000), Circonstances (2002), Sur un bleu de romarin (2006).

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Notes de Robert Aimé*. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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