LANTHEAUME Charles, Louis, Étienne.

Par Jacques Girault, Gilles Vergnon

Né le 26 décembre 1908 à Barsac (Drôme), mort le 7 mars 1993 à Valence (Drôme) ; instituteur ; militant syndicaliste ; militant socialiste SFIO, de la Nouvelle Gauche, de l’UGS, du PSU et du PS ; président du Comité départemental d’action laïque (1968-1970), secrétaire des Délégués départementaux de l’Éducation nationale (1971-1975).

Issu d’une famille de viticulteurs protestants, Charles Lantheaume entra à l’École normale d’instituteurs de Valence (Drôme) en 1926. A sa sortie en 1929, titulaire d’un diplôme de maître de gymnastique, il fut affecté successivement à Boulc, Châtillon-en-Diois, Saillans, puis en poste double avec son épouse à Saint-Vallier et à Châteauneuf-de-Galaure dans le nord du département, où il fut nommé directeur d’école au 1er octobre 1938.

Lantheaume se maria uniquement civilement en avril 1936 avec Marie-Louise Lyonnet, institutrice lyonnaise. Le couple eut trois enfants qui ne reçurent aucun sacrement religieux.

Depuis 1930, Lantheaume militait au Syndicat national puis à partir de 1936 au Syndicat national des instituteurs. Membre du conseil syndical de la section départementale à partir de 1932, membre du groupe de jeunes dans le département depuis 1928, responsable du groupe en 1934, il était abonné irrégulièrement à L’École émancipée. Représentant des instituteurs auprès de la direction de l’Union locale CGT de Saint-Vallier, organisateur d’un collège du travail en 1937, il fit grève le 30 novembre 1938 et subit huit jours de suspension de traitement.

Lantheaume, au premier tour des élections législatives de 1936, vota, selon son témoignage, pour le candidat communiste qu’il connaissait personnellement. Militant du Parti socialiste SFIO depuis 1937, hostile à la pause, membre de l’Union rationaliste, de la Ligue des droits de l’Homme et de la Ligue internationale des combattants de la Paix, il était aussi correspondant de la presse locale et adhérait à des clubs sportifs.

Réformé pour le service militaire, mobilisé en avril 1940 dans les services auxiliaires, Lantheaume fut surpris par l’armistice en juin 1940 à Alixan, dans son département d’origine où les troupes françaises livraient leurs derniers combats. Son abondante correspondance, tant avec son épouse qu’avec ses camarades, Jean Debard et Louis Bonhomme, montraient les hésitations et les contradictions d’un militant pacifiste, passant de l’admiration envers « l’énergique » Paul Reynaud à l’approbation de l’armistice et de la « correction » des occupants.

Membre et animateur du comité local de Libération, Lantheaume était le secrétaire de la section socialiste SFIO de Châteauneuf-de-Galaure. Déçu par les résultats électoraux de son parti, il notait en 1946 que « le PS fait figure de parti neutre et n’apparaît plus aux yeux des travailleurs comme le grand parti révolutionnaire ». Pour lui, pour ne pas devenir « le parti des français moyens », il fallait réaliser l’unité organique avec les communistes, les socialistes devant insuffler au parti unifié un « esprit démocratique, libérateur, internationaliste et plus profondément humain que ne l’est actuellement le PC ». Cette démarche l’amena en novembre 1945 à entraîner sa section socialiste SFIO à participer avec la cellule du Parti communiste français à une section du « Parti ouvrier français », initiative condamnée par la direction fédérale de son parti.

Continuant sa carrière professionnelle à Bourg-lès-Valence, puis Valence, utilisant des méthodes de l’École moderne (imprimerie à l’école, correspondance scolaire, participation des élèves à la vie de l’école), Lantheaume adhéra à la Nouvelle Gauche en 1954, à l’Union de la gauche socialiste en 1957, au Parti socialiste unifié en 1960 et occupa les fonctions de responsable à la presse dans ces deux dernières formations. Candidat sur la liste présentée par des militants de l’UGS et de la CFTC aux élections municipales de mars 1959 à Valence, il fut aussi candidat du PSU aux élections cantonales du 8 mars 1964 dans le canton de Valence-Sud, où il obtint 559 voix et 7% des suffrages exprimés, puis à nouveau sur la liste commune PCF-PSU aux élections municipales de 1965 et sur la liste “Valence Renouveau”, conduite par René Labrégère en 1971. Proche de Gilles Martinet, il rejoignit, comme lui, le Parti socialiste en 1971.

Sur le plan syndical, Lantheaume fit partie de la direction départementale du SNI, où il occupa diverses fonctions, dont celles de correspondant de l’éditeur SUDEL en 1954. Participant à l’équipe de la tendance « autonome » qui dirigea la section départementale de 1947 à 1961, il en fut l’un des mieux élus, son positionnement personnel lui assurant des sympathies au sein même de la tendance « cégétiste ». Très actif dans la lutte contre la guerre d’Algérie et contre la loi Debré (1959-1960), il conduisit en 1961, pour le scrutin interne de renouvellement de la direction départementale du SNI une « liste d‘union » associant au courant « cégétiste » et à des « jeunes » ne se reconnaissant dans aucune tendance, quelques militants issus du courant « autonome ». Élu secrétaire départemental à la suite à cette initiative, qui lui valut la proposition d’Alfred Sorel* de figurer sur une liste unitaire pour les élections au Bureau national du SNI, il fut cependant critiqué par ses anciens camarades autonomes qui lui reprochèrent, comme Raoul Pons*, d’avoir « cru faire un Front populaire » et de se retrouver « devant une démocratie populaire ». Dans son intervention au congrès de Toulouse du SNI, le 13 juillet 1962, il indiqua que la majorité de sa section approuvait le rapport moral mais, puisque des compressions de postes se préparaient, il souhaitait que le SNI organise une action de masse et que le congrès adopte « une synthèse des motions d’orientation ». Lors de la première séance du congrès national du SNI à Paris, le 7 juillet 1963, il était assesseur. Invoquant la limite d’âge, il démissionna de ses responsabilités en janvier 1964 et céda la place à Elso Ferrero, premier responsable départemental issu du courant « Unité et Action ». Il continua à s’occuper des retraités du SNI, ainsi que du dossier laïque comme président du Comité départemental d’action laïque de 1968 à 1970 et de l’association des DDEN dont il fut le secrétaire de 1971 à 1975.

« Partisan inlassable de l’unité ouvrière », comme il se définissait lui-même dans sa profession de foi de 1964, Lantheaume, dont les trois enfants (voir Marc Lantheaume) militèrent au PCF, laissa un souvenir vivace chez les syndicalistes et militants du département.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136230, notice LANTHEAUME Charles, Louis, Étienne. par Jacques Girault, Gilles Vergnon, version mise en ligne le 14 février 2011, dernière modification le 9 janvier 2013.

Par Jacques Girault, Gilles Vergnon

Sources : Arch. Nat., 581AP/106. — Arch.dép. Drôme, fonds Charles Lantheaume (131 J 1-22) et fonds PSU (125 J). — Renseignements fournis par l’intéressé à J. Girault en 1976 et en 1987. — Entretien avec Yves Lantheaume, son fils (février 2003). — Presse syndicale. — Le Dauphiné libéré, 10 mars 1993.

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