SERRA Manuel [alias "GODEFROY", "commandant CARRÈRE", pseudonymes dans la Résistance]

Par Jean Sagnes, Claude Pennetier

Né le 17 juin 1909 à Alicante (Espagne), abattu par la Milice le 25 juillet 1944 à Toulouse (Haute-Garonne) ; électricien, cheminot ("Midi" puis SNCF) ; militant syndicaliste ; militant communiste ; résistant.

Fils de Mateo Serra et Vincente Mira Bernabeu, Manuel Serra naquit dans une famille nombreuse (neuf enfants), très pauvre, travaillant la terre. Tous émigrèrent vers la France et guidés par des rabatteurs français, s’installèrent en 1917 à Béziers pour travailler la vigne.
En mars 1929, Manuel Serra fit une demande de naturalisation, l’obtint et s’engagea dans l’armée française.
En 1934, il fencontra Giselle Lauze âgée de dix-sept ans qu’il épousa. Ils eurent trois enfants : Dimitri, en 1935 ; Alain en 1939, Francis en 1941.

Ouvrier monteur électricien à Béziers (Hérault), syndicaliste et communiste, Manuel Serra fut secrétaire du comité régional du Languedoc de la FSGT dès sa constitution le 1er avril 1935 et le demeura jusqu’à la guerre. Il milita ardemment pour l’Espagne républicaine. Sa maison de Villeneuve-lès-Béziers était une plaque tournante de l’action antifasciste. Il aurait été chargé de recrutement de volontaires pour les Brigades internationales et serait allé lui-même un temps en Espagne.
Manuel Serra entra à la Compagnie du PO - Midi le 26 décembre 1936 et intégra donc la SNCF en 1937.
Arrêté en octobre 1941 avec des tracts communistes, il fut acquitté faute de preuve par un tribunal de Montpellier mais l’administration l’interna dans un camp de séjour à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) le 27 octobre 1941. La SNCF le licencia aussitôt le 20 octobre Il parvint à s’évader en janvier 1943 et entra dans la clandestinité.
Il devint à l’automne 1943 recruteur régional des FTPF (région des Pyrénées-Orientales) et spécialiste de l’exécution des collaborateurs. Il fut bientôt muté en Ariège et s’occupa des maquis ariégeois (FTPF) sous le pseudonymes de "Godefroy" et de "commandant Carrère". Son groupe composé de près de 80 hommes, comptait des FTPF était en liaison avec les guérilleros espagnols (AGE). Le 6 juillet 1944 un affrontement avec 400 Allemands et miliciens entraina la mort de 16 maquisards à Roquefixade.
Serra se rendit clandestinement à Toulouse le 25 juillet pour une réunion de préparatoire à la libération de la ville. Sans doute dénoncé, il fut tué par la Milice (certains disent la Sipo SD) à 11 heures du matin, devant le n° 2 de la Place Auguste-Lafourcade. D’après Guérilleros en terre de France, (op cit., p. 106), Serra fut assassiné par la Milice alors qu’il sortait d’une réunion à Toulouse avec l’organisation communiste de la Résistance espagnole en France, l’UNE (Unión nacional española). Cet ouvrage le présente à tort comme un "dirigeant espagnol", alors que Français, militant du PC français et dirigeant des FTPF de l’Ariège, il ne jouait aucun rôle dans la résistance communiste espagnole (PCE, UNE, Agrupación de guerrilleros españoles).
Une plaque commémorative à son nom figure en ce lieu.
Une rue de Béziers porte son nom et il est honoré à la gare de la ville.
Manuel Serra obtint à titre posthume la Légion d’honneur en 1960.
Son corps repose à Villeneuve-lès-Béziers.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article131045, notice SERRA Manuel [alias "GODEFROY", "commandant CARRÈRE", pseudonymes dans la Résistance] par Jean Sagnes, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 10 décembre 2018.

Par Jean Sagnes, Claude Pennetier

Clichés fournis par Elio Serra

SOURCES : Arch. Com. Béziers. — L’Aube sociale, 1935. — Bulletin d’information de l’ANACR des Pyrénées-Orientales, mars 1977. — Narcisse Falguera (dir.), Guerrilleros en terre de France. Les Républicains espagnols dans la Résistance française, préface de Léo Figuères, Pantin, Le Temps des cerises, 2004, 316 p. [p. 106]. — Mémorial des cheminots, notice par Véronique Desormaux et Hervé Barthélémy., Perrin, 2017. —Témoignage d’É. Fabre. — Notes d’André Balent. — Cette notice doit beaucoup à Elio Serra qi’il en soit remercié. — DBMOF, notice par Jean Sagnes.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément