NOTEBART Arthur, Gustave

Par Gilles Morin

Né le 12 juillet 1914 à Lomme (Nord), mort le 21 mai 2002 à Lille (Nord) ; représentant en vins ; militant et élu socialiste du Nord, maire de Lomme (1947-1990), conseiller général, député du Nord (1951-1958 puis 1962-1987), membre du comité directeur de la SFIO puis du bureau national du Parti socialiste (1956-1958 ; 1960-1975) ; président de la communauté urbaine de Lille de 1971 à 1989.

Arthur Notebart naquit dans une famille ouvrière : son père, garçon blanchisseur, portait les mêmes prénoms (Arthur, Gustave), sa mère, repasseuse, était née Marthe Dubeaurepaire. Arthur Notebart obtint le certificat d’études primaires. Bien qu’il ait été admis au lycée, il travailla dès l’âge de treize ans dans une usine de chaussures. Il était le petit-fils d’un militant qui reçu des mains de Paul Lafargue le premier drapeau de la section socialiste de Lomme, selon ses déclarations en 1972.

Membre du comité local des Jeunesses socialistes dès 1935 (il avait adhéré à treize ans en 1929), il appartenait en 1937 au bureau des Jeunesses socialistes de Lille. L’année suivante, il devint secrétaire de la section de Lomme et le demeura jusqu’à la mobilisation. Il semble qu’il partageait alors les positions des Paul-fauristes puisque, mobilisé comme soldat dans la Marne en octobre 1939, il écrivait au secrétaire général du parti : « … j’espère que le parti malgré les difficultés continue. Et que nos amis du Pays (socialiste) sont restés sur leurs positions ».

Mobilisé au 43e régiment d’infanterie, fait prisonnier (interné aux stalags 131 puis II B en Allemagne), il s’évada en avril 1941 et rejoignit la Résistance. Ayant formé le Comité d’action socialiste local, il participa aux premières actions de La Voix du Nord avec Jules Noutour et Jean Piat et devint responsable de Libération-Nord pour les cantons de Haubourdin-La Bassée. Vice-président du comité local de Libération, Arthur Notebart, désigné maire adjoint de Lomme dans l’assemblée municipale provisoire, allait dès lors commencer une longue carrière politique. Il débuta par une fonction d’apparence modeste, mais alors stratégique : en 1945, il fut désigné comme l’un des trois responsables fédéraux pour la constitution des Groupes socialistes d’entreprise. Mais Notebart s’affirma surtout comme un élu accédant successivement au niveau départemental, local et national.

Élu conseiller général du canton d’Haubourdin en septembre 1945, Arthur Notebart présida l’assemblée départementale en 1956, suppléant provisoirement Augustin Laurent, et présida le groupe socialiste à l’assemblée départementale en 1970. Élu maire de sa commune natale, Lomme, durant plus de 40 ans, de 1947 à 1989, il conduisit à la victoire une équipe socialiste homogène régulièrement dès le premier tour jusqu’aux années soixante-dix. En 1965, seul le PCF acceptait encore la confrontation et la liste Notebart l’emporta avec 81 % des exprimés. Notebart appartint aux deux dernières législatures de la IVe République, il fut en effet élu député le 17 juin 1951 et réélu le 2 janvier 1956.

Notebart joua aussi un rôle important dans les instances partisanes tant locales que nationales. Membre de la commission exécutive fédérale SFIO du Nord en 1947-1969, il entra au comité directeur du Parti socialiste SFIO en 1956-1958 (il avait été candidat sans succès aux congrès de 1948 et 1950). Au sein de la direction socialiste, Arthur Notebart soutint la politique du gouvernement Guy Mollet et de ses successeurs en Algérie. Il se rendit en mission en Algérie en septembre 1956 et au conseil national suivant, en décembre 1956, il s’opposa, avec sa vigueur coutumière, non exempte d’une certaine brutalité, aux positions des minoritaires qui dénonçaient l’opération de Suez et demandaient des négociations avec les nationalistes algériens et présenta le texte concluant au refus de convocation d’un congrès extraordinaire. Il appartint encore à la commission spéciale sur les finances du parti lors du conseil national de décembre 1957 et à la commission chargée d’étudier la situation en Algérie à celui des 3 et 4 mai 1958.

Pourtant, Arthur Notebart se retrouva à partir de juin 1958 dans la nouvelle minorité opposée aux positions de Guy Mollet, lequel était soutenu par Augustin Laurent. Il se montra en effet un opposant résolu au retour au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958 et adversaire des institutions de la Ve République qu’il n’accepta jamais. Avec Robert Coutant et Rachel Lempereur, il signa la motion rédigée par Albert Gazier appelant à voter « Non » au référendum constitutionnel avant le congrès national de septembre 1958. Ils furent battus dans le congrès fédéral et Notebart, candidat en 1958 et 1959, ne fut pas réélu au comité directeur durant deux ans. Surtout, il perdit son siège de député aux élections législatives de novembre 1958.

Figure résolue et incontournable des socialistes minoritaires dans le Nord, appuyé sur son fief, Arthur Notebart ne resta pas longtemps écarté des responsabilités fédérales et nationales. Réélu au comité directeur de la SFIO à partir de 1960, il retrouva un siège de député en 1962. Il fut ensuite régulièrement réélu jusqu’en 1986 compris.

Notebart appartint à partir du 6 décembre 1965 à l’exécutif de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Il en fut aussi le président départemental en septembre 1966 et devint membre du bureau de la SFIO en 1967, conservant ce poste dans le nouveau parti socialiste en 1969-1971. Il se montrait favorable au maintien de la SFIO et très opposé au rapprochement avec les communistes. Pour le congrès national extraordinaire de décembre 1968, il signa un texte intitulé « Non ! », refusant la fusion dans un nouveau parti socialiste, puis il fut le 1er signataire d’une motion « fidélité et courage », pour le congrès d’Issy-les-Moulineaux en juillet 1969. Pour le congrès d’Épinay en 1971, il signa la motion R (Nord-Bouches-du-Rhône).

Lorsque Augustin Laurent abandonna, en 1968, la direction politique de la fédération du Nord qu’il assumait depuis la Libération, Pierre Mauroy et Arthur Notebart prirent sa succession et le maire de Lomme fut nommé secrétaire général à l’organisation. Sur le plan local, il fut désigné comme vice-président en 1968-1970 de la communauté urbaine de Lille-Roubaix-Tourcoing, puis président à partir de 1971 (il l’était encore en 1988).

Le préfet chargé de dresser par l’administration centrale « l’équation personnelle » de celui-ci le 9 juillet 1970 le décrivait ainsi : « Peu cultivé, le député-maire de Lomme met au service d’une dialectique sommaire un physique et un coffre de tribun populaire qui lui permettent de camper un personnage haut en couleur, très remarqué dans les meetings publics. » Mais, ajoutait le représentant de l’État, « administrateur avisé et subtil, sous des dehors tout en rondeur, M. Notebart, qui sait s’entourer, dispose d’une équipe à sa dévotion et mène dans sa commune une politique de despote éclairé très appréciée de ses concitoyens ». Il avait une réputation de bâtisseur et s’occupait personnellement des mal-logés.

Représentant « le plus dynamique du PS dans le département (…), il pratique en période électorale une politique de combat et tolère mal les intrusions de ses adversaires d’où qu’ils viennent. Son équipe, ossature du service d’ordre de la section de Lille, livre aux colleurs d’affiches de la majorité ou du PCF des escarmouches qui tournent généralement à son avantage et la diffusion d’une propagande mettant en cause la gestion ou les idéaux du maire en place constitue à Lomme un exercice périlleux ». Son successeur, en 1979, synthétisait ainsi son appréciation : « Peu cultivé, mais très intelligent et dynamique, c’est un remarquable administrateur » observait le préfet en 1979. Il insistait aussi sur son caractère « entier » et parfois « violent ».

Une lettre confidentielle du Nord, parue en septembre 1977, le décrivait ainsi : « Il est petit, mais puissant, bedonnant, mais solide et à près de 65 ans, il a une ardeur de jeune homme. Un coup de fourchette ahurissant, compensé par des cures régulières à Vichy. Une force de la nature. Un battant et un combattant. »

Membre du comité directeur et chargé du lien entre le bureau exécutif du Parti socialiste et le groupe parlementaire après le congrès d’Épinay, de juin 1971 à 1973 (tendance Mauroy-Defferre), il démissionna en septembre 1972 de cette responsabilité après la fusillade lors des jeux olympiques de Munich. Proche d’Israël et présent lors de la fusillade, car très amateur de sports, il avait demandé en vain que le parti prenne position en faveur de la dissolution des bases de Feddayins et que « tous moyens d’existence leurs soient interdits ». Il se disait désormais partisan de l’Union de la gauche, mais semble avoir hésité à quitter le parti, ayant pris contact avec Jean-Jacques Servan-Schreiber en 1972. Toujours n° 2 du PS départemental, il brigua la présidence du conseil général au moment du départ de Victor Provo et les relations du président de la communauté urbaine avec Pierre Mauroy, président de la région et maire de Lille devinrent difficiles, puis conflictuelles. Opposé au « grand Lille », Notebart proposait un « grand Lomme ».

Au congrès national de Grenoble en 1973, Notebart ne prit position pour aucun texte, s’abstenant lors du vote final. Mais, en 1975, pour le congrès de Pau, il fut l’un des initiateurs d’une motion distincte de celle de Pierre Mauroy, avec Victor Provo, Léonce Clerambeaux, Jacques Piette*, Louis Le Sénéchal. La motion, très laïque et hostile aux Assises du socialisme, fit réagir les responsable de la CFDT qui fustigeait « l’homme du siècle dernier ». Il continuait par ailleurs à briser des lances avec les communistes sur le projet de métro de Lille (il retira leurs délégations aux trois vice-présidents communistes de la communauté urbaine en 1977), sur le Portugal, etc. Il présenta encore une motion en 1978 pour le congrès de Metz, intitulé « Et maintenant que faire ? Rester socialiste ? », avant de rallier la motion Mitterrand. Il prônait un débat idéologique avec les communistes et réaffirmait son crédo européen.

Arthur Notebart siégea par ailleurs au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais à partir de 1973 et était vice-président de l’Assemblée régionale en 1987. Il était encore président de l’Établissement public d’aménagement de Lille-Est à Villeneuve-d’Ascq. Le « roi Arthur », cumulard et batailleur, suscitait des critiques, jusque dans les rangs de certains de ses camarades, plus particulièrement Gérard Caudron, maire de Villeneuve-d’Ascq et Pierre Prouvost.

Notebart se montra toujours critique envers François Mitterrand. Mais, en 1979, au congrès de Metz, il fut membre de la commission de résolution au nom de la motion A (Mitterrand), contre Pierre Mauroy. Mitterrand vint pour son jubilé politique cette année là. Notebart demeura au Parti socialiste où son franc parler, voire sa brutalité, se firent régulièrement remarquer.

Arthur Notebart démissionna de son siège parlementaire le 15 mai 1987. Il était encore à cette date membre du secrétariat fédéral du PS à la propagande. Il démissionna de la marie de Lomme en mai 1990 à la suite d’un différent avec les conseillers socialistes.

Chevalier de la Légion d’honneur en janvier 1988, il était décoré de la Croix du combattant 1939-1945 et de la Croix du combattant volontaire de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article124169, notice NOTEBART Arthur, Gustave par Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Dép. Nord, M 154/179. — Arch. Nat., F/1b1/998 ; F/1cII/205, 296 ; 19980414-27. 20010216/114/3037 ; 20010216/91/2670. — Arch. Ass. Nat., dossier personnel. — Arch. de l’OURS, 10-1-23, 10-1-42. — Arch. FJJ/6EF73/2. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 113 et décembre 1968. — Rapports de congrès fédéraux SFIO du Nord, 1945-1967. — Le Poing et la Rose, n° 81, mai 1979. — Bulletin Quotidien, 5 janvier 1988. — Le Monde, 22 mai 1990. – Bulletin intérieur de la SFIO.

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