CORON Louis, Xavier

Par Antoine Olivesi

Né le 11 novembre 1885 à Arles (Bouches-du-Rhône) ; tourneur sur métaux à Marseille depuis 1910 ; militant des Bouches-du-Rhône, anarchiste-révolutionnaire et syndicaliste cégétiste dans la métallurgie.

Fils de Gaspard Coron, employé de chemin de fer, et de Marie née Feisnez, sans profession, Louis Coron avait d’abord résidé à Lyon où il s’était marié et avait été réformé en 1911. Il militait alors dans les groupes anarchistes et était classé comme un propagandiste actif. Dans une causerie, le 12 avril 1913, au bar des Quinconces, il déclara que même les individualistes ne pouvaient pas se désintéresser de la propagande s’ils voulaient faire œuvre utile. Il était en relations, à la même époque, avec les anarchistes lyonnais dont un groupe s’était établi à Marseille et les libertaires espagnols notamment à Martigues où Coron travailla au printemps 1913. Mais certains anarchistes, comme Carbo, lui reprochèrent d’admettre une transformation de la société par l’évolution et n’approuvèrent pas sa tentative de rapprochement avec les syndicalistes révolutionnaires de la CGT. Le secrétaire de l’UD, Durand avait offert, en effet, après avoir négocié avec Coron, un local aux anarchistes du groupe d’Études sociales. Mais cet accord n’aboutit à aucun résultat concret et durable.

On retrouve Coron, pendant la Grande Guerre, secrétaire du syndicat CGT des métaux des Bouches-du-Rhône et classé comme pacifiste. En mars 1918, il se prononça pour la révolution, les soviets et le bolchevisme.

En mai, il protesta contre les termes de la conférence tenue par la CGT à Clermont et réclama un congrès national avec des organisations syndicales directement représentées. Lui-même fut délégué au congrès de Versailles, puis, bien que minoritaire, par l’UL de Marseille au congrès national des Métaux en juillet. En août, il adhéra avec Cani et d’autres militants au comité corporatif interprofessionnel créé à Marseille et en devint le secrétaire.

Au cours de l’été 1918, à la suite de conflits sociaux consécutifs à la cherté de la vie à Marseille, il fut reçu à Paris au ministère de l’Armement avec Cani. Celui-ci proposa la grève immédiate pour le 6 octobre, mais Coron modéra le mouvement en raison de la proximité de la victoire et obtint, avec l’appui de Fernand Bouisson une augmentation des salaires de 20 % en octobre.

En novembre, Coron accusa Audoye, secrétaire de l’UD, d’avoir fait preuve de « négligence » et, en décembre, il se prononça pour un programme de la CGT « maximaliste », dénonça le « Kaiser » Clemenceau et Poincaré « aux mains rouges de sang ». Il était favorable aussi à l’aide aux révolutionnaires russes, et sur le plan national, à la création de coopératives.

À la fin de l’année 1918, Coron, qui avait adhéré en juin au comité de Coalition républicaine avec Cermolacce* était considéré comme l’un des militants les plus avancés de la Fédération des Bouches-du-Rhône et participait à plusieurs meetings révolutionnaires et collectivistes.

De même, au printemps 1919, il fut mandaté par les ouvriers, après les grèves, pour discuter, en compagnie de Boisson et de Cani, notamment, avec les patrons, sous le patronage du préfet Saint, ce qui permit d’aboutir à un accord, le 22 avril 1919. Le 6, il avait participé à un meeting de protestation contre l’acquittement de Villain et réclamé l’amnistie.

Le 1er mai 1919, il fit un discours en faveur de la IIIe Internationale. De mars à octobre, il fit campagne contre les réformistes de la CGT et de la SFIO, attaquant Jouhaux et Fernand Bouisson lequel avait participé au ministère Clemenceau. Il refusa de figurer sur la liste socialiste ou sur celle de la concentration républicaine, aux élections législatives de 1919 — sollicité dans les deux cas, pour obtenir une caution syndicaliste — en invoquant la Charte d’Amiens. Il soutint d’abord la liste travailliste d’extrême-gauche, polémiqua avec Bouisson pendant la campagne électorale, puis finalement, conseilla, le 15 novembre, de voter pour la SFIO, afin de ne pas diviser les forces de gauche. De nouveau délégué par la Fédération des Métaux au congrès national de la CGT à Lyon en septembre 1919, Coron adopta, tant au point de vue politique qu’au point de vue syndical, des positions hésitantes entre la théorie et la conjoncture. Son point de vue, qu’il développa au congrès de l’UD-CGT a Aix-en-Provence le 14 décembre, était qu’il fallait soutenir la Révolution russe et les soviets mais que les ouvriers n’étaient pas mûrs, en France, pour la révolution et qu’il fallait éviter la division syndicale. Lors d’une réunion de l’UD, le 27 février 1920, il fit partie de la majorité qui refusa une grève de solidarité avec les cheminots. Et le surlendemain, pourtant, le 29 février 1920, il se prononça pour la grève générale. « La Révolution est en l’air, déclara-t-il, mais elle ne consiste pas à se battre dans la rue à coup de fusils... Il faut choisir le moment propice pour s’emparer du pouvoir et des moyens de production ».

Quoi qu’il en soit, Coron signa finalement avec tous les autres membres de la commission exécutive de l’UD l’appel à la grève générale pour le 1er mai 1920, et fit partie des orateurs qui prirent ce jour-là la parole.

Il s’était marié le 27 mai 1922 à Marseille (Bouches-du-Rhône) avec Julie Gassin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article106819, notice CORON Louis, Xavier par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 13 mars 2014, dernière modification le 24 avril 2016.

Par Antoine Olivesi

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M3/54 (rapport de police du 10 octobre 1919) ; VM2/245 (rapport du 21 novembre 1919) ; M6/3851, (rapports des 8 et 9 juillet 1918) ; M6/10810 (rapports des 15 avril, 3 mai et 9 juin 1913, ainsi que notice individuelle citée) ; XIVM 24/46 (rapport du 5 septembre 1918) ; XIVM 24/60 (rapports des 3 juillet, 17 août, 18 octobre, 13 novembre, 9 et 10 décembre 1918) ; XIVM 24/61 (rapports des 26 et 29 février 1920), 25/50 (rapports des 2 juillet, 27 septembre et 7 octobre 1918) et 52 (rapport du 17 mars 1918) ; XIV M 25/54, rapports des 28 et 30 avril 1920 ; XIV M 25/55, rapport du 28 février 1920. — Arch. Com. de Marseille, listes électorales de 1919. — Le Petit Provençal, 26 avril 1918 ; 7 avril, 15 novembre, 14, 22, 23 et 31 décembre 1919. — J. Bonnabel, Le mouvement ouvrier à Marseille... op. cit. — D. Moulinard, Le Parti communiste à Marseille... op. cit. — Etat civil d’Arles. — État civil en ligne http://doris.archives13.fr (consulté le 13/03/2014).

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