FÉNÉON Félix [FÉNÉON Louis, Félix, Jules, Alexandre]

Né le 26 juin 1861 à Turin (Italie) ; mort le 29 février 1944 ; employé de ministère, puis courtier-démarcheur en tableaux ; journaliste, critique littéraire et critique d’art ; sympathisant anarchiste vers 1894, impliqué dans le Procès des Trente.

Né de parents français, Félix Fénéon était en 1894 commis principal au ministère de la Guerre et il collaborait aux périodiques anarchisants l’En-Dehors et la Revue Blanche.
En 1893-1894, période des attentats anarchistes — ceux de Vaillant, d’Émile Henry — des perquisitions et des arrestations avaient lieu dans les milieux libertaires. Or, le 27 avril 1894, Le Figaro publiait l’information suivante sous le titre « Une arrestation au ministère de la Guerre » : « À la veille du procès Émile Henry, la police a mis la main sur un individu qui semble le complice des anarchistes Matha et autres, M. Félix Fénéon, commis principal au ministère de la Guerre, chez lequel on a saisi des détonateurs d’explosifs... »
Arrêté, Fénéon fut, bien entendu, révoqué de son emploi.
Le Procès des Trente — Voir Sébastien Faure — s’ouvrit le 5 août 1894. Fénéon était un des inculpés. On avait découvert dans son bureau du ministère un flacon de mercure — le mercure peut servir à la fabrication du fulminate de mercure, un explosif.
A. Bataille, dans Causes criminelles et mondaines de 1894, présentait ainsi le comparant : « Voici M. Fénéon, avec sa longue figure maigre et osseuse, presque ascétique, ses yeux enfoncés, sa physionomie flegmatique, sa lèvre rasée et son long bouc américain, qui lui donne l’air d’un jeune quaker ».
Fénéon reçut, parmi d’autres, un témoignage de sympathie de Mallarmé qui le caractérisait ainsi : « Esprit très fin et curieux de tout ce qui est nouveau ». « C’est un des critiques les plus subtils et les plus aigus que nous ayons » (cf. Gazette des Tribunaux, 9 août 1894).
Au cours du procès, Félix Fénéon ne se départit pas de son flegme. Il parla peu ; mais son humour à froid impressionna à plusieurs reprises public et jury. En voici un exemple. Alors que l’avocat général Bulot venait de demander une suspension d’audience de quelques instants pour se laver les mains, car il venait d’ouvrir un paquet à son adresse plein de matières fécales, la voix calme de Fénéon s’éleva dans le silence : « Depuis Ponce-Pilate, on n’avait pas vu un juge se laver les mains avec tant d’ostentation... »
Les accusations portées contre Fénéon apparurent sans fondement et il fut acquitté le 12 août 1894 comme d’ailleurs la plupart des inculpés — Voir S. Faure.
À sa sortie de prison, Félix Fénéon devint secrétaire de rédaction à La Revue blanche fondée en 1891. Les critiques que Fénéon y donna étaient sans faiblesse. Créateur manqué lui-même (il ne mena jamais à bien les romans qu’il voulait écrire), il fit montre vis-à-vis des autres d’une grande lucidité.
Après avoir quitté la Revue blanche, Fénéon devint rédacteur, d’abord au Figaro, puis au Matin où il publiait ses « nouvelles en trois lignes » d’une ironie très personnelle.
Fénéon ne s’intéressait pas seulement à la littérature, mais aussi à l’art, à la peinture en particulier. Il avait fondé jadis La Revue indépendante, publié en 1886 une brochure sur les Impressionnistes et fut lié d’amitié avec Toulouse-Lautrec qui le représenta à plusieurs reprises dans ses œuvres. Il devint alors courtier démarcheur en tableaux.
Durant la Première Guerre mondiale, Fénéon, qui se rendit à plusieurs reprises à l’étranger, en 1915 en Grande-Bretagne, en 1917 en Suisse, fit peu parler de lui. Après la guerre, il dirigea de 1920 à 1926, chez Bernheim, le Bulletin de la vie artistique, amorcé dès 1914, quelques mois avant la guerre ; il fut directeur littéraire de la Sirène. Fénéon ne militait plus dans les milieux libertaires, mais, en 1936, lors de l’avènement du Front populaire, il hissa le drapeau rouge sur le toit de l’immeuble qu’il habitait, 10, avenue de l’Opéra, à Paris.
Fénéon avait réuni une collection de tableaux de valeur qu’à deux reprises, en 1917 et en 1943, il songea à léguer à un musée de Moscou ; ce projet ne s’étant pas réalisé, la collection fut vendue à sa mort et l’intérêt du capital sert à alimenter le prix Félix Fénéon attribué chaque année depuis 1948 à des écrivains ou artistes de moins de trente-cinq ans.
Fénéon refusa longtemps qu’on publie l’ensemble de ses écrits ; il finit par accepter à la condition expresse que l’on attendît sa mort. Ses œuvres plus que complètes ont été publiées en 1970.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article86805, notice FÉNÉON Félix [FÉNÉON Louis, Félix, Jules, Alexandre] , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

SOURCES : Arch. PPo. non versées. — Félix Fénéon, œuvres plus que complètes, préface de Mme Halperin, Paris-Genève, 1970. — Le Monde, 8 août 1970 « Le Monde des Livres ».

ICONOGRAPHIE : F. Fénéon, œuvres plus que complètes, présentation de Joan U. Halperin, 1970, Bibl. Nat. 8° Z 39 973, 2 volumes.

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