FLEURY Emmanuel, Gustave

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 18 juin 1900 à Orches (Vienne), mort le 14 mars 1970 à Paris (XIVe arr.) ; employé de commerce puis facteur des PTT ; syndicaliste CGTU puis CGT réunifiée et militant communiste de Paris, dirigeant de la Fédération CGTU des PTT, membre suppléant de la commission exécutive de la CGTU (1929-1931) ; conseiller municipal du XXe arr. de Paris (1936-1940 puis après 1945).

Fils de Jules Fleury, cultivateur, et d’Honorine née Pillaut, Emmanuel Fleury quitta l’école à l’âge de douze ans et travailla comme ouvrier agricole avant de rejoindre la capitale pour être employé de commerce. Aucun document n’évoque sa participation aux combats de la Première Guerre mondiale, mais sa biographie parue dans L’Éveil du XXe signale son appartenance à l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC).

Adhérent du Parti socialiste depuis 1919, Emmanuel Fleury milita en faveur de l’adhésion à la IIIe Internationale et fut membre du Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920). Il entra en 1923 dans l’administration des PTT comme facteur au bureau central du XXe arrondissement et se consacra essentiellement à l’action syndicale à la CGTU à partir de janvier 1924. Révoqué en juin 1929 à la suite du mouvement de grève des facteurs parisiens pour l’amélioration de leurs salaires, il ne fut réintégré dans son emploi que le 21 janvier 1936.

Entre-temps, la CGTU l’avait rémunéré comme permanent syndical. La police signalait qu’en octobre 1929, il avait sollicité un passeport pour assister aux fêtes du 12e anniversaire de la Révolution russe. Le congrès de la Fédération postale unitaire réuni dans la salle de La Bellevilloise, en mai 1930, l’élut secrétaire technique du syndicat des sous-agents, dont Julien Taillard était secrétaire général. Il assista comme délégué de la Seine et de sa fédération à divers congrès nationaux de la CGTU : aux IVe (1927), Ve (1929), VIe (1931), VIIe (1933), VIIIe (1935) ; et aux congrès de la CGT réunifiée : XXXe (1936), XXXIe (1938). Il siégea comme suppléant à la commission exécutive confédérale de 1929 à 1931. La Fédération postale unitaire le délégua au congrès mondial contre la guerre tenu à Amsterdam du 27 au 29 août 1932. Il était par ailleurs membre du secrétariat du Cartel unitaire des services publics. Après la réunification du 1er décembre 1935, il devint secrétaire régional des employés des PTT pour la région parisienne et membre de la commission exécutive de la nouvelle Fédération postale CGT. Les amis de René Belin l’en écartèrent en mai 1938. Le congrès parisien du 27 février 1938 l’avait élu secrétaire général, entouré d’Emmé Euzéby et Georges Halle (secrétaires adjoints) et de François Filippi (trésorier général). Son syndicat comptait alors 10 900 adhérents et publiait Le Ralliement des PTT. C’est lui qui présenta la motion de La Vie ouvrière au congrès des PTT d’octobre 1938 mais l’année avait été marquée par un forte offensive contre les anciens "unitaires" et les mise hors de la direction fédérale de leurs principaux militants. Il fut exclu de la CGT le 18 septembre 1939 pour avoir refusé de désapprouver le Pacte germano-soviétique.

Emmanuel Fleury s’était marié le 23 janvier 1932 avec Marie-Thérèse Naudin (voir Marie-Thérèse Fleury).

Le Parti communiste l’avait présenté aux élections municipales du 5 mai 1929 dans le quartier Saint-Fargeau du XXe arr. (1 082 voix au 1er tour, 3 034 au second), aux municipales partielles d’octobre 1930 dans le XXe arr., parallèlement à la candidature de Maurice Thorez aux législatives partielles, puis aux élections législatives des 1er et 8 mai 1932 dans la 1re circonscription du XXe arr. (Belleville, Saint-Fargeau), où il recueillit 5 039 voix sur 19 638 inscrits (25,7 %) et 16 807 votants. Devancé par le socialiste SFIO Robert Jardel* (5 072 voix), il maintint cependant sa candidature au second tour et vit ses suffrages atteindre 5 297 (27 % des inscrits) tandis que Jardel* – député sortant – obtenait 6 623 voix sur 15 937 votants. Il échoua à nouveau aux élections municipales de mai 1935 (1 524 voix sur 7 673 inscrits ; 848 voix au socialiste SFIO Lerch*), mais fut élu conseiller municipal du quartier de Saint-Fargeau à l’élection municipale partielle des 7 et 14 juin 1936. Au premier tour, Emmanuel Fleury avait recueilli 2 217 voix sur 6 168 votants et 8 330 inscrits. Le socialiste SFIO Spinetta* (814 voix) se désista en sa faveur. Emmanuel Fleury fut élu avec 3 227 voix sur 6 062 votants, contre 2 774 suffrages au républicain de gauche Daux. À l’Hôtel de ville, Emmanuel Fleury appartint à la 6e commission du conseil municipal (eaux et assainissement) ; au conseil général, il fit partie de la 7e commission (préfecture de police, prisons) et de la 13e (eaux, assainissement, navigation). Le gouvernement le déchut de son mandat le 21 janvier 1940 pour appartenance au Parti communiste.

Emmanuel Fleury avait été arrêté le 19 décembre 1939 à son domicile 5 rue Dulaure (XXe arr.), interné au Centre de séjour surveillé de Baillet (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), puis transféré le 12 janvier 1940 à la ferme de Saint-Benoît. Il s’évada du camp de Fort Barraux (Isère) en septembre 1940 et participa au groupe clandestin des syndicalistes communistes des PTT qui publia à partir de l’hiver 1940-1941 Le Travailleur des PTT. Ce journal illégal parut sous sa responsabilité de 1941 à 1944. En septembre 1943, il reconstitua clandestinement la Fédération CGT des PTT avec l’ancien syndicaliste confédéré Léon Digat. Une autre Fédération postale clandestine avait été créée au début de l’année 1943 par Aimé Cougnenc, Jean Mathé et Edmond Fronty. Le Parti communiste le chargea de superviser l’interbranche 4 des Comités populaires (PTT) et d’organiser les rapports avec la province.

À la Libération, président du comité régional de grève des postiers, Emmanuel Fleury apprit que sa femme Marie-Thérèse Fleury était morte en déportation à Auschwitz. Il devint secrétaire général des PTT de la région parisienne (1945-1946) et secrétaire fédéral CGT en avril 1945 puis secrétaire général adjoint. Il fut nommé conseiller municipal du XXe arrondissement en 1945. Il représenta le 6e secteur (XIIe, XIXe et XXe arr.) de 1945 à 1947, puis le 9e secteur de 1947 à 1965. Il assura le secrétariat général de l’association des Amis de la Commune lors de sa reconstitution en 1962.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49472, notice FLEURY Emmanuel, Gustave par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 15 mars 2009, dernière modification le 14 septembre 2017.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Fleury Emmanuel
Fleury Emmanuel
Brochure reproduisant le discours d’Emmanuel Fleury, 22 septembre 1944.
Brochure reproduisant le discours d’Emmanuel Fleury, 22 septembre 1944.

ŒUVRE : La Participation des postiers parisiens à l’insurrection nationale, Paris, 1944, 35 p.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13119, F7/13260. — Arch. PPo. 101, 25 mai 1941, PPo. 307. — Arch. Dép. Seine, D 3 M 2, n° 5 et Versement 10441/64/2, n° 24. — Arch. J. Maitron. — RGASPI, Moscou, 494 270 725. — L’Humanité, 28 avril 1929. — La Vie socialiste, 14 mai 1932. — Le Populaire, 6 et 13 mai 1935. — L’Éveil du XXe, année 1939, 4 février 1945 et 4 mars 1945. — Le Conseil municipal : nos édiles, op. cit. — Brochure : Fédération CGT des PTT, Libération nationale des PTT, La participation des travailleurs des PTT à la lutte libératrice 1940-1944, 1964, 16 p. — IHS CGT, Emmanuel Fleury. Un dirigeant syndical révolutionnaire et un grand résistant des PTT, 18 juin 1900-14 mars 1970, 2000, supplément au journal Le relais, 60 p. État civil d’Orches.

ICONOGRAPHIE : Le Conseil municipal : nos édiles, op. cit., 1937, p. 261.

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