ROUX Jacques

Né le 21 août 1752 à Pranzac (Charente), d’une famille bourgeoise, il se suicida pour ne pas comparaître devant le tribunal révolutionnaire, le 22 pluviôse an II (10 février 1794) à la prison de Bicêtre (Seine). Prêtre catholique. Révolutionnaire démocrate.

Professeur de philosophie au séminaire d’Angoulême de 1772 à 1779, professeur de physique au même endroit de 1780 à 1784, vicaire et chapelain du château de Montauzier à Sainte-Radegonde (Charente-Inférieure), en 1785-1786, vicaire de Cozes (Charente-Inférieure) de juillet 1787 à septembre 1788, vicaire de Saint-Thomas-de-Conac (Charente-Inférieure) en 1789 et 1790, il y déclara en chaire que le 14 juillet était le « triomphe des braves Parisiens sur les ennemis du bien public ».
La seule énumération des changements fréquemment intervenus dans la médiocre carrière ecclésiastique de Jacques Roux et son passage, en 1785, du diocèse d’Angoulême dans le diocèse de Saintes signifient certainement qu’il n’était pas au mieux avec ses supérieurs. Ses supérieurs, et particulièrement un des vicaires généraux de Saintes, Taillet, le jugeaient insupportable en effet. Taillet devait écrire plus tard : « Enfin j’accuse et je dénonce à la postérité un sieur Jacques Roux qui a été plusieurs années vicaire dans le diocèse de Saintes et qui a jeté tant qu’il a pu les premières semences de la révolution. La France a produit beaucoup de monstres [...] ; il est un des plus méchants et en même temps des plus dangereux, parce qu’il cache sous les dehors de la douceur une âme infernale. »
Jacques Roux était de caractère difficile, de complexion maladive et de nature très émotive. En 1779, il avait été condamné, avec d’autres, à une amende pour complicité dans le meurtre du séminariste Mioulle. D’après les pièces de la procédure, plusieurs séminaristes et des jeunes gens de la bourgeoisie d’Angoulême lançaient régulièrement des pierres dans les fenêtres du séminaire, pour diverses raisons, et en lançaient en particulier dans la fenêtre de Jacques Roux, professeur de philosophie trop sévère. L’administration du séminaire avait cru devoir poster un frère lai armé, qui tira et tua.
Il est difficile d’admettre avec Taillet qu’avant 1789 Jacques Roux ait fait plus que de constater la misère des paysans de l’Angoumois et de la Saintonge.
Par contre le discours que tint à ses paroissiens le vicaire de Saint-Thomas-de-Conac en l’honneur des Parisiens du 14 juillet 1789 fut assurément un discours révolutionnaire, mais nous n’en savons pas la date exacte et nous n’avons aucune certitude que le texte imprimé (fin 1790 ?) n’ait pas été remanié, ou pour le moins enjolivé.
De toute façon, Jacques Roux y disait sûrement son enthousiasme pour les droits de l’Homme, sa confiance en Louis XVI, en la nation et en la loi pour assurer le bonheur public, sa méfiance à l’égard de la contre-révolution, car son discours suffit aux contre-révolutionnaires comme « preuve » qu’il était l’instigateur de l’émeute paysanne des 28 et 29 avril 1790 à Saint-Thomas-de-Conac.
Les paysans de Saint-Thomas-de-Conac se soulevèrent contre les droits seigneuriaux rachetables et brûlèrent deux châteaux. Jacques Roux n’était plus leur vicaire depuis une dizaine de jours. Il était passé à la cure d’Ambleville (Charente), dont le desservant venait de mourir. Tenu néanmoins pour moralement responsable des troubles des 28 et 29 avril, il fut frappé d’interdit par Taillet et par les autres vicaires généraux de Saintes.
Il gagna Paris. On le rencontrait au club des Cordeliers à la fin de 1790. Il devait se trouver dans la capitale révolutionnaire depuis le courant de l’été, son dernier acte comme desservant provisoire d’Ambleville datant du 13 mai.
Le 16 janvier 1791, dans l’église Saint-Sulpice, il prêta serment à la Constitution civile du clergé. Vicaire constitutionnel de Saint-Nicolas-des-Champs, il habitait la section très peuplée et très pauvre des Gravilliers, sur la rive droite, tout en continuant à fréquenter sur la rive gauche le club des Cordeliers, où il était connu de Marat. Mais, quoique Jacques Roux soit allé jusqu’à cacher Marat à Saint-Nicolas-des-Champs, Marat se méfiait de lui.
En mai 1792, lors des troubles de subsistances, Jacques Roux demanda en chaire la peine de mort contre les accapareurs et les fabricants de faux assignats, l’interdiction de l’exportation des grains, la vente obligatoire dans les marchés et l’établissement de magasins publics, l’uniformisation des poids et mesures. La vie chère, disait-il intuitivement, conduit à la contre-révolution.
Combattant de la journée du 10 août 1792, désigné par sa section comme juré au Tribunal extraordinaire du 17 août, Jacques Roux échoua en septembre aux élections pour la Convention. Il y eut dès lors en lui une tenace rancœur contre les parlementaires en place. Il dénonça derechef les spéculateurs « qui soumettent à des calculs usuraires les larmes et l’appauvrissement du peuple » (1er décembre 1792).
Le 21 janvier 1793, comme représentant de la section des Gravilliers, il siégeait au Conseil général de la Commune de Paris, et c’est délégué par le Conseil général qu’il assista à l’exécution de Louis XVI, à charge de rendre compte ensuite. Louis XVI mort, il revint aux spéculateurs.
Jaurès a appelé la journée du 25 février 1793, où les magasins furent pillés par une foule qu’exaspérait la hausse du pain et du savon, « la journée de Jacques Roux ». Michelet, avant lui, y avait vu « ce germe obscur d’une Révolution inconnue dont la révélation plus claire se marqua plus tard dans Babeuf ». Effectivement, Jacques Roux a dit : « Je pense [...] que les épiciers n’ont fait que restituer au peuple ce qu’ils lui faisaient payer beaucoup trop cher depuis longtemps. » C’était là une mise en question de la propriété. Jacques Roux y reviendra dans un sens nettement socialiste : « Les productions de la terre, comme les éléments, appartiennent à tous les hommes. Le commerce et le droit de propriété ne sauraient consister à faire mourir de misère et d’inanition ses semblables » (Le Publiciste de la République française, n° 249, 28 juillet 1793). Et il multiplia les attaques contre les riches. Il exigeait en fin de compte un supplément de révolution.
Tel est le sens du texte qu’il vint lire à la Convention le 25 juin 1793, au nom du club des Cordeliers, des sections des Gravilliers et de Bonne-Nouvelle. Ce texte a été appelé par l’historien Albert Mathiez « Manifeste des Enragés », et l’expression est demeurée, non pour son exactitude mais pour sa commodité. Jacques Roux évoquait « le combat à mort que l’égoïste livre à la classe la plus laborieuse de la société », il déclarait qu’il n’y a pas de liberté pour qui meurt de faim, il demandait aux législateurs qui ont le droit d’envoyer les hommes aux armées, c’est-à-dire à la mort, de décréter un droit à la vie en vertu duquel les sans-culottes seraient nourris à bas prix.
Les murmures des Conventionnels dirent que tout cela n’était pas de leur goût dès le début, puis vinrent les interruptions, enfin les ripostes. Jacques Roux fut explicitement traité d’agent de Cobourg et de l’étranger ou de « digne émule des fanatiques de la Vendée », en sa qualité de prêtre.
Le soir, la section des Gravilliers l’approuva ; le 27 juin, la section de Bonne-Nouvelle et le club des Cordeliers l’approuvèrent aussi, mais Robespierre l’attaqua aux Jacobins. Le 30 juin, les Cordeliers, sollicités par les Jacobins, prononcèrent sa radiation. Marat se dressa contre lui.
Jacques Roux rétorqua à Marat par une affiche : « ... quand j’aurais été outré dans mes expressions, il ne faut pas, Marat, me traîner dans la boue ; les injures que tu me dis à cette occasion m’honorent [...] Je conviens que j’ai dit dans mon adresse des vérités dures ; mais le droit de pétition n’est-il que le droit de flagorner les législateurs ?... »
Cela n’empêcha pas Jacques Roux de prendre, le 16 juillet, la suite du journal de Marat assassiné. C’est Le Publiciste de la République française, par l’Ombre de Marat, l’ami du peuple, n° 243. Jacques Roux tint plus d’un mois contre vent et marée, s’en prenant non seulement aux spéculateurs, mais aux administrateurs indélicats qui se mêlaient du commerce des subsistances ou de l’habillement des troupes.
Il fut arrêté du 22 au 27 août, relâché sous caution d’un tabletier et d’un cordonnier, arrêté de nouveau le 5 septembre et dès lors traité en suspect, d’autant plus qu’il en arrivait maintenant à critiquer la Terreur. Le tribunal correctionnel du Châtelet s’étant déclaré incompétent pour le juger et l’ayant renvoyé devant le tribunal révolutionnaire, le 12 janvier 1794, il attenta à ses jours aussitôt. Mais c’est seulement le 10 février qu’il se blessa assez grièvement pour succomber dans la journée.
Les Hébertistes lui avaient, durant sa détention, enlevé les foules qui l’avaient eu pour porte-parole en 1793.
Voir les partisans de Jacques Roux à la section des Gravilliers : Jacques Bosquet*, Jacques Bourbon*, Marguerite David*, Jean-Baptiste Duclos*, Fleury*, Jean-Louis Graillot*, Martin Guilbert*, Alexandre Guilmont*, Nicolas Natté*, Jacques Nodot*, Jean Sauger *

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article37423, notice ROUX Jacques , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRES : Jacques Roux a écrit de nombreuses brochures : Le Triomphe des braves Parisiens sur les ennemis du bien public, par M. Jacques Roux, prêtre du diocèse d’Angoulême, apôtre et martyr de la Révolution, s. l. n. d. — L’Apôtre martyr de la Révolution ou Discours d’un curé patriote qui vient d’être assassiné par dix-huit aristocrates. — Discours sur les moyens de sauver la France et la liberté (1792). — Discours sur le jugement de Louis le dernier, sur la poursuite des agioteurs, des accapareurs et des traîtres (1er décembre 1792). Le Publiciste de la République française... sous la direction de Jacques Roux, désavoué par la veuve de Marat, va du numéro 243, 16 juillet au n° 271 non daté, vers le 5 septembre 1793.

SOURCES : Arch. Nat., W 20. — Albert Mathiez a reproduit et commenté Jacques Roux à Marat dans un article des Annales révolutionnaires, année 1916, pp. 530-541. — Albert Mathiez, La Vie chère et le mouvement social sous la Terreur, Paris, 1927. — Maurice Dommanget, Jacques Roux (le curé rouge) et le Manifeste des Enragés, Paris, 1948. — Walter Markov, « Les Jacquesroutins », dans Annales historiques de la Révolution française, avril-juin 1960, pp. 163-182. — Walter Markov, « Jacques Roux avant la Révolution », dans Annales historiques de la Révolution française, octobre-décembre 1963, pp. 453-470. — André Berland, Les débuts de Jacques Roux et de la Révolution en Angoumois et en Saintonge (1752-1790), DES dactylographié, Faculté de Poitiers, 1964. — Walter Markov prépare une biographie aussi complète que possible de Jacques Roux.

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