Né le 16 juin 1827 à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), mort le 11 février 1904 à Bruxelles (Belgique) ; Élie Reclus, ethnologue, fut, sous la Commune, directeur de la Bibliothèque nationale. Il appartint à la franc-maçonnerie.

Élie Reclus, frère aîné d’Élisée Reclus, était fils d’un pasteur. Après avoir fait des études de théologie protestante à Genève, Montauban et Strasbourg, Élie fut ordonné pasteur, mais démissionna aussitôt. Il devint alors fouriériste convaincu (cf. Kropotkine dans Les Temps nouveaux, 15 juillet 1905). Après le coup d’État de 1851, Élie s’exila à Londres et revint en France en 1855. Il vécut alors à Paris, épousa en 1856 une cousine germaine dont il eut deux fils, et gagna sa vie en écrivant, notamment comme correspondant du journal russe Dielo. C’est à cette époque qu’il rédigea, pour le Dictionnaire des Communes de France, une introduction jugée « remarquable » (Le Temps, 12 février 1904). En 1863, il créait, avec Jean-Pierre Beluze*, gendre de Cabet, Antoine Cohadon* et autres, la Société du Crédit au travail, première banque populaire de France qui commença ses opérations le 1er octobre. L’année suivante, il fut un des rédacteurs et un des deux gérants de L’Association, bulletin international des sociétés coopératives (Paris-Bruxelles, novembre 1864-1866), continué par la Coopération imprimé à Bruxelles (9 septembre 1866-14 juin 1868). Cette même année, il collabora à la Revue germanique, mai et juillet, avec des études sur les associations ouvrières en Grande-Bretagne et en Allemagne. Il fut également rédacteur à La Rive gauche, organe des réfugiés français en Belgique (Bruxelles, 20 octobre 1864 ; Londres, 3 décembre 1865-5 août 1866). En 1865, il fut associé à l’Universelle, société destinée à encourager les institutions coopératives et autres d’utilité générale et dont le siège était à Valence (Drôme). En 1865 également, il adhéra, ainsi que son frère Élisée, à l’Alliance de la Démocratie sociale fondée en Italie en 1864 par Michel Bakounine* et destinée à lutter contre la théocratie de Mazzini. La société, qui fut anarchiste-communiste avant le mot, donna naissance, en 1868, à l’Alliance internationale de la démocratie socialiste qui joua son rôle dans le différend Karl Marx- Bakounine. En 1866, il assista, à Paris, le 21 juillet et jours suivants, au premier congrès de la coopération française. Avec son frère Élisée, il fit partie de la société coopérative d’assurances sur la vie humaine, créée cette même année à Paris sous le nom de l’Équité. En 1868 et 1869, il collabora à l’Almanach de la Coopération. Élie Reclus était à cette époque franc-maçon et appartenait à la Loge « la Renaissance par les émules d’Hiram ».
Durant le Siège, Élie Reclus fut employé aux œuvres sociales du Ve arr. et collabora à La République des Travailleurs, organe éphémère des sections Batignolles et Ternes de l’Internationale (hebdomadaire, 8 janvier-4 février 1871). Le 26 mars 1871, il signa, ainsi que son frère, le manifeste révolutionnaire qui parut dans le Cri du Peuple. Le 29 avril, il était nommé par Édouard Vaillant* directeur de la Bibliothèque nationale en remplacement de Jules Vincent. Jusqu’alors, il avait servi la Commune comme brancardier de la Garde nationale (il était infirme d’une main) et avait travaillé à la transcription et au classement des papiers des Tuileries. Élie Reclus prit ses fonctions à la Bibliothèque nationale le 1er mai, après avoir dû recourir aux services d’un serrurier pour pénétrer dans son bureau. Il se heurta à l’hostilité des bibliothécaires, prononça des révocations et « n’a pu qu’exprimer dans des projets, inexécutables à ce moment, des idées d’avenir sur le dépôt légal ou sur le rôle des bibliothèques dans la culture populaire » (H. Dubief). Le 23 mai, la Bibliothèque nationale était reprise par les Versaillais. Sous la Commune, Élie Reclus avait fait également partie d’une commission chargée de la réorganisation de l’enseignement primaire, tandis que sa femme, ainsi que d’autres « citoyennes », s’intéressait aux écoles de filles.
Par contumace, le 3e conseil de guerre le condamna, le 6 octobre 1875, à la déportation dans une enceinte fortifiée. Il n’avait encouru auparavant aucune condamnation et les renseignements recueillis sur sa conduite antérieure furent « bons ». Il fut gracié le 11 mars 1879.
Réfugié en Italie, puis à Zurich — il se trouvait en Suisse en 1872 et fit la connaissance de J. Guillaume au cours de l’été —, il partit aux États-Unis en 1876, grâce au soutien de Mme Mary Putnam Jacobi, qui avait déjà beaucoup fait pour son frère Élisée lorsque celui-ci était prisonnier, et qui recommanda l’exilé à Carl Schurz pour un emploi à la Westliche Post de Saint-Louis. À son arrivée, Élie Reclus logea quelques jours à New Bedford chez les parents de Benjamin R. Tucker, ce qui montre qu’il existait déjà des contacts entre les anarchistes français et les anarchistes américains. D’ailleurs É. Reclus signa un article dans la Radical Review de Tucker.
Invité à collaborer à l’une des principales revues des États-Unis (sans doute le Cornhill Magazine), É. Reclus se brouilla avec le directeur pour avoir parlé dans un article de La Fille Élisa des frères Goncourt et avoir ainsi choqué la pureté morale de ses lecteurs. Après une tournée d’étude et d’impressions dans les États de New York et du Massachussetts, il retourna en Angleterre, à Londres, où il ne s’occupa « que de littérature », si l’on en croit un rapport de police (Arch. Nat., BB 24/859 B). En 1877-1878, il accepta de collaborer au Travailleur, revue socialiste révolutionnaire mensuelle (organe anarchiste) paraissant à Genève (20 mai 1877-avril mai 1878). Après l’ouverture de l’Université libre de Bruxelles, en 1894, Élie y fit un cours sur l’origine des idées religieuses et des religions. Il y professa également l’ethnographie. En 1895, il accepta de figurer avec son frère Élisée parmi les collaborateurs des Temps nouveaux, 1895-1914, hebdomadaire anarchiste de Jean Grave*.
Il mourut de paralysie provoquée par une grippe infectieuse le 11 février 1904. Selon l’article nécrologique du Temps déjà cité, 12 février 1904, « ce savant extraordinaire fut la probité, la douceur et — disons le mot — la candeur naïve, la candeur d’enfant incarnée ».
Il était marié et père de deux fils dont l’un, Paul, fut ingénieur et militant anarchiste et le second, André, agriculteur en Algérie et au Maroc.
Voir Reclus Élisée*, Reclus Paul* et leur beau-frère Casse Germain*.

ŒUVRE : (nous laissons de côté ici son œuvre d’ethnologue) : La Commune de Paris au jour le jour, 1871, 19 mars-28 mai, Paris, 1908, in-12, 392 pp. — Le mariage tel qu’il fut et tel qu’il est, Mons, 1907, 60 p.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/859 B, n° 3259. — Arch. PPo B a/1237. — J.O. Commune, 30 avril. — H. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, op. cit. — H. Dubief, « L’Administration de la Bibliothèque nationale pendant la Commune », Le Mouvement social, n° 37 octobre-décembre 1961.— Lettre de Mme M. Putnam Jacobi, en date du 25 décembre 1876, et lettre de B. Tucker à J. Ishill, New York Public Libr. citées par Ronald Creagh, Histoire de l’Anarchisme aux États-Unis, Grenoble, 1981, p. 162-163. — Paul Reclus, Les frères Élie et Élisée Reclus, Paris, 1964, p. 183.
Voir également les sources données à la suite de la biographie d’Élisée.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune 1870-1871, op. cit., p. 259. — P. Reclus, Les Frères Élie et Élisée Reclus, op. cit. (voir Élisée*).

Notice complétée par Michel Cordillot

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